sources :
Ni précieux ni ridicules (Anne Marie Deraspe)
Histoire de la littérature française
Ars Magna Lucis et Umbrae
La mode à Versailles
La Table et les Repas sous Louis XIV attention certains mots ou titres peuvent cacher un lien
LES CODES DE CIVILITÉ
Courtoisie et étiquetteComme son nom l'indique, c'est la Cour qui fut le maître accoucheur de la Courtoisie, et non point par plaisir ou sadisme, mais bien par nécessité.
Dans toutes les Cours d'Europe, on se drapait de violence et de brutalité; on se souvient du duc d'Epernon qui osa frapper une femme dans la chambre de Marie de Médicis, et des nobles qui se battirent à coups de pieds et de poings pour obtenir les meilleures places aux funérailles d'Henri IV.
Les maîtres mécontents rossaient leurs domestiques, les valets eux mêmes avaient pour habitude de régler leurs conflits à coups de bastonnades.
On ne ratait pas une occasion de dégainer, et les tentatives d'interdiction des duels étaient restées sans grand effet. Un regard de travers, et hop! Un gant dans la figure!
L'étiquette fut donc un bon moyen pour Louis XIV de contenir un peu tout ce beau monde. Il instaura, surtout après son installation à Versailles en 1682, un protocole sévère et cérémonieux qui ne permettait aucun répit à sa ruche de courtisans, qui, soucieux d'obtenir à tout prix les faveurs royales, deviendront obséquieux et ridiculement jaloux de leur moindre prérogative.
PolitesseSignifiant tout d'abord propreté, politesse ne prit son sens contemporain qu'au XVIIe siècle.
La politesse française était alors célébrée dans toutes les cours d'Europe.
La politesse est, selon les auteurs, l'intelligence du coeur : elle ne peut nous contraindre à aimer tout le monde, uniquement au respect d'autrui et nous autorise de ce fait à exiger la même chose en retour.
LES GESTES, LA PAROLE ET LES ÉCRITS
Les gestesTous les auteurs s'accordent à dire que les gestes superflus distraient facilement du propos tenu et ne persuadent pas d'avantage qu'un discours clair avec un choix de mots précis.
Nombreux sont les traités qui, à partir du XVIe siècle, dénoncent les gestes trop enthousiastes. Della Casas, par exemple, prétend qu'il faut être conscient de son geste pour apprendre à le contrôler.
(NDLR : c'est également un des principes de la religion bouddhiste: il faudrait être conscient qu'on est assis, debout, couché, que l'on mâche, que l'on bouge le bras, des moindres gestes, afin d'être plus serein et ne ne plus rien faire de manière hâtive, précipitée ou chaotique)
Le maintienLa bienséance proscrivait plusieurs attitudes, comme par exemple :
-Se tenir la main sur la hanche, signe d'arrogance, d'une certaine nonchalance, et d'affirmation de sa puissance : cette tenue était ainsi vivement critiquée dans les ouvrages de civilité de l'époque.
-Se balancer les bras en marchant, comme des paysans qui sèment, et lever les pieds si haut qu'on ait l'air de sortir de sa baignoire.
-Croiser les jambes, assis. Ce serait, d'après Erasme, l'attitude d'un homme inquiet.
Conflits mondains internationauxNe ratant pas une occasion de se critiquer, les peuples se dénigraient les uns les autres également à propos de la gestuelle.
Les Anglais, à qui l'on doit la connotation péjorative de 'gesticuler', considéraient les européens du Sud excessifs, et y incluaient les Français.
Les Hollandais estimaient que les Italiens parlaient avec leur tête, leurs bras et leurs pieds et symbolisaient ainsi l'antithèse de la civilité. Ces derniers quant à eux jugeaient les Espagnols trop graves et interprétaient facilement cette contenance comme du dédain, du mépris ou de l'arrogance.
"Quand le François a quelques fantaisies et se promeine, il met la main sur le pommeau de l'espée, et ne porte son manteau que sur l'une de ses épaules; L'Espagnol va, jetant les jambes ça et là comme un cocq, se recroquevillant et tirant les moustaches. Quand les François vont en troupe par les rues, ils rient, sautent, causent et font un bruit si grand, que l'on les entend d'une lieue loing; les Espagnols au contraire, vont droits, gravement et froidement, sans parler n'y faire aucune action qui ne soit modeste et retenue" (Carlos Garcia, traité publié en 1617, réédité treize fois en Italie jusqu'en 1702)
Les poignées de main et les embrassadesLa poignée de main n'apparait en France qu'en 1858 comme geste de salutation, tandis que les Anglais la pratiquèrent sans doute bien avant: James Cleland, raconte dès 1607 comme il admire la coutume irlandaise de se découvrir en serrant la main droit de son interlocuteur en guise de salutation.
