1663 : Face aux Feux du Soleil

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 La Chambre du comte de Saint-Aignan

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Jean Racine
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MessageSujet: Re: La Chambre du comte de Saint-Aignan   Mar Juil 12 2005, 11:51

Racine vit enfin François sortir de l'autre pièce. Ils étaient tous deux parés à rentrer sur la scène des courtisans.
L'écrivain dut donc remettre à plus tard avec un certain regret, l'échafaudage de sa tragédie.

Il répondit par un signe de tête lorsque Saint-Aignan lui annonça qu'il était temps de se rendre à la Promenade du Roi.
Il rajusta son pourpoint et époussetta ses manches, en vain car elles étaient imaculées de propreté, puis il laissa son ami prendre la tête et le suivit docilement jusqu'à l'extérieur.

Etait enfin venu le moment où il allait voir le Roi pour la première fois et entrer vraiment dans sa cour. Bien que cela lui déplaise de suivre un monarque comme un chien suit son maître dans l'espoir de récupérer quelques compensations, il était content d'avoir l'occasion d'être aux premières loges afin d'observer ce qui se tramait à Fontainebleau...


La suite : La promenade du Roy

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MessageSujet: Re: La Chambre du comte de Saint-Aignan   Lun Juil 18 2005, 20:30

~¤*~De retour de la promenade~*~¤


Saint-Aignan avait suivi sa femme en retrait, se voutant et baissant le regard des qu'elle daignait se retourner. Il n'était pas de taille et n'avait plus l'age d'affronter un tel caractère, et priait le Seigneur que l'entrevue ne dure pas plus longtemps qu'il ne pourrait le supporter.

Ils entrèrent tous dans les appartements, mari, femme et enfants. Le plus grand manifestait un incroyable dédain sur tout ce qui touchait a son pere, le plus jeune, de l'admiration, et celui du milieu semblait partagé entre une curiosité insatiable et un profond respect pour sa mere. Elle devait les élever au fouet.

François s'assit sur un des nombreux fauteuil, anéanti avant même que son épouse n'ait pu parler. Le petit Paul vint le rejoindre à ses pieds, bien décidé a profiter au maximum de son géniteur dont l'absence le faisait cruellement souffrir.
Celui-ci se laissa faire, allant même, dans son découragement profond, jusqu'a avoir des attentions paternelles pour ce fils de 15ans qu'il aimait malgré tout. Il lui prenait sa main dont la peau de pêche lui rappela soudain comme la sienne était lache et ridée. C'était une des raisons qui le poussait à écourter ses visites familiale : la jeunesse de ses fils et filles le vieillissait d'autant plus.

Une fois que les autres fils eurent salué leur pere, assez froidement je dois dire, l'un par condescendance naturelle ou animosité contre lui, l'autre par crainte des représailles de sa mere, celle-ci les congédia tous; même Paul, qui rechignait, désireux de prolonger ses retrouvailles.

Enfin les parents se retrouverent seuls. La vieille femme, pourtant de 10 ans plus jeune que François, paraissait aussi voir plus agée que lui. Conséquence d'une vie de privation et de dureté dans toutes les activités quotidiennes, imposée également a ses rejetons.
Elle tournait de long en large dans la piece, et soufflait bruyamment, irritée, ce qui avait le don d'exaspérer François, en plus de le mettre a bout.


-Et bien ! Parlez !

Finit-il par ordonner, et son épouse ne se fit pas prier.

"Monsieur, je dois sire que je suis inquiète pour vous et indignée par votre conduite. Aussi je ne passerais pas par quatre chemins."

François, qui la savait dévote et d'une sévérité extreme, s'attendait a ce genre de réaction plutot... seche. Quelque part, cela lui redonna courage, alors qu'une voix mielleuse mais pleine de poison l'aurait achevé.

-Je veux bien croire, madame, que vous soyez indignée de ma conduite... mais de là a en être inquiete pour moi...

Cette pique ne découragea pas la "madame", qui en avait vu bien d'autre de la part de son mari. Elle répliqua d'une grosse voix :

"On m'a rapporté que vous couriez jupons, monsieur. Et des jupons des plus couverts de dentelles"

Saint-Aignan se leva, rouge de colere et de honte. Comment pouvait-elle savoir cela ? Et puis un détail attira son attention : Antoinette était sotte, et c'était bien la premiere fois qu'elle utilisait si facilement une métaphore, des plus explicites et bien faites possible. Ce ne devait pas être d'elle.

