1663 : Face aux Feux du Soleil

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 Les écuries de Fontainebleau

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Adrien de Chastignac
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MessageSujet: Les écuries de Fontainebleau   Dim Mar 15 2009, 21:45


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Adrien de Chastignac
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MessageSujet: Re: Les écuries de Fontainebleau   Dim Mar 15 2009, 21:57

Ce n'était pas un hasard si Adrien désormais Lecouvreur s'était fabriqué un passé d'homme de cheval, afin d'être engagé comme palefrenier à la Cour de Fontainebleau : il adorait la compagnie des chevaux.

C'était peut-être leur regard placide, ou bien le fait qu'il puisse les soumettre à sa volonté par des coups de talons, de cravache et de mords, ou bien peut-être simplement que ce soient des bêtes. Oui, sans doute. Les chevaux étaient des animaux, des vrais, des braves bêtes qui puent le crottins, la sueur et la chaleur animale, qui respiraient la virilité bestiale.

De plus, l'avantage des animaux, c'est qu'en réalité, leur compagnie est bien moins prompte à la naissance de migraine que celle des humains. Avec eux la réflexion n'est pas de mise, seul l'instinct compte : et c'est dans ce cas là qu'Adrien est réellement à l'aise.

Cependant, Chastignac/Lecouvreur n'appréciait pas trop les écuries de Fontainebleau. Il les trouvait trop propres, trop gindées, trop royales.
Il avait également vite compris que sa couverture ne lui permettrait pas de se la couler douce, chaque jour, à l'aube, en compagnie de ses acolytes, il fallait balayer, astiquer, remplir les mangeoires, brosser les chevaux, ramasser le crottin, et surtout, le faire vite et efficacement. Ici, on travaillait et on avait toujours travaillé plus...

Heureusement, Lecouvreur n'était pas dépendant de son travail pour vivre; il avait quelques économies. Il avait vendu tous les vêtements luxueux que lui avait offert La Fère autrefois, sauf un. Le bleu ciel, celui qu'il affectionnait le plus, celui qui lui rappelait toute son ancienne vie.
Bref, il était riche, extrêmement riche... pour un palefrenier.

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Jean Racine
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MessageSujet: Re: Les écuries de Fontainebleau   Mar Mar 17 2009, 10:29

[Que d'émotions, ça fait si longtemps !]

Le destin est ainsi fait... Racine ce jour-là, ne voulait point se faire remarquer outre mesure et se dit qu'un cavalier entrant dans Fontainebleau choquerait moins qu'un maigrelet à pieds. Et ce jour-là, Adrien de Chastignac travaillait tranquillement dans les écuries, soignant autant sa couverture que ses amis les équidés.

Il avait eu beaucoup de mal à se décider. Il savait bien qu'il eût fallu annoncer son retour avec fracas, lettre à Madame à l'appui, tragédie en main et rose entre les dents, ou quasi. Mais le Dramaturge n'avait produit aucune ligne depuis l'ode qui avait marqué son retour en grâce. Pas une seule. Le cauchemar de tout écrivain qui se respecte.

Si bien que tout cauchemardant en cette matinée de Janvier, il décida d'enfiler ses petits souliers afin de faire une toute petite entrée par la porte des écuries, la meilleure planque du château comme chacun sait. Et j'en reviens à mon début : le destin est ainsi fait...

Cependant, Racine est aussi fait d'une drôle de manière et sa pensée ne parcourt pas toujours les chemins les plus attendus. Si bien que lorsqu'il descendit de cheval et confia la bride de ce vilain animal (il détestait monter à cheval et la monture lui rendait bien) au première quidam qui se trouvait là - au hasard, Adrien ! - il ne le regarda pas tout de suite.

Il réajusta d'abord son habit tout miteux, et se demanda avec anxiété si Saint-Aignan lui ouvrirait sa porte s'il se présentait dans cet état là... Puis, tout naturellement, alors qu'il entamait cette phrase :


- Mon brave, prenez grand soin de cette bête, il s'agit là de mon dernier...

