1663 : Face aux Feux du Soleil

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 [AP] Appartements de la Reine Mère

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Anne d'Autriche
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MessageSujet: [AP] Appartements de la Reine Mère   Lun Mai 04 2009, 10:19

Installée dans son Cabinet situé au rez-de-chaussée de l'aile des Reines Mères, Anne contemplait distraitement la cour de la Fontaine et son Hercule de marbre, goûtant à travers les carreaux de verre la douceur du soleil matinal. Grâce aux soins de ces messieurs de la Faculté _ ou malgré eux _ ses ennuis de santé du début de l'an s'étaient atténués. Elle se sentait même suffisament remise pour projeter une visite à son cher Val-de-Grâce où elle pourrait à loisir s'abîmer en prières et actions de grâces. Il faudrait qu'elle fasse demander à sa royale bru si elle souhaitait l'accompagner. Peut-être cela distrairait-il un peu la malheureuse de ses soucis conjugaux... Elle songea également qu'il lui faudrait se préoccuper de trouver un prédicateur pour le sermon de l'Assomption. Ce jeune Bossuet dont on parlait beaucoup chez ses amis dévots pourrait-il faire l'affaire? Elle en toucherait un mot à la mère supérieure durant sa visite.

Reportant son attention sur la pièce où ses dames étaient réunies, occupées à quelque ouvrage de broderie, elle héla sa première dame d'honneur.


- Madame de Seneçay,je me rendrai tantôt au Val-de-Grâce, veillez à tout faire préparer pour cela je vous prie. Et veuillez vous enquérir auprès de Sa Majesté la Reine si Elle désire se joindre à moi à cette occasion.

La douairière regarda sa dame s'incliner en silence devant elle et sortir pour exécuter ses directives. Se renfonçant un peu dans son fauteuil, elle parcourut la pièce du regard, se fixa sur l'une de ses filles d'honneur et lui fit signe d'approcher.

- Mademoiselle de Gourdon !
- Oui Majesté?
- Reprenons notre lecture je vous prie, là où nous étions demeurées hier.
- Tout de suite Majesté.

Tandis que la lectrice s'installait, un sourire léger s'esquissa sur les lèvres de la Reine Mère. Comme à chaque fois qu'elle s'adressait à la jeune femme,elle ne pouvait s'empêcher de repenser à cette grandissime querelle survenue quelques années plus tôt entre Mademoiselle et son père, Gaston d'Orléans. "Votre Gourdon est une sotte" avait lâché, excédée, la princesse à son père. Assez peu charitablement, la Reine Mère songeait en son for intérieur que sa nièce n'avait point tout à fait tort. Gourdon était une brave personne, mais son esprit n'était certes pas des plus déliés, et elle manquait cruellement de conversation. Mais sa voix douce et agréable plaisait à l'ancienne régente. Du moment qu'elle lisait et ne se mêlait pas d'énoncer des propos de son cru bien sûr.

De l'avantage de l'adversité

"Il nous est bon d'avoir quelquefois des peines et des traverses, parce que souvent elles rappellent l'homme à son coeur, et lui font sentir qu'il est en exil, et qu'il ne doit mettre son espérance en aucune chose du monde.
Il nous est bon de souffrir quelquefois des contradictions, et qu'on pense mal ou peu favorablement de nous, quelques bonnes que soient nos actions et nos intentions. Souvent cela sert à nous prémunir contre la vaine gloire.
Car nous avons plus d'empressement à chercher Dieu, qui voit le fond du coeur, quand les hommes au-dehors nous rabaissent et pensent mal de nous."


L'Imitation de Jésus Christ était décidément un texte lumineux et riche d'enseignements. Des passages comme celui que venait de lire Mademoiselle de Gournon réconfortaient tout particulièrement la Reine Mère qui, l'âge venant, se préoccupait de plus en plus de son salut. De telles paroles lui donnaient bon espoir, car enfin n'avait-elle pas encontré en sa vie peines et traverses à suffisance? Elle qui avait été une épouse malheureuse, une reine bafouée, une régente contestée, ne pouvait-elle à bon droit penser que ses souffrances l'avaient rapprochée du Seigneur? Elle en était en tout cas intimement persuadée, Anne la pieuse.

La lectrice poursuivait son office et l'on n'entendait plus dans la pièce que les échos de l'oeuvre dévote. Sans doute, certaines des filles d'honneur auraient préféré quelque lecture profane, plus légère. Mais la Reine en avait perdu le goût, il n'était donc pas question d'en trouver chez elle. On l'aurait d'ailleurs fort courroucée en osant rappeler qu'elle-même, dans ses jeunes années, s'était fait un régal de lire _ en cachette de son époux ! _ des livres licencieux en compagnie de sa chère amie Madame de Luynes...

Le temps passant, la douairière se prit à jeter des regards de plus en plus fréquents, tantôt à la porte de son Cabinet, tantôt à l'horloge ouvragée qui trônait non loin d'elle. Elle manifesta dans le même temps des signes de plus en plus grand d'impatience et d'irritation. Et finit par interrompre avec vivacité la lecture en lâchant d'un ton agacé:


- Ah ça! Mais que fait donc Monsieur de Gaumont de Fieubet?
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Athénaïs de Montespan
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MessageSujet: Re: [AP] Appartements de la Reine Mère   Jeu Mai 14 2009, 09:53

Seul le joli bruit des talons gainés de soie de sa première Dame lui répondit.
Athénaïs, apprenant que la santé de la Reine Mère était fort bonne en cet heureux jour, avait décidé de lui rendre, comme à son habitude, ses hommages du matin.

Athénaïs était pour la petite cour de la Reine Anne un rayon de soleil, une cure de jeunesse. Vive, gracieuse, cultivée et quelquefois impertinente, elle était heureuse de servir celle qui, non contente d'être la mère du Soleil de Fontainebleau, restait une grande reine et une régente de légende...

Superbement parée d'une robe de soie ivoire des Indes, certainement importée via la Hollande, la Dame de la Reine avait assorti à cette toilette ses délicates chaussures surbrodée de perles d'Arabie. Athénaïs laissait la plus grande part de sa pension en toilettes, non uniquement par pure vanité, mais aussi pour prouver que son illustre famille "avait de quoi".

