Muhammad Invité
 | Sujet: Re: La nuit, tout les chats sont gris! Mer 06 Sep 2006, 17:34 | |
| Muhammad Sulaymân traversait la rue étroite pour reconduire Soraya, son amie, à la demeure de sa maîtresse. Ils étaient tombés l'un sur l'autre sur la place du marché. L'esprit tranquille après avoir fait quelques courses, le pas rapide, car la nuit tombait, ils avaient emprunté ce raccourci. Il ne prêta pas attention, au premier abord, aux trois hommes accoudés à une rambarde, dans un coin sombre, au milieu de la ruelle. Muhammad ne remarqua que celui qui, le teint mat et les cheveux frisés d'un berbère, se tenait un peu plus loin, à cheval, semblant attendre, il ne savait quoi. Un bruit, un toussotement. Muhammad repéra les trois hommes dans l'ombre. L'homme à cheval fit un signe de tête aux trois autres. Muhammad poussa légèrement Soraya derrière lui, dans le renfoncement d'une porte cochère. Lui remit une dague. Soraya, comme lui, avait compris ce qui les attendait. Les trois hommes s'approchèrent de Muhammad, ricanant, la main sur leurs rapières. Ils ne dirent pas un mot, sortirent leurs armes pour envoyer Mo dans l'autre monde, direct. Muhammad évita la première lame qui frôla son bras droit. La deuxième qui lui passa au-dessus de la tête, puis évita l'estocade du dernier. Il fit un grand pas vers ses agresseurs en poussant un cri, ce qui fit reculer ceux -ci. Mo éclata de rire, dévoila des dents blanches et brillantes dans la nuit.
-On ne dit pas bonjour au cannibale les petits blancs ? Je vais vous manger, au diable les épices, j'ai trop faim.
Et sur ces mots, il sortit sa propre rapière, restée dissimulée jusque-là sous sa cape de feutre noir. Les trois hommes revenaient encore plus mauvais devant ce grand noir qui osait se moquer d'eux ainsi. Plaçant sa lame pointe vers le haut, pommeau face à son visage et faisant un fouetté en brisé, comme le salut des bretteurs. La posture servit de diversion à Mo qui en profita pour placer son fouetté au niveau du visage de son premier adversaire. La sentence pour ce manque d'attention de ce dernier, la perte d'un œil et une belle cicatrice. Un puissant coup en brisé, porté au niveau des jambes du second, suffisant pour briser net son tibia, puis, par une manoeuvre subtile enfonça sa lame au niveau de son genou . Cette blessure ayant pour résultat immédiat soit la perte de la jambe, soit une blessure permanente. Mo sentit la lame du troisième pénétrer son bras. Il fit un saut de côté et donna un coup sur la main de son agresseur, celle qui tenait l'arme, le déstabilisant. Enfin mo fit tourner l'adversaire sur lui-même dans un beau mouvement de hanches et le désarma, fit sauté sa propre rapière dans sa main gauche, et frappa l’homme entre les deux yeux.
-Oui, vous avez raison, c'est très vicieux, mais, l'escrime n'est pas pratiquée que par des gentilshommes, que voulez-vous...
L'homme à cheval, qui avait sorti sa rapière, lança son cheval au galop sur Mo, lui assenant une blessure à l'épaule gauche. Soraya réagit aussitôt, lançant la dague vers le cavalier. Ce dernier la reçut dans la cuisse et tomba de cheval. Il n’en fallut pas plus pour que Mo, oubliant ses blessures, se saisissent de l'homme et, le soulevant à 20 cm du sol, lui colle son souffle dans la figure.
-Pourquoi ? Qui es-tu et pourquoi vouloir me faire assassiner ? Moi, un simple serviteur ? Parle ou je t'envoie rejoindre tes comparses.
Mo, le tenant maintenant d'une seule main, tout en conservant les 20 cm, posa sa seconde main sur la dague, l'enfonçant davantage dans la chair.
L'homme hurla.
-Arrêtez, je n'ai fait qu'obéir aux ordres de mon maître.
Mo retira la dague de la cuisse de l'homme et la replanta dans l'autre avec un grand sourire en entendant l'homme pousser à nouveau un cri de douleur.
-Qui est ton maître ? Parle où je perce à un endroit qui t'empêchera de procréer à l'avenir !
-Moulay Ahmad, c'est sur son ordre, je vous en prie, lâchez-moi, j'ai mal.
Moulay Ahmad ! Le fils de Moulay Ismail, roi du Royaume du Maroc ? Pourquoi vouloir le faire assassiner et si loin alors qu'il l'avait quitté quelques jours plus tôt en compagnie de son père et de Jean de la Bruyère, et cela sans aucun conflit !
-Et pourquoi il voudrait me faire tuer alors que nous nous sommes quittes il y a quelques jours, sans aucun incident ? Tu mens !
Mo ressortit la dague et la planta une troisième fois, mais ce coup-ci, dans le genou de l'homme, qui transpirait à grosses gouttes et perdait son sang dans le caniveau, tel un porc qu'on saignait. Mo était sourd au cri de l'homme. Soraya elle, se cachait dans le renfoncement de la porte cochère, horrifiée.
-Vous êtes l'héritier légitime, le fils adultérin de Moulay Ismail, répondit l'homme dans un hoquet. Vous passerez devant Moulay Ahmad si votre père vous reconnaît comme l'aîné, ce qu'il veut faire.
Mo n'eut pas l'occasion de poser d'autres questions. L'homme rendit son dernier soupir. Mo prit la main de Soraya.
-Du monde arrive, nous ferions mieux de prendre la fuite, ce porc a ameuté tout le quartier.
Mo chuta, un genoux à terre, il ressentait maintenant ses blessures, à chacune de ses épaules. Il grimaça, se releva, et, avec Soraya, s'enfuit lorsque des hommes commencèrent à pénétrer dans la ruelle. Des mousquetaires peut-être. |
|