Bien. C'était le mot. Mais à présent, c'était le regard de Racine rencontrant celui d'Adrien qui malgré ses modestes habits était plutôt reconnaissable. Guirk ! Ou plutôt "quoi ???". Il le considéra un long moment avant de prendre une mine des plus indignées :

- Comment ? Alors vous n'étiez qu'un vulgaire palefrenier pendant tout ce temps ??? Vous nous mentiez donc à tous ? Juste ciel !

Comme je l'annonçais... L'esprit de Racine est ainsi fait...

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Adrien de Chastignac
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MessageSujet: Re: Les écuries de Fontainebleau   Lun Mar 23 2009, 21:38

Impossible. Une semaine à peine sous cette peau rustique, et déjà était-il écorché vif par le regard acéré de Jean Racine aussi bien que Saint Barthélémy par le couteau en son temps. Son cuir abandonné, res delictae, gisait à ses pieds et laissait à nu ses muscles d’aristocrate, ses muscles d’Adrien de Chastignac.


Adrien pourtant avait cru tout faire pour ne pas attirer l’attention, mais sans doute son cas avait-il intéressé le Ciel qui lui envoyait une épreuve, ou bien la punition de ses péchés.

Il ne faisait que travailler tranquillement à panser le flan d’un étalon baie, quand il entendit le caractéristique cataclop pap pap cataclop pap pap annonçant l’arrivée d’un cavalier pied à terre venant déposer sa monture aux écuries.

Abandonnant sa tâche, il alla à la rencontre de l’intrus, qu’il reconnut dans l’immédiat. Se figeant alors, il chercha des yeux un autre palefrenier, n’en trouva pas, il chercha un refuge, n’en trouvant pas, il fut démasqué. Ce n’était en réalité qu’une succession de malchance.

Adrien avait espéré que son bronzage parfait le rendrait méconnaissable. Mais Racine, en parfait dramaturge, était physionomiste.

Que faire ? Lecouvreur s’était statufié. Mentir ? Lui dire que c’était son petit passe temps de curer des bestiaux puants ? Ou jouer carrément à une ressemblance fortuite ?
Non, un mot à quiconque de l’homme de théatre et il serait découvert.

Cette conclusion rendit Lecouvreur fou : il sentit son sang quitter ses joues et faire bander ses muscles.
Sans qu’il ne s’en rendit compte, il attrapa Racine par la gorge et le projeta contre le vieux mur de craie de l'écurie, ce qui fit qu’un joli nuage de poussière colora ses cheveux.

En fait, la seule solution, c’était de tuer cet importun. Voilà ce qui traversa l’esprit de Chastignac, alors qu’il tenait toujours fermement Racine, alors qu’il soufflait comme un bœuf, le fixant de son regard de braise.


-Toi, dit-il, pas un mot de cette rencontre. Tu vas tenir ta langue bien pendue d’écrivaillon, si tu ne veux pas d’ennui. Je ne suis peut-être qu’un vulgaire palefrenier, mais crois moi, ce que tu as vu jusqu’ici, ce n’est qu’une part minime de mes talents.

Et pour appuyer son discours, il serra un peu plus ses doigts.

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Jean Racine
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MessageSujet: Re: Les écuries de Fontainebleau   Mar Mar 31 2009, 14:24

[Pardon pour l'attente Puce, j'ai été un peu débordée par mon exposé d'abord, et ensuite j'ai profité de mon week-end Wink]

Flash-backons un peu, car nous aimons cela. Une main serrant sa gorge, les sombres et tortueuses ruelles de Paris comme décor, le hululement du hibou citadin en bruit... Enfin, le halètement de notre dramaturge qui déjà manque de s'évanouir. Cela s'était produit lorsqu'il avait senti pousser son courage car Desdemone était en danger.