"Accessoirement", pur euphémisme, le belle espérait ainsi que Louis, le fils de sa maîtresse, pourrait un jour reposer son regard sur elle... elel l'esperiat, que dire elle le rêvait.

Mias faisons fi de ses pensées intimes pour revenir à Athénaïs, pas encore La Montespan mais en voie de le devenir, qui,allégrement, franchit la porte des appartements de la Reine Anne.

Elle n'osa interrompre la pieuse lecture de la
demoiselle de Gourdon et, en conséquence, se contenta d'une parfaite révérence de cour, muette mais mettant en valeur son fabuleux décolleté, sa gorge si réputée ornée d'un collier merveilleux, don du fils du tsar qu'elle étrennait devant la reine.


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Anne d'Autriche
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MessageSujet: Re: [AP] Appartements de la Reine Mère   Ven Mai 15 2009, 10:04

La Reine Mère sourit en voyant entrer, en lieu et place de son secrétaire des commandements et finances, sa jeune et jolie première dame, qui plongea aussitôt dans une révérence parfaite. Comme à son habitude, la gracieuse Athénaïs était vêtue avec un goût exquis, et l'on comprenait sans peine à la voir qu'elle soit de celles qui lançaient la mode à la Cour. Son somptueux collier, mettant si bien sa gorge en valeur, attira l'attention de la douairière, passionnément éprise de bijoux. Il piqua même sa curiosité: c'était là une pièce magnifique et d'un style peu commun, et elle se demandé où sa dame avait pu l'acquérir.

D'une main qui avait conservé toute sa finesse tant vantée jadis, Anne fit signe à la jeune femme de s'approcher.


Madame de Montespan, c'est un plaisir de vous revoir. Prenez donc place parmi nous, et contez les nouvelles de la Cour voulez-vous? Je gage que vous le ferez avec votre esprit coutumier qui rend vos propos si plaisants à ouïr.


Autrement dit "venez vite me narrer les derniers potins de notre monde". Toute pieuse qu'elle soit, la Reine Mère avait conservé en son caractère ce fond de légèreté qui la poussait jadis à cancaner pendant des heures avec ses dames espagnoles ou avec ses amies françaises, la facétieuse Luynes en tête. Que d'accès de gaieté alors, auxquels le nécessaire secret de la chose ajoutait encore du piquant. Marie étant alors persona non grata à la Cour, feu son austère époux voyait d'un fort mauvais oeil leurs rencontres. Ce qui évidemment ne manquait pas de pousser la reine à les multiplier, toute occupée qu'elle était alors à défier son royal mari. Un sourire apparût à ce souvenir sur les lèvres de la souveraine. Les années avaient passé, elle pouvait désormais repenser sans aigreur à sa jeunesse.

Regardant à nouveau sa pétillante dame, elle se prit à penser qu'un tel esprit serait fort à sa place au cercle de la Reine. Exercice qu'elle-même avait dirigé avec brio dans le passé, mais quelque peu tombé en désuétude aujourd'hui, sa bru ne se sentant guère de diriger avec grâce et esprit les discussions des dames de la Cour réunies autour de leur souveraine. Il est vrai que pour cela, il lui aurait fallu parler le français un peu plus couramment... Puisque Dieu lui faisait la grâce d'une santé meilleure ces temps-ci, elle essaierait peut-être elle-même de remettre cela au goût du jour.
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Athénaïs de Montespan
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MessageSujet: Re: [AP] Appartements de la Reine Mère   Mar Mai 19 2009, 07:58

La reine Anne semblait en bonne santé. Et Athénaïs en fut charmée, la voir de nouveau fort disposée aux badinages rassurait la marquise. Elle ne put que voir le regard que la reine porta à son propre cou, le collier du fils du Tsar était sublime, le regard d'Anne confirmait ce fait à Athénaïs, pour peu qu'elle en eut douté... Elle choisi de ne pas évoquer de suite le petite histoire de ce bijou, juste pour aiguiser la curiosité de la reine mère.

Elle pris place aux côtés de sa protectrice, s'assayant d'un mouvement agile et aisé, élégante et racée elle donna à sa robe l'exacte position pour ne pas se froisser...


- Votre Altresse, permettez moi de prime abord de constater que vous me semblez fort bien aller... ce qui me plait !

Elle souriait avenante et réjouie...


- Quand à la Cour, il semble que ce soit les étrangers qui la font vivre ces derniers temps... avez-vous eut l'occasion de croiser l'Ambassadeur de Hollande ? Cet homme, bien qu'austère parpaillot me semble fort coutois. Il bénéficie, il me semble de grands moyens et, de plus, et ce n'est pas négligeable aux yeux de votre dame, des merveille que son pays fait ramener des Indes...

Elle marqua une pause, la Hollande n'était pas populaire en France, maisq eu diable, n'étions nous pas en paix, même précaire...

- Il s'est présenté à moi, et je pense qu'il serait charmé de faire votre connaissance... tout comme je pensecelle de votre royal fils. Oh, autre sujet encore plus extraordinaire, avez-vous entendu parler de ce loup des steppes qui brise les apollons, force Monsieur à intervenir et... courtise tout ce qui porte jupons, surtout si on le porte bien... Il est fils du lointain roi de Russie et jeune, valeureux même si son éducation le pousserait plus à trouser qu'à séduire.

Elle laissa la Reine réagir... ayant introduit deux sujets qui lui tenaient à coeur.

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Anne d'Autriche
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MessageSujet: Re: [AP] Appartements de la Reine Mère   Mer Mai 20 2009, 12:08

La Reine Mère sourit, touchée de la sollicitude que lui témoignait la marquise. Non que ses autres dames ne l’aient à qui mieux mieux assurée de leur joie de la voir remise, loin de là. Après tout, leur emploi et leur position à la Cour dépendaient entièrement de son bon vouloir, et un caprice de sa part pouvait du jour au lendemain les réexpédier au fond de leur province, ce qui assurément accroissait leur envie de plaire et leur intérêt pour la santé de la douairière. Mais Athénaïs était l’une des rares chez qui , derrière la mine réjouie de circonstance, elle décelait une réelle attention pour sa santé. Tout en n’étant pas entièrement dupe _ car après tout, nul ne pouvait réellement s’empêcher de voir en elle un moyen d’accès au roi _ elle goûtait fort cette preuve de cœur chez sa première dame.