Hors des îles, ce sont courbettes et révérences qui sont de rigueur.
A la Cour du Roi Soleil, une dame de haut rang avait le tabouret si elle avait droit à un siège; elle était alors dispensée de faire la révérence et de baiser la jupe de la Reine. Elle la saluait en tendant la joue droite, et la reine "lui appliquait légèrement la sienne".
La conversation et le langageLes précieuses, libres des contraintes de la Cour, ont mis à la mode l'art de la conversation intelligente et pleine d'esprit qui, avec le modèle italien, deviendra la référence obligée, partout en Europe. L'abbé Michel de Pure écrivait dans
La prétieuse ou les mystères de la ruelle: " Si une personne de condition n'a pas d'esprit, laissons-la dans son escurie et dans sa ferme, et choisissons un roturier qui parle et qui raisonne."
La conversation, à la Cour, relevait de stratégie. Elle visait surtout à sauvegarder ses privilèges ou à déceler les faiblesses de ses rivaux par la flatterie. A la ville, la conversation devint plaisir, convivialité et jeux d'esprits. Le raffinement était alors synonyme de discrétion, et la vantardise, condamnée.
La correspondance L'art de la correspondance allait de pair avec l'art du savoir-vivre, et était tout aussi codifiée. Beaucoup de ces codes sont toujours de rigueur aujourd'hui. Les lettres se développeront surtout quand, avec la vogue des salons, la vie mondaine aura pris tout son lustre, au XVIIe siècle autour de Mme de Rambouillet ou de Mlle de Scudéry.
Il existait plusieurs sortes de lettres, dont la lettre de château (pour remercier un hôte), le billet d'amour, les placets... etc
L'on utilisait, pour des correspondances clandestines, des liquides invisibles appelés encre sympathique. Il pouvait s'agir de lait frais ou de citron. Pour faire apparaitre les caractères, il suffisait de recouvrir le papier de poudre de charbon ou d'approcher une flamme.
L'on écrivait à la plume d'oie, et l'on se corrigeait à laide d'un grattoir; le sandaraque, une résine blanche pulvérisée, servait à relisser le papier gratté.
LES DIVERTISSEMENTS
La promenade La coutume qui interdisait aux femmes et aux jeunes filles de bonne famille de sortir seules se justifiait, en partie, pour des raisons pratiques.
A Paris, la rue de la Grande-Truanderie, la rue des Quatre-voleurs, la rue Vide-Gousset et l'impasse des Mauvais-Garçons étaient susceptibles d'inquiéter les parents des fiancés. Dans cette ville, les premiers trottoirs ont été construits en 1805 et les premiers éclairages des voies publiques en 1829.
Les cafés et les restaurantsLes cafés et les restaurants n'attiraient pas que les aristocrates déchus, les bourgeois cossus et leurs maîtresses. Ils desservaient d'autres clientèles plus ou moins recommandable selon les principes en vigueur dans la bonne société. Les femmes respectables refusaient d'entrer dans des établissements fréquentés par des courtisanes, on leur servait donc leur rafraichissement à l'extérieur ou dans leur carrosse.
Si, accompagnées, elles fréquentaient tout de même ce genre d'endroit, l'homme entrait le premier pour vérifier la respectabilité du lieu, et sortait également le premier pour, cette fois, protéger sa compagne des dangers de la rue. L'étiquette interdisait aux dames de s'adresser au maître d'hôtel ou aux serveurs.
Le théâtre et les spectaclesLes représentations théâtrales sont assez fréquentes au XVIIe siècle. Vers 1660, par exemple, on jouait trois fois par semaine : le vendredi (jour réservé aux premières), le dimanche et le mardi. Pourtant, le spectacle a lieu l'après-midi – habituellement après quatorze heures –, jamais en soirée.