-Sachez, madame, que cette information est périmée, revoyez donc votre informateur, votre espion....

Elle se cambra et se leva de toute sa hauteur, indignée qu'on puisse ainsi formuler de tels soupçons.

"Comment osez-vous monsieur ? Sachez que mon 'informateur' n'est autre qu'un de vos plus proches amis qui s'inquiétait pour vous"

François vacilla. Elle avait donné l'information qu'il voulait, et le seul ami capable de faire des métaphores de cette nature et qui connaissait son amour pour La Montespan était Chastignac. Comment avait-il pu lui faire ça ? Ecrire une lettre a sa femme ? Comment avait-il pu lui faire cet affront ?
Le comte en suait, mais il fit effort de reprendre contenance devant sa femme.


-Mais vous, ce n'est pas pour moi que vous vous alarmez.. je me trompe ?

"Je ne désire pas que vous tombiez en disgrace"

François commençait a s'échauffer sérieusement. Il n'y avait réellement que sa femme pour le mettre dans un tel état.

-Pour qui ? Pour moi ? Ou pour votre héritage ? Il serait facheux en effet d'être veuve d'un moins que rien, dépouillé de toute fonction, et hait de la cour !

Marie haussa les sourcils, calme. Il avait visé juste, mais elle n'en avait pas honte.

"Je pense surtout a nos enfants...."

François ne la laissa pas finir, il hurla en faisant un grand geste du bras, a en faire trembler les murs :

-Ah mais parlons en des enfants ! Vous les avez monté contre moi, c'est cela ? Et pourquoi les avez vous ammené ? Pour m'attendrir ?

"Ainsi donc leur avenir compte pour rien pour vous ?"

-Baliverne! Lorsque je courre les jupons c'est encore moi qui leur promets un avenir plein d'opulence! Que faites vous, de votre côté ? Vieille chouette!

Alors qu'elle allait protester, Saint-Aignan la poussa vers la porte.

-Et maintenant, DEHORS !

Antoinette le frappa sur la main pour qu'il l'enlève de son bras avec un claquement de langue, et, le nez haut, elle ouvrit elle-même la porte, sortit avec tout le dédain dont elle était capable.

François la laissa partir et s'assit en soupirant sur le fauteuil... Il avait aperçut dans l'embrasure de la porte les yeux suppliant de Paul.
Pour la premiere fois depuis bien longtemps, ses yeux le piquerent, comme si des larmes allaient bientot jaillirent. Mais il n'en fut rien. Même seul, François voulait garder une image de lui-même irréprochable.
On entendit le carosse qui partait....
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Jean Racine
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MessageSujet: Re: La Chambre du comte de Saint-Aignan   Jeu Juil 21 2005, 12:08

Racine arriva d'un pas déterminé devant la chambre du Comte de Saint-Aignan. Mais il dut se résoudre à freiner cette marche quasi militaire car un petit valet barrait férocement l'entrée... Enfin, férocement n'était peut être pas le mot, le valet étant un tout jeune garçon beaucoup plus petit que l'écrivain !
Racine se redressa et parla fermement :


- Annoncez au Comte que Jean Racine souhaiterait le voir !

Le jeune garçon frémit devant ce ton qui se voulait autoritaire mais ne désarma pas. Il dit de sa petite voix :

- Monsieur le Comte ne reçoit personne pour le moment.

L'écrivain resta un moment pensif devant cette réponse catégorique. Que s'était-il passé entre Saint-Aignan et sa femme ?
Racine reprit la parole plus gentillement :


- Et bien, vous pourriez certainement lui passer un message de ma part ? Dites au Comte que je souhaite lui parler et que Chastignac s'en ai sorti avec quelques égratignures et une chemise tâchée de sang !

Le petit valet optempéra à contre-coeur et entrouvrant la porte, se glissa rapidement à l'intérieur.

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MessageSujet: Re: La Chambre du comte de Saint-Aignan   Ven Juil 22 2005, 18:11

Lorsque Saint-Aignan vit entrer le valet, il n'eut même pas la force de le chasser, il n'en eut même pas l'envie. Il le laissa donc débiter avec courage les paroles exactes de Racine :

"Mr Jean Racine souhaiterait voir monsieur le comte, monsieur."

