1663 : Face aux Feux du Soleil

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 Chastignac

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Adrien de Chastignac
Administratrice


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MessageSujet: Chastignac   Sam Sep 24 2005, 13:43

C'était en entrant dans le cabinet qu'Adrien sentit tout le poids de ses actes. Lui, si frivole, si léger... si libertin, se faisait trainer devant le Roy pour avoir crié sur les toits une vérité gênante.

Durant un instant, il ne vit que le dos du marquis, marqué par le trait du pourpoint doré qui parcourait sa colonne, et il préféra baisser les yeux, ne souffrant pas cette vision immobile d'un tissus et des frémissements d'impatience d'épaules grassouillettes.

Enfin, Sa Majesté daigna tourner les yeux vers les nouveaux venus. Aussitôt tous inclinèrent la tête, Louvais s'écartant pour permettre au Roy le loisir de toiser de haut Chastignac. Lui aussi avait pu entrevoir la silhouette du monarque, mais ce fut furtif : il se retrouva, contraint et forcé par une poigne d'acier, a s'agenouiller la tête basse. Le Roy de son coté fit mine de n'avoir pas remarqué le geste brutal d'Eperneau.

Enfin, lorsqu'il se sentit libre de la main du promis d'Adélaïde, Chastignac se releva, tous s'étaient assis, on ne lui proposa aucun siège. Ainsi, il restait en proie au regard meurtriers de tous... tous : Le Roy, D'Eperneau, Louvais et Saint-Aignan !
Chastignac n'avait rien dit et ne commença pas plus en apercevant son ami_ son ancien ami _ qui affichait un regard déplorable, celui d'un chien battu; les mains croisées sur ses cuisses, alors qu'Adrien paraissait a peine las. De la lassitude due a la fatigue de sa blessure, la lassitude nouvelle apportée par la vue du Roy.

L'atmosphère était pourtant lumineuse et pleine d'espoir, mais aucun des siégeant ne paraissait s'en apercevoir. C'était le calme impassible du Roy, la joie meurtrière des compères, l'espoir désespéré que Saint-Aignan avait retrouvé... et la triste résignation d'Adrien.

Louis prit enfin la parole, impressionnant grandement un simple esprit que celui de Chastignac, qui n'avait jamais pu rester de marbre comme il le faisait, alors que toute l'histoire de sa vie se tramait sous ses yeux.


"Allons, monsieur le comte de Chastignac, c'est cela ? On m'a informé que vous aviez été blessé, j'en suis navré... nous sommes donc tous ici pour démêler cette histoire. La fille du marquis de Louvais, ici présent, clame haut et fort qu'elle serait l'auteur de cet incident... surement sous l'effet du choque d'avoir assisté a une tentative d'assassinat... n'est ce pas ?"

Adrien baissa la tête... impressionné, il ne savait quoi répondre. Comment, lui qui s'était préparé a cette entrevue maint et maint fois, répondant toujours la même chose, la vérité, comment se faisait-il qu'il ne trouve plus ses mots ?

"Nous ignorons encore ce que faisait Mlle de Louvais dans votre appartement, ajouta le Roy, mais nous ne nous permettrons pas de mettre en doute votre intégrité, car dans cette affaire, c'est bien vous la victime d'un assassin inconnu. Il faut nous aider, monsieur Chastignac, a retrouver cet assassin"

La voix du monarque se voulait presque paternelle, et enveloppait les sens et les réflexes de Chastignac dans une couverture de velours, l'appelant presque a la confiance et a l'obéissance...

Mais non ! Chastignac se réveilla soudain, comprenant que ce ton suave cachait une menace... ainsi, s'il ne coopèrerait pas, on chercherait a l'inculper pour avoir tenté de violer Adélaïde ? C'était leur plan ? Ou n'était ce qu'une simple idée qui était loin de refléter toutes les ignominies dont les puissants étaient capables ? Le comte se rebuta, releva le menton, affichant avec une grace condescendante toute sa fierté retrouvée....


-J'ai le regret de vous contredire, Majesté rayonnante, mais Mademoiselle de Louvais dit vrai. Elle a pénétré sans mon accord, en pleine nuit, dans ma chambre dans le seul but de mettre fin a mes jours a l'aide de son propre poignard.

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Saint-Aignan
Dramaturge


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MessageSujet: Re: Chastignac   Dim Sep 25 2005, 07:49

Personne. Personne ne remarquait la paleur du visage de son protégé, personne ne s'offusqua du geste honteux d'Eperneau qui le forca a s'agenouiller, humiliant son orgueil pointilleux, pas même Saint-Aignan. Saint-Aignan, Saint-Aignan même n'avait rien vu, parce que ce matin Saint-Aignan était au Roy, ce matin Saint-Aignan ne connaissait pas l'homme qui se faisait croquer devant lui.

François ne se sentait pas lache, il pensait au contraire que Chastignac était fou... il y avait lacheté et obéissance, courage et folie, et savoir distinguer la nuance était l'une des vertus dont se vanterait François. Cette nuance qui change toujours selon l'époque, le lieu et la personne. Aujourd'hui, le comte était prudent et obéissant... Chastignac était idiot.