Son sourire s’accentua encore quand elle entendit la suite des propos de sa dame. Savoir la Cour devenue un lieu de passage privilégié des étrangers, nobles ou fortunés, parfois les deux, la réjouissait au plus haut point. Car en son for intérieur, elle ne doutait pas un instant que ce rayonnement était dû à son soleil de fils et à son talent pour attirer près de lui tout ce qui comptait, en France et même en Europe. Ne les voyait-on pas désormais, tous ces grands feudataires orgueilleux, se presser à Fontainebleau pour entrer dans les bonnes grâces du maître ? L’ancienne régente en débordait de fierté !

En revanche, la mention du dignitaire hollandais la refroidit notablement. En bonne catholique hispanique, elle abhorrait ces hérétiques Provinces-Unies qui _ crime supplémentaire à ses yeux _ avaient eu l’audace de rejeter la tutelle espagnole en même temps que la vraie foi.

L’ambassadeur de Hollande ? Un huguenot , représentant de cette nation de marchands ? Fi, quelle horreur ! Louis, très certainement, le recevra s’il en a le goût et le juge de bonne politique, mais pour ma part je vois mal ce que je pourrais dire à cette personne. L’entretenir de bonnes oeuvres et de charité catholique le prendrait très à la rebelute, encore que cela serait sans doute un bon moyen de jauger de ses qualités de diplomate. Ne doit-on pas dans cette profession être capable d’entendre tout et son contraire en gardant mine avenante ?

Anne laissa échapper un petit rire. L’idée d’abreuver un protestant d’une litanie vantant les mérites du catholicisme sans que celui-ci puisse s’en offusquer l’amusait, mais elle escomptait bien que présenter uniquement son côté dévot lui permettrait d’échapper à une entrevue avec le diplomate. Sauf si une telle rencontre pouvait être utile aux intérêts de son fils évidemment, auquel cas elle changerait promptement son fusil d’épaule et ferait mille grâces au parpaillot.

Ah, mais votre exotique slave me paraît un sujet bien plus intéressant. Il me semble d’ailleurs remarquer que vous en parlez avec plus de fougue que vous n’en avez mis dans vos propos sur notre hollandais.

Ladite phrase fut accompagnée d’un petit regard malicieux propre à juger de la réaction de la belle Athénaïs. N’y aurait-il pas là-dessous comme un parfum de galanterie ? En tout cas, il y avait matière à converser, et de la plus légère, plaisante et amusante façon, ce qu’indiquait le ton enjoué adopté par la Reine Mère.

Allons, narrez-moi donc plus en détail les frasques de ce jeune homme pourfendeur de statues grecques. Serait-ce que ce galant personnage craint la concurrence des dieux antiques?
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Athénaïs de Montespan
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MessageSujet: Re: [AP] Appartements de la Reine Mère   Mer Mai 20 2009, 13:39

Non seulement la Reine Anne était en pleine rémission mais qui plus est son humeur redevenait badine. Cela faisait un plaisir immense à sa Dame. Il y avait si peu que la Reine avait faillit trépasser, si peu que toute la Cour s'en était trouvée en grand émoi que, la voir ainsi, brillante, voir d'humeur d'entendre des confidences d'amie réchauffait le coeur d'Athénaïs.

Il est vrai qu'égoïstement, un bref moment, elle avait craint de perdre cette amie, amie de sa propre mère à l'origine, qui se trouvait être aussi sa "protectrice"...et avec qui elle vivait une sorte de double affection.

Enetndons nous bien, il était clair que personne ne pouvait contester à
une " de Rochechouart de Mortemart" de rester à la Cour. Mais il onvenait d'avouer que la politique du Soleil régnant mettait à genoux sa noblesse.
Il était clair que les Grands payaient cher, et de leur deniers, leur révolte
encore récente. Et qui plus est ils la payaient de bon coeur, juste pour être là, paraître, exister aux yeux du Roi...
Un grand nom était la clé pour entrer, une pension le moyen de rester... et comme de nombreux courtisans Athénaïs "dépendait" en grande partie de la Reine Anne.
Cette "dépendance" était toute relative, seules quelques toilettes fabuleuses, quelques parures merveilleuses auraient été abandonnées
sans cette pension... mais comment paraître sans ces colifichets qui signifiaient tant, qui disaient aux "autres" "je ne suis pas dans le besoin.

Bon, Athénaïs était rassurée. Rassurée soit, mais il lui était impossible de présenter le Hollandais à la catholique ex-infante. Uhm, cela était prévisible et la Dame eut un joli rire perlé quand la Reine lui fit part de sa
plaisanterie.
Seigneur, elle voyait déjà le charmant mais un peu rigide Van Haack s'entretenant d'oeuvres "papistes" avec la représentante de son ex-occupant.
Non, cela n'était pas sérieux, Athénaïs trouveraient mieux pour rapprocher cet ambassadeur et le roi. Elle n'avait aucun "contrat" avec cet Ambassadeur, mais ce dernier s'était montré charmant, lui avait fait
quelques propositions de fournitures originales et elle se sentait un peu redevable... un peu.
Elle eut un joli rire, donc et ajouta :


- Votre Altesse ! Ce pauvre gentilhomme que l'on dit proche de la famille d'Orange ne s'en remettrait pas... bien que je pense qu'il est habile, et pas seulement de par cette origine "marchande"...
elle sembla réfléchir avant d'ajouter :
- Il y a un certain charme chez cet homme, une sorte de tristesse un peu rigide attachante...


Elle eut bien sûr à ce moment envie de répondre à l'autre sollicitation de la
Reine celle sur "l'exotique slave". Sollicitation qui menait à une éventuelle comparaison, sollicitation qui avait été faite sur un ton "non dupe" par la
Reine qui avait bien senti que les relations entre la marquise et le bouillant slave étaient autrement plus séduisantes.