Cela se reproduisait aujourd'hui. Un halètement similaire soulevait de manière frénétique le diaphragme de Racine. Il reconnaissait la sensation froide et moite de cette main qui enserrait son cou et sentait déjà ses jambes flageoller. Mais il essaya de ne pas tomber en pâmoison cette fois-ci...

Assez ! C'était son cri du coeur. Après le renvoi de la cour, l'effrayant prince de Savoie-Carignan, le nauffrage, le doute et l'ennui, encore fallait-il qu'on le menaçât de lui ôter la vie qui de toute façon ne faisait qu'osciller.
Il regarda dans les yeux son agresseur et essaya, même si ce fut plutôt difficile, de soutenir ses prunelles de fou :

- Mais voyons ! Vous êtes un menteur et un assassin en plus ?!

Bon, la voix n'avait rien de menaçant. Elle était plutôt aigrelette et ridicule mais tout de même outragée. Il sentait la craie lui tomber dans les cheveux et sur le visage, cela lui brûlait les yeux et il dut cligner quelques fois ses paupières, ce qui cassa un peu l'effet qu'il aurait voulu produire.

Il réfléchit. Voulait-il se voir étrangler dans une vile écurie et regarder s'éteindre sa vie au pays des poneys ? Damnation, enfer de Dante et pandemonium reunis ! Bien sûr que non. Racine, plutôt couard devant l'Eternel et surtout prompt à sauver sa peau en toute circonstance ne se sentait déjà plus les tripes de lutter...
Il baissa les yeux et essaya de dire intelligiblement (sa gorge commençait vraiment à lui faire mal) :

- Je ne tiens pas à tester vos autres talents et si vous le voulez bien, nous oublierons tous deux ce qui vient de se produire.

Il l'avait dit un peu vite pour un homme qui voulait paraître maître de lui-même mais au diable sa réputation, il n'en avait déjà plus. Et puis... Quel intérêt à impressionner cet odieux personnage et ses amis équins ?

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Adrien de Chastignac
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MessageSujet: Re: Les écuries de Fontainebleau   Mer Avr 01 2009, 21:18

[ne t'en fait pas... moi je profite de mes vacances pour poster, et rattraper mon retard dans les révisions : vive le blocage thumbs up j'adore travailler par moi-même ]

Comme il s'en doutait, Racine n'était qu'un freluquet. Lecouvreur mit sa facilité à soulever de terre et à faire fléchir le jeune homme sur le compte de sa fonction de poète (qui, parbleu, les rendra tous femmes!) bien qu'il ne fasse en réalité que nourrir ses préjugés sur les hommes de lettres, sans penser que Jean n'était peut-être couard qu'à cause de sa faiblesse physique.

La tempe palpitante, il ne répondit pas à la pseudo provocation de sa victime, concentré comme il était à la maintenir bien contre le mur sans la tuer.

Adrien avait préféré laisser dans le doute le dramaturge. N'ayant aucune imagination, il n'aurait pu inventer de but en blanc une histoire cohérente. Et s'il avait continué dans le sens de la réfléxion de Racine, c'est à dire une imposture d'un "vulgaire palefrenier", Saint-Aignan, qui n'aurait pas manqué d'être au courant sous peu de l'aventure de son poulain, aurait de suite flairé la supercherie, connaissant parfaitement le noble lignage de Chastignac.

Bref, en agissant ainsi, c'est à dire par la menace, il tiendrait Racine qui n'oserait rien dire, la langue clouée par la peur. Qu'importe que son esprit invente mil et mil possibilités sur la raison pour laquelle Chastignac se trouvait dans cet accoutrement, à cet endroit, et celle pour laquelle il l'agressait après avoir été reconnu!
Devenait-il dans son esprit un espion du Roi venu infiltrer le Grand Ecuyer de Fontainebleau? Un assassin de médiocre condition s'étant travesti en Chastignac afin de commettre ses méfaits en toute impunité?
Peuh! Cela lui était bien égal.