La conversation avec Racine l'avait plongé dans une certaine mélancolie, un désespoir constant, une main sombre et sale qui enserrait son vieux coeur. Mais lorsqu'il vit Adrien courber l'échine avec ce regard mouillé, ce sourire triste mais résigné, un nouvel espoir brilla au loin. Se serait-il rangé a la bonne cause ? Un nouvel éclat d'intérêt subit brilla dans ses yeux, et l'hésitation de son protégé qui obligea le Roy a se répéter ne fit qu'accroitre cette espérance sans suite...

Il s'avança imperceptiblement sur son fauteuil, le dos droit comme un piquet, attendant la suite des évènement avec une impatience qu'on lui connaissait parfois.


Citation :
-J'ai le regret de vous contredire, Majesté rayonnante, mais Mademoiselle de Louvais dit vrai. Elle a pénétré sans mon accord, en pleine nuit, dans ma chambre dans le seul but de mettre fin a mes jours a l'aide de son propre poignard.

François s'affala dans son fauteuil avec un soupir inaudible. Le tressaillement convulsif de son voisin, Louvais, ne lui échappa pas non plus. Le Roy était resté impassible. Comment faisait-il ? Mais oui, bien sûr, Mlle de Louvais et Chastignac n'était que des pions, des sujets qu'il connaissait a peine... châtier un homme, combien de fois le faisait-il par jour ? 2,3 fois ?

"êtes vous sûr de ce que vous avancez ? Il faisait nuit, peut-être avez vous confondu ? Vous vous rendez compte que proférer une fausse accusation contre la marquise ferait passer sa folie passagère pour une vérité ? "

Le Roy ne démordrait pas, toujours aussi calme... François, lui, savait que c'était perdu d'avance. Chastignac repris la parole aussitôt, fier et droit, malgré sa blessure, et il parut soudain plus beau et plus noble aux yeux de Saint-Aignan qu'il ne l'avait jamais été auparavant... peut-être l'approche de cette mort inévitable ? Inévitable...

"Je suis certain, oh mon Roy, que la folie de Mlle de Louvais n'en est pas une. C'est bien elle qui est entrée dans ma chambre, et c'est bien elle qui m'a poignardé."

Chastignac l'avait coupé dans ses réflexion, François l'avait écouté d'une oreille distraite, puis, nullement surpris de la réponse, s'était replongé dans sa léthargie songeuse. Il se demandait bien comment il avait pu croire un instant a un revirement de situation...

Personne ne parlait, même Louis paraissait pensif. Devait-il essayer de changer cela ? De changer ce destin qui, par définition, serait immuable ? Mais s'il pouvait changer la destinée d'un homme, c'était que son destin était d'être sauvé ! Mais pourquoi ces réflexions stupides dans cette situation ? Saint-Aignan avait le devoir de tout tenter pour le sauver, car s'il ne le faisait pas, alors il serait un lache. S'il n'essayait pas de protéger son protégé alors que certaines manières permettraient de ne pas le compromettre, alors ce ne serait plus de la prudence... de la simple et pure couardise.

Chastignac sortit, le Roy l'avait congédié et Saint-Aignan ne s'en était aperçut qu'au moment où il vit la porte se refermer, laissant entrevoir un coin du pourpoint creme de Chastignac...


"Allons, nous savons ce que nous avons a faire, messieurs. Il reste a savoir comment."

Cela paraissait une évidence pour tout le monde. Adrien était plus que genant. Une véritable épine dans le pied de la royauté. Louvais était bien trop puissant pour laisser un petit nobliau entacher la réputation de cette famille.

D'Eperneau osa enfin prendre la parole. C'était de SA promise dont on parlait.


"Il faudra accuser un autre homme de l'attentat; le pendre place de Greve, tandis que des poudres bien diluées dans du vin, ou un poignard dans une bonne main ferait l'affaire pour C..."

"Taisez vous bougre d'âne !" avait hurlé Louvais...

C'était vrai que D'Eperneau n'avait jamais été tres subtil, utiliser des paroles qui sous entendaient bien plus qu'elles ne révélaient n'était pas son fort... Toutefois, une fortune honorable rattrapait le tout.
Trop direct pour un homme qui écoutait aux portes, son futur beau-pere avait préféré le couper.

Le Roy, pourtant, leva la main pour faire taire Louvais. Le flegme dont il faisait preuve contrastait si bien avec son emportement habituel que Saint-Aignan se demandait si quelqu'autre personne n'avait remplacer son Roy bien-aimé.


"Il n'a pourtant pas tort."

François n'avait dit mot jusque là, et Louis se tourna enfin vers lui.

"Qu'en pensez vous ?"

-Je suis de l'avis de Sa Majesté.

"Et bien c'est réglé. Merci messieurs. Louvais, vous chercherez nos hommes."