- Quant au fils du roi de Russie, je ne peux vous cacher que le personnage est autrement bien moins austère. C'est un trublion, une tornade qui ne ne cache pas ses envies... Si elle avait été prude ses joues eurent été rouges, mais la belle, bien que fidèle à son époux, n'était pas un parangon de pudibonderie.

- Je l'ai croisé à son arrivée à Fontainebleau et il s'en est fallu de
peu que sa passion naturelle fasse un mauvais sort à ma pudeur. Il va de soit que depuis il tempère son ardeur naturelle, tempère est le bon mot, sous une cour correcte couve un volcan prêt à exploser à chaque moment...


Elle se confiait à la Reine, sachant que cette dernière ne le condamnerait pas, il n'y avait pas eut « faute »... Juste légère séduction, juste...


Athénaïs, néanmoins, attendit l'accord de la Reine avant de poursuivre cette confession un peu intime, la Reine n'était pas prude, juste fort dévote, ce qu'était aussi sa dame qui jamais n'eut manqué messe.

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Anne d'Autriche
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MessageSujet: Re: [AP] Appartements de la Reine Mère   Mer Mai 27 2009, 11:42

La Reine Mère hocha la tête et sourit en entendant sa dame rire et confirmer que l'épreuve serait difficilement supportable au plénipotentiaire hollandais. Autant se tenir à sa résolution de ne pas le rencontrer, et se dispenser ainsi d'une épreuve mutuellement pénible.

Le sujet du jeune slave, a contrario, amusa grandement Anne. La description que la marquise lui en faisait n'était pas sans lui rappeler certaine figure de sa propre jeunesse d'ailleurs.... Emportement fougueux, ardeur, assaut même.... Qu'il était loin, le temps de la passion du fier duc de Buckingham... Passion non assouvie, quoi qu'aient pu en dire les mauvaises langues de l'époque; Anne était, même jeune, bien trop croyante pour se laisser aller à bafouer le sacrement du mariage. Mais, comme elle l'avait confié un jour à sa chère Motteville, seul l'Anglais aurait été capable de lui faire commettre un faux pas.

Se ressouvenir ainsi de cet épisode lointain la rendit plus bienveillante envers sa dame que la morale ne l'aurait admis, mais la reine avait au fond une morale assez personnelle. Son âge en revanche, lui dicta une légère mise en garde puisée dans les ressources de son expérience.


Je vous sais d'une grande intelligence ma chère, et je gage que vous êtes de taille à vous défendre contre ce "volcan". Prenez tout de même garde ma chère. Je ne réprouve pas l'honnête galanterie, mais celle-ci vous conduit parfois à prêter le flanc à la rumeur. Et en ce pays-ci, même lorsqu'il n'y a pas faute, le caquetage de Cour a vite fait de vous transformer en coupable...

Un charmant sourire vint à nouveau adoucir les traits de la vieille dame avant que celle-ci ne poursuive gaiement.

Cela étant, ce jeun homme sait en tout cas faire parler de lui, et me voici fort curieuse d'entendre le reste de ses aventures...





hors jeu: vraiment navrée pour ce (long) délai de réponse blush
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MessageSujet: Re: [AP] Appartements de la Reine Mère   Mar Juin 02 2009, 16:01

[Bon, je m'incruste ! whistle Mon excuse pour le retard est un peu bidon, mais bon Very Happy ]

Ambre avait été conviée par Madame de Montespan à la rejoindre aux appartements de la Reine Mère dès qu'elle aurait fini de se confesser. Elle s'était donc hâtée, la peur au ventre, de se rendre dans les appartements de l'ancienne régente. Elle n'arrivait pas à réaliser, qu'elle, fille de petite noblesse, allait rencontrer la mère de Sa Majesté. Elle, qui se considérait comme une moins que rien, bien que son père avait été réhabilité. Elle avait du mal à réaliser, à attérir, à prendre conscience de cette chance inouie qui lui était offerte.
Une fois arrivée devant ses appartements, elle entendit la voix de sa protectrice et celle de la Reine Mère, qui discutaient. Son estomac se noua, ses mains devenaient moites, son pouls commença à s'accélérer déraisonnablement alors qu'elle avait la main sur la porte, prête à tocquer sans pour autant oser. Allait elle être à la hauteur ? N'allait elle pas faire une gaffe, une bourde qui nuirait à sa bien-aimée protectrice ? Elle prit au moins 5 bonnes minutes avant d'oser esquisser un geste. C'est comme si ses muscles étaient paralysés par la peur. Sa main effleura alors la porte. Elle attendit quelques secondes. Rien. Elles n'avaient pas du entendre. Elle avait à peine toucher la porte, note. Elle attendit encore un peu, pour se redonner le courage de refaire un geste, plus fort. Elle se décida alors à toquer un peu plus fort. Elle enleva ensuite sa main, tremblante.Son pouls résonnait dans sa tête, tel un tambour.
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Anne d'Autriche
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MessageSujet: Re: [AP] Appartements de la Reine Mère   Jeu Juin 18 2009, 09:56

La douairière haussa un sourcil et jeta un regard en direction de la porte. Etait-ce bien un toquement qu'elle avait ouï? Rien ne se passant, elle conclut qu'elle s'était trompée et s'en revint fixer sa dame d'honneur.

Mais il était dit que les péripéties du jeune slave attendraient pour lui être contées: un nouveau toquement retentit. Cette fois-ci pas d'erreur, l'on se présentait chez elle.

Interrompant d'un petit geste gracieux la conversation avec la marquise, elle se tourna vers l'une des demoiselles et l'expédia donner l'entrant à celui ou celle qui frappait.


Eh bien ma bonne, je ne vais point ouvrir cet huis moi-même je pense? Cessez donc de bayer aux corneilles mon enfant, et ouvrez!