La salle ressemblait à celle d’aujourd’hui, même si elle était longue et étroite – elle avait, en fait, la forme d'un entonnoir. Sa disposition n'a pas beaucoup changé, c'est-à-dire que des loges et des galeries formaient un ovale autour de la scène. Toutefois, le parterre était réservé aux hommes moins fortunés, qui s’y tenaient debout (ces places étaient bon marché, et le public, assez bruyant et difficile à satisfaire), alors que les galeries et loges accueillaient le public élégant (des femmes, principalement).
Le parterre manifestait son mécontentement par des jets de pommes, de noix et de pains d'épices, des sifflets, des gesticulations et des cris de toute sorte. Les gens du parterre riaient des acteurs qui leur remettaient spontanément la politesse.
La scène, quant à elle, était petite et éclairée d'abord par des chandelles de cire, puis par deux lustres qu'on soulevait au début de la représentation. Sous l'influence anglaise, on a commencé à disposer, de chaque côté de la scène, des sièges réservés aux spectateurs de marque.
Si, au Moyen Âge, le jeu s'effectue devant un décor unique, plus avance le XVIIe siècle, plus l'influence italienne se fait sentir – non seulement dans le jeu des acteurs, qui devient de plus en plus naturel, grâce à Molière, mais surtout dans le goût pour une décoration somptueuse : on arrive tranquillement à un théâtre de la machine (un peu comme, aujourd'hui, le cinéma en est un d'effets spéciaux). Ainsi, on fait glisser sur des rails la lune, des astres ou des nuages, on imite la mer déchaînée par un système de cylindres qui ondulent derrière une toile, etc.
Les costumes, eux, sont fastueux... mais anachroniques. Ce qui importait, ce n'était pas de faire vrai, mais de faire « chic », de sorte que personne ne s'étonnait de voir Auguste porter un large chapeau avec deux rangs de plumes rouges ou que Polyeucte portât une perruque, un feutre et des gants.
La danseLouis XIV qui dorait danser avait crée l'Académie royale de danse. A la Cour, la danse commençait l'après-midi. Un on danseur impressionnait presqu'autant dans un salon qu'un valeureux soldat à l'armée. Les professeurs n'apprenaient pas qu'à danser, ils enseignaient également la manière de se tenir, de marcher et les règles de courtoisie observer pour pratiquer ce divertissement. Les femmes pouvaient, elles aussi, inviter les hommes à danser.
L'incognito : l'on allait au bal pour danser bien sûr, mais il arrivait que l'on ait la permission d'y assister incognito, c'est à dire par curiosité pour simplement regarder les autres danser. Dans ce cas, les hommes devaient endosser un manteau et les femmes, une écharpe de façon à s'identifier auprès des danseurs. L'on se présentait sans masque et la règle interdisait d'inviter à danser un visiteur incognito.
Ballet : Au XVIIe, et selon ce qu'en dit le Furetière, le ballet se joue masqué. Représentation harmonique, et danse figurée et concertée qui se fait par plusieurs personnes masquées qui représentent par leurs pas et postures quelque chose naturelle, ou quelque action, ou qui contrefont quelques personnes. Les Ballets du Roy sont fort magnifiques. un Ballet est composé de plusieurs entrées. on fait des vers de Ballet pour expliquer le caractère ou l'action des personnes qui dansent.
Le bal masquéLe bal maqué transgressait les règles de préséance et de civilité classique, surtout en période de carnaval, où, après minuit, l'entrée était ouverte à tous les masques. Il était interdit de lever un masque sans permission et chaque masque était libre d'inviter à danser la personne de son choix, sans égard au statut social de l'un ou de l'autre.
Mascarade : La mascarade, quant à elle, est une danse masquée mais qui semble plus informelle, et que l'on fait à l'époque du Carnaval.
Troupe de personnes masquées qui vont danser et se divertir, surtout en la saison du Carnaval. "Cette compagnie a fait une jolie mascarade"= a dansé une espèce de ballet. Ce mot vient de l'Italien mascarata derivé de l'Arabe Mascara, qui signifie raillerie, bouffonnerie, Menage. Mascarade est aussi un titre que quelques Poètes ont donné à des vers qu'ils ont fait pour des personnages de ces petites danses ou ballet.
Ballet & Mascarade : La Distinction entre ballet et mascarade commença à s'instaurer dans la deuxième moitié du XVIe siècle quand, à l'occasion de divertissements de Cour, on commença à donner des ballets hors des périodes de Carnaval. De ces origines carnavalesque, le ballet garda pendant quelques temps une inspiration burlesque, et l'habitude pour les danseurs de se présenter masqués.