François eut un geste las, comme désespéré.

-Mais la regle ne s'applique pas a sa personne, faites le entrer !

Avant de partir ouvrir au poete, le valet fini le message précipitemment et lui donna les nouvelles de Chastignac. A leur entente, le comte se crispa. C'était ce traitre qui avait prévenu sa femme, alors qu'il savait pertinemment qu'elle l'insupportait au plus haut point ! Et l'on pouvait encore penser que ses nouvelles l'interressaient !!

Le valet, voyant le rouge monter au nez de François, partit ouvrir la porte a Racine en courrant presque. Mais le comte n'était pas en colere, ou du moins n'allait pas la faire déborder sur ceux qui ne le méritait pas. Saint-Aignan était un homme réfléchi et tres réservé, ou du moins ne paraissait-il jamais dans des humeurs extremes; aussi se rajusta-t-il le mieux possible avant que Jean n'entre.... bien qu'au fond de lui, il avait prit la décision de ne plus s'occuper d'aucune affaire d'Adrien. Cet homme n'existait plus pour lui.
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MessageSujet: Re: La Chambre du comte de Saint-Aignan   Lun Juil 25 2005, 22:06

Racine entra avec une certaine satisfaction se lisant sur son visage : Saint-Aignan lui accordait son entrevue !
Il salua donc son ami mais remarqua immédiatement que le Comte semblait réellement chagriné. Chagriné étant un euphémisme, il était certainement enragé pour parler plus justement. Il faisait des efforts surhumains pour se contenir et garder son sourire de convenance mais l'écrivain n'était pas dupe !!

Il n'osa pas entamer la conversation, détaillant son protecteur des pieds à la tête. Il avait l'air très las, comme jamais Racine ne l'avait vu auparavant. La journée n'avait été décidemment pas facile pour le premier gentilhomme !

Racine aurait voulu lui demander ce qu'il se passait bien qu'il se douta que cela concerne la femme du Comte, mais il n'en fit rien, de peur d'empiéter grandement sur l'intimité de ce dernier.
Il resta donc, hésitant, sur le pas de la porte tout en essayant de garder un air heureux...

Il faut dire qu'il arrivait rarement à Racine de se plonger dans de tels états comme ceux dont était victime Saint-Aignan. Il se renfermait plutôt sur lui-même tout en ruminant ses pensées amères. On le voyait donc rarement en colère, ou très joyeux.

Mais aujourd'hui, le malaise qu'il portait en lui au sujet de son inquiétude pour le Comte devait se lire clairement sur son visage contris !
Il osa finalement une parole qui n'avait rien à y voir -tout du moins le croyait-il !- et évoqua Adrien :


- Votre valet vous-a-t-il rapporté mon message au sujet de Monsieur de Chastignac ?

Racine ne se doutait pas une seule seconde mettre les pieds dans le plat et réveiller ainsi la colère qui affleurait dans l'esprit du Comte !

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MessageSujet: Re: La Chambre du comte de Saint-Aignan   Mar Juil 26 2005, 12:29

François fit un geste brusque de la main a l’entente de ce maudit nom qui fit voler son encrier sur le parquet cirer. Se repentant aussitôt de ce mouvement irréfléchi, François cacha son visage dans ses mains, appuyant la paume sur ses yeux, comme refusant de voir la réalité qui ne cessait de lui répéter :

-Elle veut me voir mort.... et je me sens a chacune de ses visites plus proche de la tombe. Elle veut l’héritage ; me survivre, coûte que coûte ! Moi je les ai quitté... parce que sentir cette fraîcheur de la jeunesse et se faire rappeler a chaque fois comme la vieillesse nous prend par une femme aigris et sans intelligence c’est insupportable.

Il se leva et s’approcha de la fenêtre, complètement abattu.

-C’est ma plus grande hantise, et peut-être a cause de cette vieille chouette ! Je me sens chaque jour plus las...

Il continuait a regarder dans le vide, a travers la vitre. Il était passé de Chastignac à sa femme, pour ne pas piquer une colère dont Racine en serait l’exutoire involontaire. François était très complexé par son age, et c’était sans doute en effet a cause de sa femme qui n’avait de cesse de le vieillir par ces paroles pleine de poison....
Mais parler d’elle, elle qui le faisait souffrir mais qu’il avait réussi a supporter pendant tant d’années l’irritait moins que de parler d’un homme qu’il avait crut son ami pendant tellement de temps... et qui l’avait trahi.
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MessageSujet: Re: La Chambre du comte de Saint-Aignan   Mar Juil 26 2005, 13:36

Racine resta parfaitement immobile tout au long du monologue du Comte de Saint-Aignan.
Il était très touché en fait que son protecteur se confie à lui aussi facilement sans qu'il lui en ait fait la demande explicite !
Alors il écouta attentivement sans rien dire...