La jeune femme ainsi gourmandée rougit et se précipita pour obéir, livrant ainsi passage à une demoiselle au visage charmant, mais qui semblait bien peu à son aise.
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Jean Racine
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MessageSujet: Re: [AP] Appartements de la Reine Mère   Sam Oct 03 2009, 12:21

    Monsieur de Gaumont de Fieubet s'était levé aux premières lueurs du jour, déjà rasséréné par les quelques heures de sommeil qu'il s'était octroyées. Telle était l'habitude de ce cher Gontran -ainsi était et sera son nom- toujours levé au chant du coq près à remplir son office politique et trésorier auprès de la Reine-Mère.
    À force de méthode et d'application auprès de la mère de Louis XIV, il était devenu l'un de ses proches et même lorsqu'aucun compte n'avait besoin d'être établi, il se devait de montrer sa face bonhomme dans le petit salon d'Anne d'Autriche.

    Il n'avait eu aucune peine à s'endormir, malgré les tours que lui jouaient son estomac ces derniers jours. Quelques aigreurs certainement dues à ce mauvais vin d'Espagne qu'un ami lui avait gentiment rapporté. Tout du moins était-ce la fable que se chantait Monsieur de Gaumont à propos de ce malaise croissant qui rongeait la paroi molle de son ventre. Point ne fallait y penser car une journée de travail l'attendait. Devoir était de faire agréable figure et ne point trahir ce malaise.

    En effet, Gontran n'était pas tout jeune et il craignait qu'en se portant pâle pour si peu, il ne fut renvoyé de son office et qu'on ne le mit à la retraite. Oh certes, il pourrait encore approcher la Reine-Mère mais il ne serait alors plus qu'un oisif courtisan, idée qui lui déplaisait au plus haut point. Monsieur de Gaumont aimait avoir l'esprit occupé de ses chiffres. Plutôt mourir que de s'enferrer dans l'inactivité la plus totale.

    Il se para de ses plus beaux atours, quoiqu'un peu vieillissants eux aussi. Il se poudra délicatement le visage car il demeurait assez coquet, et il fallait le dire, trouvait très charmantes les dames qui entouraient Anne d'Autriche. C'était un petit rayon de soleil qui réchauffait les vieux os de Gontran lorsque l'une d'elle tournait son joli minois vers lui et lui souriait de ses dents de porcelaine.

    Il se hâta d'ingurgiter avec une mou dégoûtée la potion que lui avait prescrite son apothicaire. Un liquide un peu pâteux et blanchâtre. Puis il héla sa voiture et se laissa porter vers Fontainebleau. Ce qui le mit dans un retard inacceptable fut un bon nombre de cageots de légumes qui avaient versés sur quelque rue pavée. Il s'énerva un peu mais réveilla ainsi sa douleur à l'estomac et se tint tranquille jusqu'à ce qu'elle passe, son visage pâlissant sous la poudre de riz.

    Quelques sueurs froides lui couraient dans le dos lorsqu'il marcha jusqu'aux appartements de la Reine-Mère. Il toussota dans sa manche à plusieurs reprises et frappa quelques légers coups à la porte de l'antichambre. Il fut accueilli par un jeune valet qui le conduisit jusqu'au salon. C'est alors qu'il se sentit vaciller. Il n'eut même pas le loisir de saluer Anne qu'il s'effondrait de tout son long sur le parquet. Il pensa à une colonne de chiffres perdant l'équilibre et allant s'écraser sur son livre de compte en grandes tâches rouges.

    Gontran de Gaumont de Fieubet était mort.

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"L'amour n'est pas un feu qu'on renferme en une âme :
Tout nous trahit, la voix, le silence, les yeux ;
Et les feux mal couverts n'en éclatent que mieux.
"

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MessageSujet: Re: [AP] Appartements de la Reine Mère   Mar Oct 20 2009, 11:02

L'huis s'ouvrit à nouveau, faisant froncer les sourcils de la Reine Mère. Ah ça, prenait-on ses appartements pour un moulin ce jour?! Elle s'apprêtait à réprimander sévèrement le valet imprudent lorsqu'elle s'aperçut que celui-ci livrait le passage à Gaumont de Fieubet, son tant attendu secrétaire aux commandements et aux finances. Oui-dà, attendu. Non point comme le messie, Anne étant bien trop pieuse pour se permettre, même en pensée, un tel blasphème. Mais enfin, attendu avec une impatience non dissimulée car l'ancienne régente projetait de faire un don important à son cher Val-de-Grâce; et elle avait pour cela besoin de l'homme d'argent et de ses compétences. Qui mieux que lui en effet pourrait aller quémander une rallonge sur sa pension au froid Colbert? Quémander. Le mot faisait horreur à la hautaine Habsbourg, mais force lui était de reconnaître que c'était celui qui convenait désormais. Du temps de l'ancien surintendant, Sa Majesté pouvait encore envisager d'aller elle-même voir Fouquet. Celui-ci, en homme qui savait vivre, l'arrêtait dès les premiers mots,l'assurait de son dévouement et lui débloquait les fonds nécessaires à ses charitables caprices. Tandis qu'avec ce ruffian de Colbert, il fallait prier! Supplier! Implorer! Et sans résultat certain encore! Toutes choses auxquelles l'orgueil de la Reine Mère refusait de se plier. Elle préférait donc confier cette désagréable tâche à ses trésoriers, dont Gaumont de Fieubet était le plus efficace.

Elle accueillit donc le petit noble avec un léger sourire destiné à adoucir des propos qui, à défaut, auraient pu passer pour une réprimande et laisser croire à une disgrâce du secrétaire.


Et bien Gaumont, nous avons failli attendre...

Et soudain, l'inimaginable se produisit. Sans même saluer, sans même répondre, Gaumont s'écroula de tout son long, aux pieds de sa souveraine, et resta vautré là, sur le tapis. Devant tant de grossièreté, Anne vit rouge.

Gaumont! Quelle outrecuidance! Ah ça mais que vous prend-il? Auriez-vous bu Gaumont?

Car la Reine Mère détestait l'ivresse et les ivrognes, et elle était prête à retirer sa faveur au plus petit soupçon d'abus de boisson.

Mais malgré cet éclat de voix, Gaumont ne bougea pas. Avait-il perdu connaissance? Fort intriguée, Anne ordonna à l'une de ses femmes de s'approcher de lui et de lui faire respirer un flacon de sel. Sans succès. Et c'est une suivante livide qui se redressa et balbutia, en proie à une agitation extrême.