D'Eperneau tressaillit, il aurait tellement aimé régler lui même le compte de ce Chastignac, c'était lui, implicitement, qu'il avait désigné par "une bonne main"... tout le monde l'avait compris, mais on refusait de lui confier cette tâche, ce qu'il prenait pour un affront !

François sortit, a la suite d'Eperneau, Louvais restant avec le Roy pour décider de la main assassine. Saint-Aignan était habitué, mais une personne étrangère aurait été surement fasciné et dégouté de la façon anodine dont on pouvait décider de la mort d'un homme...
D'ailleurs Louis l'avait fait sortir, lui, son confident, sachant que tuer des gentilhomme n'était pas son fort... quelque part, il lui en était gré.

La porte se referma, couvrant a toute oreille les chuchotements du cabinet...


Dernière édition par le Ven Oct 07 2005, 22:10, édité 1 fois
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Adrien de Chastignac
Administratrice


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MessageSujet: Re: Chastignac   Mar Sep 27 2005, 17:25

C'était comme un rêve... tout était flou, comme incompréhensible et Adrien n'était sûr que d'une chose : sa réponse devait être la même, ferme et assurée.

Le Roy finit par le congédier poliment, apres avoir réitéré sa question, sans succes.
Adrien sentit qu'il se levait, il s'aperçut enfin qu'il n'était plus dans le cabinet... il ferma les yeux un moment puis les rouvrit, espérant se réveiller, peut-être. Il se trouvait dans l'antichambre, et en sortit en réalisant ce qu'il faisait cette fois. Tout cela s'était passé si vite... que faire a présent ? Rien ne semblait le menacer directement, et un homme non avertis se serait sentit en parfaite sécurité... c'est bien ce qui lui faisait peur. Le Roy, avec ce ton amical et patient, tel le bon maître qui enseigne a un éleve en retard, avait endormi ses sens, sa méfiance. Mais il s'était rappelé les mises en gardes de François et ses propres appréhensions, tout lui était ensuite évident : la mort était inévitable.

Il était seul dans le couloir, seuls les valets gardaient les rares portes des grandes salles, telle celle de jeu. Où donc ses pas l'emmenaient-il ? Le comte passa deux doigts sur sa moustache naissante, dans un mouvement lent et plus machinal que réfléchis. Sa réflexion était occupé a autre chose qu'a un nouveau tic.

La mort... lui qui était presque fier il y a quelques instants de mourir ainsi, fier, quasiment en martyr, en héros, le voila qui doutait. L'entretien avait été trop rapide, trop facile... qu'avait-il d'un martyre a présent ? Rien. On ne lui avait posé que deux questions, il n'avait eu aucun mérite a s'obstiner sur une réponse. Aucune torture, aucune menace explicite, rien, le néant. Il ne mourrait pas admiré, il serait assassiné en secret, personne ne se souviendrait de lui. Que faire ? S'entêter pour mettre un terme d'une façon ridicule se qui l'était déjà ?

Quelque chose d'inattendu coupa net ses pensées qui dérivaient. Adélaïde ! Que faisait-elle ? Comment avait-elle pu sortir de sa chambre ?

Elle le vit elle aussi, et courut a lui, des larmes dans les yeux. Adrien voyait ses souliers de neige qui juraient sur le parquet brun d'automne, parfois caché, souvent dévoilé par les virevoltes de la robe simple, en mousseline, qu'elle tenait dans une main afin de mieux se mouvoir.
Sans ménagement, elle sauta au cou de son amant et le couvrit de baisers mouillés... Chastignac se laissait faire, trouvant ce spectacle bien trop pathétique pour se donner la peine d'y ajouter quoi que se soit.
Son accoutrement même témoignait de l'état d'agitation de son esprit. Elle était décoiffée, les cheveux dans les yeux, pleurant au travers, la pauvre petite était imprésentable.


"Alors, nous mourrons ensemble ! Je ne t'en veux pas... je préfère que ça en soit ainsi. Nous serons comme Tristan et Iseult, a nous rejoindre dans la mort !"

Si Chastignac avait encore quelques envies de se laisser tuer, elles s'envolèrent soudain. Il lui ferait plaisir ? A elle ? Ses baisers l'importunaient... ses paroles mielleuses le dégoutaient. Un frisson lui parcourut l'échine rien qu'a l'idée qu'elle puisse se faire de l'interprétation de cette obstination.
Il la prit fermement par les bras et la repoussa. légère, elle lui avait fait a peine mal en se jetant sur lui, tenace, elle le fit soudain souffrir en s'y décrochant. Elle avait autant voulu se détacher de Chastignac qu'une sangsue...
nouveau frisson.


-Meurs si tu veux. Moi, j'ai d'autres projets.

Il ne savait pas encore comment, mais Adélaïde qui voulait mourir l'avait décider a vivre. Il la regarda a peine, sentant de nouveau le mépris l'envahir.... La pauvre enfant était abasourdie de cette réaction, et restait les bras dodelinant, muette de stupeur, pendant que son ancien amant prenait d'un pas rapide la direction des appartements messieurs.

(http://1663.forumactif.com/viewtopic.forum?p=6603#6603)

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