Il resta dans une certaine contemplation devant ce visage tel un masque de tragédie antique. On pouvait lire tant de sentiments dans le regard du Comte alors ! Racine n'osait même plus respirer de peur de briser l'équilibre fragile de l'instant. Pourtant, il nota tout dans sa mémoire, chaque geste, chaque mot, tout cela l'inspirant de plus en plus et lui rappelant qu'il n'avait pas encore eu le temps d'écrire une seule ligne !

Mais loin de lui l'idée de s'éclipser dans un moment pareil. Le protecteur avait une voix magnétique, une façon d'être qui était propre aux grands orateurs !
L'écrivain en était secoué de frissons : quelle vie était celle de cet homme ! Quelle fatalité que sa vieillesse ! Que c'était beau ! Bien sûr, le jeune homme ne dit rien de toutes les pensées qui lui traversaient l'esprit, car cela n'aurait rien arrangé à l'état de faiblesse de François.

Il essaya donc d'oublier un moment sa fonction de dramaturge, se plaçant tout simplement comme un ami.
Lorsque Saint-Aignan acheva, il dit :


- Ne serait-ce pas mon rôle de broyer des idées noires ? Voyons ! Vous êtes le premier gentilhomme de la cour et cela s'est acquis du fait de nombreux sacrifices... Mais vous êtes solide François et vous nous enterrerez certainement tous !

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MessageSujet: Re: La Chambre du comte de Saint-Aignan   Mar Juil 26 2005, 18:12

Saint-Aignan posa sa main sur l'épaule de Racine avec un petit sourire triste. Il essayait de rendre son visage jovial comme a son habitude devant les efforts que fournissait son ami a lui remonter le moral... il le voyait bien, mais c'était au dessus de ses forces, et au risque de le décevoir, il garda sa mine de chien battu. Il s'était confié, avait déballé son sac, c'était si rare... cela le soulageait, tout en le fatiguant encore plus.

-Tous ? Non. Vous peut-être, apres que vous ayez sauté dans la Seine, désenchanté par l'issus de votre tragédie...

Racine le sauvait. François avait rarement eut des amis a qui se confier, et même si Jean n'était surement pas la meilleure personne qui pouvait remonter le moral, au moins était-il une personne de confiance. Et cela soulageait d'un grand poids le comte.
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Jean Racine
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MessageSujet: Re: La Chambre du comte de Saint-Aignan   Mer Juil 27 2005, 10:58

Citation :
-Tous ? Non. Vous peut-être, apres que vous ayez sauté dans la Seine, désenchanté par l'issus de votre tragédie...

Racine rit de bon coeur à cette remarque qui était tellement proche de l'idée qu'il se faisait de son avenir !
Il fut également fort content que François retrouve ce jeu d'esprit qu'il aimait tant : cela voulait dire que la présence de l'écrivain n'avait pas été vaine !
Il ajouta, toujours souriant :


- Certes, il est probable qu'il en soit ainsi... Mais, qu'est ce que la mort lorsque l'on est fier de ce qu'on a fait de sa vie ?

Il s'arrêta, inspirant profondément comme pour illustrer son propos. Il fit quelques pas et continua tout en marchant, faisant des gestes emphatiques avec les bras :

- Et la vieillesse François ? N'est ce pas aussi un concept ? Regardez ces courtisans qui s'empatent et flétrissent dans la poudre de riz ! Etes-vous l'image de cela ? Pour ma part, je ne la pense pas : vous avez su rester actif de corps et d'esprit...

Il revint faire face au Comte de Saint-Aignan et le regarda dans les yeux, posant les deux mains sur les épaules de son protecteur, il finit :

- Non François ! Ce n'est pas encore la fin... Ni pour vous, ni pour moi !