- Votre Majesté... Votre Majesté.. Je crois biens.. Qu'il est mort!

- Mort? Comment ça mort? Allons donc, on ne meurt pas chez sa Reine, c'est de la dernière inconvenance !

- Mais Majesté... Il ne bouge plus! Il ne respire plus!

L'agacement de la Reine Mère se mua en courroux. Comment?! L'on osait mourir chez elle maintenant! Et puis, mourir, mourir... Gaumont avait une santé de fer, jamais elle ne l'avait vu souffrant pendant toutes ces années.. L'on ne meurt pas ainsi, quand on est dans la force de l'âge! Il y avait là quelque mystère qui déplaisait à la souveraine...

Que l'on aille quérir le Capitaine d'Artagnan! Immédiatement !
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Athénaïs de Montespan
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MessageSujet: Re: [AP] Appartements de la Reine Mère   Jeu Oct 22 2009, 14:10

[ hj : je me replace dans l'Histoire... enfin le post.]

La dame de la reine mère fut elle aussi asse mécontente d'être interrompue dans le son récit qu'elle s'était promis de rendre cocasse et pimenté, ces deux adjectifs convenant à l'humeur de sa protectrice.
L'Intendant de la reine Anne était personne d'importance, d'importance pour le reine mais aussi pour tout ceux qui comme Athénaïs dépendaient de la générosité de la mère du roi.

Elle se leva donc, s'apprêtant à céder son tabouret au petit homme, lui montrant par là l'importance qu'il avait à ses yeux, quand, à peine eut-il salué, le voici qui flanche...
Comme sa reine, la marquise osa soupçonner un abus de boisson, voir un léger malaise du à l'empressement dont faisait preuve ce plus tout jeune gentilhomme... Mais une jeune suivante infirma ces suppositions peu respectueuses... le
"Je crois biens.. Qu'il est mort!" glaça la dame de compagnie. C'était en peu de temps la deuxième fois que le dame voyait tomber raide mort un membre de la cour. Elle se rappelait fort bien le petite duchesse, oie blanche que le souverain avait remarquée et qui avait eut l'outrecuidance de tomber à ses pieds... Non en pâmoison comme elle l'eut du mais raide morte comme ce pauvre Gaumont.
Quand elle entendit la royale Anne faire demander le capitaien des mousquetaire elle faillit lui demander autorisation de se retirer... Mais le sang des Mortemart qui boullait en elle lui dit tout au contraire qu'il lui fallait être là. Elle était témoin de la mort du bonhomme, elle apporterait soutien à sa protectrice même si cette dernière réagissait en reine qu'elle était, avec efficacité, avec une royale froideur qui convenait à ce genre d'événement.


Ainsi, la blanche Athénaïs, debout, lança à la fille de la maison de la reine un bref :


- Allez ma fille, nous vous attendons, vous ne pouvez il me semble plus rien pour ce pauvre monsieur de Gaumont...


Puis elle se tourna un peu pale vers la reine, pale mais avec un courageux sourire aux lèvres, sourire respectueux pour cette forte femme qu'elle admirait pour ce royal sang froid... Sang froid qu'il fallait garder, sans froid des grandes familles de la cour.

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MessageSujet: Re: [AP] Appartements de la Reine Mère   Lun Oct 26 2009, 16:02

Lorsqu'une jeune femme essoufflée lui porta la nouvelle, ô combien dramatique, de la mort de ce brave Gontran de Fieubet, le Capitaine des
Mousquetaires revenait toute juste d'une épuisante série d'exercices
militaires qu'il infligeait à ses soldats ainsi qu'à lui-même.
Il se trouvait juste en train de se faire retirer ses bottes, poussant
avec son pied sur le derrière de son valet qui tentait avec peine de
lui enlever, poussant également de la voix:


D'Artagnan: " Allons ! Hardi ! "

Ce fut lorsque la première céda que la jeune femme entra, sans même
se faire annoncer (vu l'urgence de la situation, on l'excusa d'avoir
oublié les convenances).
Lorsqu'elle passa l'huis, ses narines furent brusquement comme assaillies par un bataillon de putois.
N'ayant point débotté depuis 6 heures du matin, les pieds de d'Artagnan
embaumaient quelque peu, (son valet jura même avoir vu une mouche
tomber du plafond).
Malgré l'inconfort qu'exigeait de soutenir une conversation sous les
mâles et pédestres effluves , la jeune femme accomplit sa mission
bravement et mis d'Artagnan au fait de la mort du comptable Gontran.
Il s'exclama, ce qui fut très original venant de lui:


D'Artagnan: " Mordioux ! "

Et il ajouta:


D'Artagnan : " Je ne suis point croquemort ! Pourquoi faut-il
m'envoyer quérir à chaque fois qu'un larron s'écroule. - Comment ? - La
Reine Anne ? - J'arrive tudieu !"


Et se fit rebotter dare-dare avant de s'engouffrer à la suite de la dame qui le conduisit aux appartements de la Reine Mère.
Il y a croquemort et croquemort, D'Artagnan était un royal croquemort
et pour Anne d'Autriche, la grande alliée - et bonne amie disaient
certains - de son ancien protecteur Mazarin, il n'hésitait jamais.

Arrivé non loin du seuil des appartements royaux, il vit que la porte était ouverte et qu'y régnait une certaine agitation.

L'homme pénétra au milieu du parterre de femmes, précédé par la
messagère. Un rapide coup d'oeil circulaire lui fit évaluer la
situation:
Des femmes, allant de la beauté quelconque jusqu'à la plus sublime,
formaient cercle autour d'un tas de vieux chiffons démodés, vieux
chiffons dans lequel se trouvait un homme.

Il pensa :


* " Tient ce vieux Gontran de Fieubet de la Financière a donc fini par casser sa pipe. Paix à son boulier. " *

Vu les circonstances, il garda ses bons mots douteux pour lui et
marchant droit tel l'homme assuré qu'aucune bizarrerie n'a jamais
déstabilisé, il s'arrêta devant Anne, juste à côté du malheureux
défunt. Posant un genou à terre, il fit un profond salut en retirant un
chapeau fortement emplumé et dit:


D'Artagnan: " Majestée, le Capitaine d'Artagnan est à vos ordres.
Bien que j'aie déjà quelque idée sur le sujet, je me garde d'anticiper
sur vos désirs et vous demande ce qu'il peut faire pour votre service ?"