Citation :
- Je ne tiens pas à tester vos autres talents et si vous le voulez bien, nous oublierons tous deux ce qui vient de se produire.

Racine était sur le point de mouiller ses bas, et son agresseur comprit qu'il n'y aurait plus rien à craindre de lui, en tout cas pour le moment.
Il n'avait pas pensé qu'on puisse le découvrir aussi aisément, et soupira de lassitude : peut-être devrait-il sans cesse changer de peau, lui qui se sentait si bien en rustre qui cure des bestiaux pardieu sun

Après ce petit soupir que Racine ne comprit sans doute que comme du soulagement, celui ci fut libre de la poigne animale de notre Champignac préféré.

Il se recula d'un pas, et, pour montrer que tout cela était bel et bien oublié, il s'inclina devant le dramaturge.


-Bien le bonjour, monsieur, je me présente : Lecouvreur, je travaille aux écuries. C't'un honneur de vous rencontrer, et je prendrai bien soin de vot' monture.

Il releva la tête, et lança un regard à Racine qui en disait long. Même s'ils étaient seuls dans cette écurie, participer à cette simagrée avait une forte signification sur leurs relations futures, à n'en point douter.

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MessageSujet: Re: Les écuries de Fontainebleau   Jeu Avr 02 2009, 20:41

Dire que Racine était soulagé était inexact. Racine était bien plus que soulagé, il se sentait sauvé par la main même de Dieu, absout de ses fautes et de ses nombreux péchés, et la main de Dieu, dans cette histoire, c'était Chastignac. Il s'en eut fallu de peu pour qu'il se prosterne et lui baise les pieds avec dévotion.

Heureusement pour cette scène qui échappa ainsi au pathétique, notre Dramaturge n'opéra nulle génuflexion, même si ses rotules tremblaient quelque peu. Son premier péché, l'Orgueil, reprit immédiatement le dessus et il épousseta ses cheveux et ses habits avec le plus de dignité que la situation le permettait.

Une petite moue pincée répondit d'abord au simulacre de présentation courtoise que lui servit celui qui avait manqué lui broyer la trachée et l'œsophage de ses mains rustres et déjà calleuses. Pouah ! Quelle horreur !

Le poète rassembla le courage qui lui restait (l'autre partie s'étant évaporée au bout de ses souliers encore blanchâtres) et releva la tête, l'air légèrement hautain à présent :


- Fort bien Monsieur Lecouvreur, veillez sur mon cheval, car ainsi que je vous l'annonçais tantôt, il constitue mon unique bien. Voyez comme je place ma confiance en vous... mon brave.

En fait si, nous venions de tomber dans le pathétique. Racine avait eu son compte de frayeur pour l'année entière (au moins !) et s'était donc empressé de marcher dans le jeu de l'horrible Chastignac (car c'est ainsi que Racine l'évoquerait dans son esprit tortueux après ce jour qui faillit mettre un clou final à sa tragique existence). Peut-être le jeune homme travesti en palefrenier lui inspirerait-il les caractères les plus pervers de ses œuvres futures. Serait-il Néron ou Pyrrhus ?

Laissons-là ces considérations hypothétiques et théâtrales pour se figurer notre Dramaturge tapant sur l'épaule d'Adrien, l'air d'en rajouter une couche sur la feinte confiance, et commencer déjà à tourner les talons. Non, il ne se retournerait pas, de peur d'être transformé en statue de sel par l'odieux regard de ce terrifiant personnage. Racine ne dormirait certainement pas bien au château cette nuit.

Mais c'était un comédien plutôt exemplaire lorsqu'il s'y mettait, si bien que sa petite scenette n'avait point sonné trop faux. De quoi l'avoir tiré d'affaires, pour le moment tout du moins !

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