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MessageSujet: Re: La Chambre du comte de Saint-Aignan   Mer Juil 27 2005, 21:28

François rit légerement lui aussi, entrainer par la mine joyeuse de Racine. Il lui était si reconnaissant... on a pas idée comme c'est si bon de se sentir en confiance avec quelqu'un alors que tout autour de soi semble s'écrouler...

Citation :
- Certes, il est probable qu'il en soit ainsi... Mais, qu'est ce que la mort lorsque l'on est fier de ce qu'on a fait de sa vie ?

Le sourire de François se figea. Il baissa les yeux et murmura :

-Mais est ce que je suis fier de ce que j'ai fait de ma vie ?

Citation :
- Et la vieillesse François ? N'est ce pas aussi un concept ? Regardez ces courtisans qui s'empatent et flétrissent dans la poudre de riz ! Etes-vous l'image de cela ? Pour ma part, je ne la pense pas : vous avez su rester actif de corps et d'esprit...

Il haussa les épaules... certes, comparé a certains autres courtisans, on pouvait l'appeler "jeune", mais si on le comparait a lui même il y a vingt ans...
Toutefois, l'effort de Racine ne fut pas vain, et ses remarques toucherent François au plus profond de lui-même.


Citation :
- Non François ! Ce n'est pas encore la fin... Ni pour vous, ni pour moi !

-Rien n'est fini en effet.

François s'assit lourdement sur son lit, il semblait de nouveau apaisé et préféra changer de sujet.

-Et votre oeuvre, elle n'est pas fini non plus je suppose... mais est-elle au moins commencée ?
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MessageSujet: Re: La Chambre du comte de Saint-Aignan   Mer Juil 27 2005, 23:16

Racine se réjouit de voir Saint-Aignan renaitre ainsi... Peu à peu son visage s'éclairait et reprenait quelques couleurs, il semblait plus détendu !
L'écrivain fut également touché de la complicité qui s'installait peu à peu entre eux alors qu'il n'aurait pas soupçonné avant être aussi proche de François.

Il ne voulait quand même pas trop profiter de cet instant en demandant des précisions sur la vie de son protecteur, mais il savait qu'un jour il pourrait sûrement aborder le sujet plus librement !
Pour l'instant, le moral de François était encore trop instable à son goût...


Citation :
-Et votre oeuvre, elle n'est pas fini non plus je suppose... mais est-elle au moins commencée ?

Racine rit de nouveau à cette boutade. Il n'avait, en effet encore pas écrit une seule ligne et cela le navrait mais, à sa décharge, il pouvait plaider le manque de temps !

- Vous tombez juste mon Cher, je n'ai pas encore débuté l'écriture... A vrai dire je suis encore incertain au sujet du héros de la pièce : il est possible qu'il change encore ! Je comptait justement m'y mettre après le déjeuné, dans le petit salon Pourpre...

Il se souvint alors qu'il avait indiqué à Adrien de Chastignac qu'il s'y trouverai... Il faudrait qu'il se tienne donc à ce lieu ! Racine étant assez indécis par nature, il aurait très bien pu changer d'avis au dernier moment !
Il reprit :


- Et vous ? Vous comptez vous terrer dans votre chambre jusqu'à la nuit ou vous êtes de nouveau disposé à sortir et à donner congé à ce pauvre petit valet qui garde farouchement votre porte ?

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MessageSujet: Re: La Chambre du comte de Saint-Aignan   Jeu Juil 28 2005, 07:25

Citation :
- Et vous ? Vous comptez vous terrer dans votre chambre jusqu'à la nuit ou vous êtes de nouveau disposé à sortir et à donner congé à ce pauvre petit valet qui garde farouchement votre porte ?

François jeta un furtif coup d'oeil a sa porte, en effet, son valet jouait les piquet devant l'entrebaillement, comme s'il n'entendait rien. Saint-Aignan ne put s'en empecher et rit de la boutade amicale de Racine.

-Mon pauvre Théodor...

Le valet crut qu'on l'appelait, ou du moins fit semblant de croire que l'on ne s'était pas raillé de lui. Il se retourna, mais voyant son maitre riant aux larmes, stoppa, déconcerté.

-Voyons, retourne a ton poste, l'on ne t'as pas mandé !

Le comte rit de plus belle, mais ce n'était que pour redevenir plus sérieux ensuite.

-Malheureusement, je ne puis m'amuser longtemps. Le Roy m'attendra bientot dans son cabinet pour une histoire de chicane...