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Charles de Batz Castelmor

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MessageSujet: Re: [AP] Appartements de la Reine Mère   Jeu Oct 29 2009, 08:45

La douairière fut bien aise de constater que sa première dame restait à ses côtés. Car enfin, l'on a beau avoir vécu la Fronde et la guerre civile, et savoir garder maintien et dignité en toute circonstance, voir s'écrouler raide mort sous vos yeux l'un de vos familiers n'est pas sans vous remuer quelque peu l'humeur. Et le soutien, discret mais réel, d'Athénaïs était le bien venu en ce macabre moment.

Ne sachant encore à quoi s'en tenir sur cette mort dont la soudaineté était bien étrange, et en attendant le capitaine, la Reine Mère tâcha de détendre quelque peu l'atmosphère pesante qui s'était installée dans ses appartements. Elle lança donc avec un humour _ légèrement forcé tout de même _ à ses dames.


Et bien, je savais que Gaumont ne goûtait guère mes visites au Val de Grâce, me reprochant d'y laisser à chaque occasion des dons trop importants. Mais tout de même, mourir pour décaler ma visite d'aujourd'hui, quelle extravagance !

"Pardon Seigneur! Je frôle le blasphème en me riant ainsi de la mort d'une de vos créatures. Mais vous savez bien que je le fais par devoir et non par goût. Je ne tiens pas à ce que mes suivantes s'affolent et s'égaillent en clabaudant à tous les vents de la Cour que désormais la mode veut qu'on meure à mes pieds!"

Et oui, la pieuse Anne parlait parfois à son Créateur avec une certaine familiarité...

Le tête-à-tête avec son Dieu fut néanmoins écourté cette fois par l'arrivée du capitaine gascon. Elle appréciait ce truculent protégé du feu cardinal de Mazarin, et elle avait besoin de lui. Deux excellentes raisons pour, d'un petit signe courtois de la main, lui indiquer sans tarder de se relever. Ecourter sa génuflexion était une marque de faveur, elle qui laissait parfois les indésirables se tortiller de longues minutes devant elle, genoux meurtris par le sol.


Je gage en effet capitaine, que votre oeil aiguisé n'aura pas manquer de remarquer une... incongruité... dans mes appartements.

Anne désignait d'un léger mouvement de tête le cadavre étalé sur le tapis. A peine mort et même pas froid, ce pauvre Gaumont de Fieubet en était donc réduit à jouer les incongruités. Aujourd'hui tout, demain rien, ainsi va la Cour...

Je vous saurais gré Capitaine, de le faire ôter de mon salon. Et de vous pencher sur les causes de sa mort: Gaumont était du bois dont on fait les centenaires, son décès... m'étonne...
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MessageSujet: La belle   Ven Oct 30 2009, 09:50

Athénaïs restait effectivement pour "sa" reine dont elle apprécia le
trait d'esprit... elle le notifia d'un sourire délicatement caché derrière un superbe éventail de soie grège. Elle se sentit obligée de répondre sur le
même ton :


- Votre Altesse, votre Gaumont a peut-être juste voulu vous rendre hommage, et en bon perfectionniste il a tenu à que ce fut le dernier...


Ses yeux reprirent peu la sourire car, si elle appréciait que la Reine Anne tenta de détendre la pesante atmosphère, elle ne pouvait s'empêcher de cogiter... deux morts rapides et brutales touchant des proches de la famille royale en si peu de temps cela pouvait inquiéter une dame de la cour, non ? Pour elle comme pour sa protectrice....

La belle marquise choisi néanmoins de ne pas laisser paraître son inquiétude et saluant d'une révérence simple mais pleine de grâce la
capitaine des mousquetaires du roi, repris place à la table de la reine comme si rien n'était advenu...

La mort d'un gentil courtisan, d'un comptable en fait, ne saurait effectivement toucher une Rochechouard, première dame de la reine mère très longtemps, cela ne serait pas décent.

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MessageSujet: Re: [AP] Appartements de la Reine Mère   Jeu Nov 26 2009, 15:45

[HJ : pardon Mesdames pour cette réponse tardive, mais mes occupations sont prégnantes ces derniers temps, je vous baise les mains et implore votre grâce.]

Le "truculent protégé" de Mazarin inclina profondément la tête et murmura, on sait que murmurer pour lui veut dire "parler normalement" pour le commun:

D'Artagnan : " Bien sûr Majesté. "

Laissant passer les quelques secondes que l'étiquette imposait, il se releva pour s'intéresser au pauvre Gaumont qui gisait à plat ventre la bouche grande ouverte.
En faisant pivoter son corps, une salve de parfum lui chatouilla brièvement mais intensément la narine et son œil, guère plus ménagé,accrocha la vision rayonnante d'une Montespan en fleur.
Le Capitaine, trop et désormais trop malin pour s'amouracher à la vue d'une beauté, sentit tout de même vaciller quelque peu son puissant détachement.
L'esthétique a de ces sortes de puissances parfois qu'elle arrache une écaille au plus cuirassé des dragons.
Mais c'est bien en tant que Mousquetaire, et le premier d'entre eux, que d'Artagnan était ici et point pour dragonner les belle dames de parages, mon Dieu quelle horreur, mais pour le service de la Reine Mère de France.

Il secoua imperceptiblement la tête pour se dégager du féminin assaut et se concentra sur le pathétique spectacle du sieur Gaumont.

Il est vrai que la scène était plus drôle que triste, tant la position du défunt était grotesque. La tête dans le tapis, le postérieur dressé comme prêt pour la fessée. S'il n'eût point eu les bras en croix, on eût pu le prendre pour un Mahométan en prière attaqué brusquement par un lumbago.

D'Artagnan se pencha et lui tâta un peu l'épaule. Il était bien mort.
Les yeux étaient fermés et de la salive avait coulé de la bouche sur le tapis qui commençait à l'absorber. Il lui toucha les tempes et le cou et le secoua un peu.
Non, rien à faire: il était bien dans l'autre monde.