Un frisson lui parcoura l'échine. Encore et toujours Chastignac. Celui-là commençait sérieusement à l'échauffer... il lui gatait tout !
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MessageSujet: Re: La Chambre du comte de Saint-Aignan   Jeu Juil 28 2005, 21:18

Le rire était le meilleur remède que pouvait offrir Racine à Saint-Aignan ! D'ailleurs il se montrait assez doué en la matière : il aurait pu se recycler dans la comédie après tout ! Mais parfois la nature profonde de l'être est plus forte que des états passagers sucités par un sentiment comme l'amitié... Et quand cette nature court vers la tragédie...

Pourtant, l'écrivain était d'humeur drolesque en ce moment ! Il voulait divertir son protecteur : c'était une pleine réussite !
Même si la raillerie sur le petit Théodor n'avait pas été du meilleur goût, le jeune homme en riait encore !!

Racine reprit tout son sérieux en entendant Saint-Aignan évoquer son entretien avec le Roy. La réalité de la Cour revenait au galop ! Bien que Fontainebleau soit un lieu de faste inégalé, les Nobles n'avaient finallement que peu de liberté dès lors qu'il se brûlaient les ailes auprès du Soleil ! Et François était de ceux là, assumant son rôle de premier gentilhomme !!
L'écrivain ressentit un peu de pitié pour cet homme qui ne pouvait même plus rire trop longtemps... Il avait avoué n'être pas réellement fier de sa vie, mais peut-être ressentait-il trop de regrets pour cela ? Il avait peut-être abandonné de nombreux rêves sur le chemin de la gloire !

Il regarda Saint-Aignan et répondit avec une moue dubitative :


- Une histoire de chicane dites-vous ? Il n'y en a que trop qui passent au travers des murs du Château... Le devoir François doit vous apparaître bien lourd parfois ! Mais quelle chicane peut inquiéter un homme de votre importance ?

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MessageSujet: Re: La Chambre du comte de Saint-Aignan   Ven Juil 29 2005, 07:57

François émit un grognement sourd, semblable au rugissement étouffé d'un lion. Oui le comte rugissait des problemes que lui causait son protégé, qu'il avait décidé de ne plus protéger du tout d'ailleurs. Et Racine semblait tres curieux, comme à son ordinaire, de connaitre le fond de l'histoire. Il y allait par des chemins détournés, certes, mais l'on sentait quand même un désir de savoir.

-Je ne m'inquiete pas, je suis juste agacé par ces histoires sans importances qui me font déplacées quand j'aimerais rester discuter avec vous.

Alors ça, pour que le premier gentilhomme, qui d'habitude accomplissait ses taches avec le plus grand sourire, se mette a grogner de la sorte, il fallait en effet qu'il soit irrité !

François se leva et regarda sa montre. Il restait encore quelque 10 minutes, mais on se devait d'être ponctuel avec le monarque.


-Ecoutez Racine...

François lui ouvrit la main et y déposa une bourse a moitié remplie de louis d'or et d'argent.

-Je pense que cela pourra subvenir a vos besoin du mois.

Saint-Aignan voyait comme son devoir de protecteur de fournir l'argent du besoin; ce qu'il avait toujours refusé à Chastignac... mais Racine avait un projet, sa tragédie, et il devenait comme... son dévolu. François mettait tout ses espoirs dans ce jeune homme étourdi et rêveur, il esperait, il était sûr, de ne pas être déçu.
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MessageSujet: Re: La Chambre du comte de Saint-Aignan   Ven Juil 29 2005, 11:40

Racine sentit immédiatement qu'il aurait dut laisser une nouvelle fois sa curiosité maladive de côté ! Le Comte semblait de nouveau échauffé et l'écrivain n'avait même pas réalisé qu'il mettait certainement son protecteur en retard pour son audience avec le Roy. Toutefois il aurait aimé en savoir plus, mais bon...

Il fut par contre rassuré quand François avoua qu'il aurait aimé discuter plus longuement avec lui... Cela ravissait Racine bien sûr !

Pourtant sans se rendre compte que le Comte le poussait vers la porte, il se retrouva avec une bourse contenant un nombre non négligeable de Louis d'Or et d'Argent. Il rougit et bafouilla quand il essaya de parler :


- Mais, heu, il ne fallait pas vous sentir obligé d'un tel acte... Je n'ai pas besoin de tant d'argent...