*D'Artagnan: "Une crise d'apoplexie peut-être ?"* se dit-il.

Il soupira et commença à se relever lorsque quelque chose attira son attention.

La flaque de bave qui s'étalait sur le sol avait commencé à attaquer et à décolorer les fibres du tapis et au lieu d'un bel assortiment de nuances de bleu roi, figurait une sorte de boue informe qui virait au blanc laiteux, genre ectoplasme.

D'Artagnan se dit:


D'Artagnan : " Diantre ! En voilà un crapaud acidulé !"

Il approcha prudemment le doigt de la flaque et la toucha. Puis ramenant son doigt à la lumière, il observa le résidu qu'il venait de prélever. ça ne l'attaquait pas, il en fallait plus pour que la peau du Gascon cédât. Il l'approcha de son nez et sentit le morceau qui devenait translucide.
L'odeur était aigre et doucereuse, une odeur de tissu décomposé mêlé à celle de l'ail, de la chaux et de jasmin !
Curieux mélange, mais en tous cas rien qui ne doit figurer dans la bouche, même chargée d'un homme.
Il s'essuya le doit sur l'habit de Gaumont et se releva tout-à-fait, le visage soucieux.

Se tournant vers la reine, il dit


D'Artagnan : " Majesté, me permettez-vous d'examiner plus avant l'infortuné céans et de faire quérir monsieur l'apothicaire ? Je crains qu'un transport un peu brusque risquerait de gâter certaines choses sur le malheureux Monsieur de Fieubet qui me semblent... Importantes... "

Il fallait comprendre que la discrétion était de mise.

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MessageSujet: Re: [AP] Appartements de la Reine Mère   Lun Déc 21 2009, 10:53

[HJ: Grâce accordée de bon coeur, le contraire serait malvenu au vu de mon propre retard dans la réponse!]


La Reine Mère avait contemplé les investigations de d'Artagnan en affectant le plus parfait des détachements, comme s'il lui était coutumier de voir un mousquetaires s'affairer autour d'un cadavre sur le tapis de son petit salon. Que diable, l'on ne vit pas vingt ans espionnée par un Richelieu sans apprendre les bases de la dissimulation! mais au vrai, Anne était inquiète, encore qu'elle se fût coupé la langue de ses propres dents plutôt que de l'avouer ou de le laisser deviner. Inquiète, car décidément l'examen du Gascon durait trop pour être anodin. Un homme de sa trempe, militaire habitué à contrer fleurette à la faucheuse, n'aurait point mis tant de temps à se prononcer si Gaumont avait été simplement fauché par la camarde de naturelle façon. Il fallait qu'il y eût là-dessous quelque étrangeté pour qu'il laissa ainsi durer l'affaire...

La royale impression fut confirmée lorsque le capitaine reprit la parole pour quérir l'autorisation de faire mander l'avis d'un expert de la Faculté. Cette fois c'était sûr, il se tramait quelque mystère peu catholique.

Et à la Cour, qui dit mystère dit ragots, cancans et élucubrations à n'en plus finir! Il fallait empêcher les bons becs de clabauder tant que l'affaire ne serait pas éclaircie sinon d'ici le souper, les pires extravagances auraient couru dans les couloirs et les antichambres! Adoncques, il fallait se débarrasser desdits bons becs...


Faites, capitaine, faites. Monsieur Gaumont nous était loyal serviteur, il serait peu séant que son trépas ne retienne point quelque attention.

Affectant de se désintéresser de la suite des recherches, la Reine Mère se tourna vers ses femmes et les expédia, avec grâce, au diable Vauvert.

J'avais pour propos de me rendre ce jour d'hui en mon cher Val-de-Grâce, vous m'y précèderez mes dames. Allons Gourdon, Fouilloux, Chémerault! Mettez-vous en route sans plus tarder!

Tandis que la cohue caquetante des dames et filles d'honneur quittait la place, la douairière retint d'un geste discret sa première dame.

Demeurez, je vous prie, madame. Il se pourrait que nous ayons besoin de vous.
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Athénaïs de Montespan
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MessageSujet: Re: [AP] Appartements de la Reine Mère   Lun Jan 04 2010, 14:43

[ que dirais-je alors ? Sincères excuses pour une prose peu présente pendant ces fêtes...]


Il va de soit que le ton du Capitaine des mousquetaires, demandant une sorte d'autopsie, alerta aussi la dame de la reine... qui, comme il convenait à sa position, laissa sa protectrice répondre. Protectrice qui sembla elle aussi inquiète... si la reine Anne cachait son émotion, sa propre dame, trop proche, ne pouvait ignorer le message d'alerte que cette dernière lui communiquait.
Que faire sinon rester et attendre que la reine mère veuille lui transmettre ses instruction ou lui soumettre ses propres interrogations.

Athénaïs réfléchissait vite, elle était certaine que le petite duchesse remarquée par le Roi, puis le vieil intendant de la reine mère avaient rejoint avant leur heure leur divin créateur... Elle ne voyait pas du tout de quelconque point commun entre les deux personnages... sinon le fait qu'ils étaient proches de deux puissants, proches du pouvoir sans en avoir vraiment leur part, comme elle...
Elle s'avouait, étant honnête vis à vis d'elle même, et seulement vis à vis d'elle même , que le mort de petite oie blanche sur laquelle le doigt du roi d'était pointé l'avait satisfaite... mais ce pauvre Gaumont... qui pouvait avoir quelque intérêt que ce soit à faire passer ce brave homme gérant des oeuvres et de la maison d'Anne d'Autriche ?

Toute à ses réflexions, elle sembla un peu surprise quand sa protectrice lui intima l'ordre de rester... mais elle ne le laissa pas paraitre, une Rochechouard dissimulait depuis le berceau. Elle regarda de ses beaux yeux ceux de la fille et mère de roi avant de lui répondre :


- Il va de soit Madame que je suis ici, à votre entière disposition, juste au cas où vous pourriez avoir besoin de moi... et elle salua respectueusement celle sans qui sa vie de Cour se terminerait vite... celle qui lui assurait statut et viatique...

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[AP] Appartements de la Reine Mère
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