Racine mentait, il n'avait quasiment rien en poche et avait tout dépensé dans la matinée en achetant son matériel de travail. Il était en fait vraiment reconnaissant du geste de Saint-Aignan mais son orgueil naturel en prenait un coup ! Il décida tout de même de ne pas considérer cela comme un rabaissement à sa condition de naissance et dit :

- Je vous remercie. Je vous laisse et vais de ce pas commencer l'écriture qui me tient tant à coeur...

Ce disant, il se dirigea vers la porte, que Théodor lui ouvrit en grand et salua le Comte bien bas en sortant.

La suite : Petite Cachette

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MessageSujet: Re: La Chambre du comte de Saint-Aignan   Sam Juil 30 2005, 19:37

Saint-Aignan avait vu les joues de Racine s'empourprér... de honte, de colere ? Etait-il irrité de ce qui pourrait être interpreté comme un rabaissement de la fierté ? Racine était parfois si candide... si vrai, et n'avait pas encore appris a ravaler son orgueil naturel pour survivre a la cour. Cette vérité était la premiere chose qui avait plu a Saint-Aignan, mais en certaines occasions, cela pouvait l'agacer, pensant qu'il fallait savoir parfois se taire ou mentir pour une grand cause...

Jean balbutia quelques remerciements et sortit tandis que François le regardait en souriant. Il était fier de son protégé, et un peu mieux dans sa peau depuis qu'il lui avait parlé. Il était surement le seul homme avec assez d'esprit pour lui remonter le moral dans ses rares mais grandes déprimes.


( le cabinet du Roy )
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MessageSujet: Re: La Chambre du comte de Saint-Aignan   Mar Aoû 30 2005, 11:42

La nuit avait passé comme une fleche pour Chastignac comme pour Saint-Aignan, l'un rongé par la douleur et la fievre, l'autre rongé par un doute terrible : devait-il prévenir le Roy ou mener son enquête tout d'abord ? Son integrité le poussait a agir selon la premiere idée, mais son amitié pour Chastignac, la deuxieme.
Toute la nuit, il avait ainsi réfléchit a la meilleure façon de concilier les deux, sans trouver aucun moyen. Finallement, il sentit les rayons du soleil poindre a l'horizon et réchauffer sa joue, sans qu'il ai pu prendre la moindre décision. Tant pis, se dit-il, il irait d'abord voir Chastignac.

Il se leva de son fauteuil recouvert de velour d'un vert bouteille, qui paraissait prairie dans ces moments timides de l'aube, entre la noirceur de la nuit qui résiste, et le flamboiement discret du soleil levant.

François était fatigué, et sentit un vertige le prendre a peine debout. Il s'appuya en un geste réflexe sur l'accoudoir du fauteuil qu'il venait de quitter, agrippant convulsivement l'étoffe qui recouvrait le bois, faisant agir les muscles de son bras pour ne pas tomber.

Lorsqu'il sentit ses jambes reprendre des forces, il se frotta les yeux avec le pouce et l'index de sa main gauche, puis lacha enfin le meude salvateur. Il était vieux... le voila pris de tournis pour une simple nuit blanche.

Las, torturé du parti qu'il venait de prendre, le gentilhomme soupira. La vie était si complexe !
Il se regarda longuement dans le miroir, et soupira a nouveau, contemplant ces cernes saillantes, cette perruque en désordre et ce pourpoint maculé de sang.

Il fallait se changer, rester déçent avant d'aller voir Chastignac. Il appela son valet et se laissa faire en tout point, trop fatigué et trop accablé de soucis pour aider cet homme dans son travail.


(chez Chastignac)
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MessageSujet: Re: La Chambre du comte de Saint-Aignan   Jeu Nov 24 2005, 19:41

Racine vit enfin le petit Théodore posté devant la porte de son maître, montant la garde comme toujours. Cela le fit sourire et il lui lança :

- Et bien jeune homme, vous semblez exactement égal à celui que j'ai laissé il y a un mois ! Même position, même attitude, c'est bien mon petit ! D'ailleurs, pour remplir votre devoir jusqu'au bout, voudriez-vous m'annoncer au Comte, je vous prie ?

Le Dramaturge contenait avec peine son impatience ! D'ailleurs il vérifia pour la énième fois que sa Tragédie se trouvait bien dans la sacoche de cuir : il voulait que François soit son premier lecteur "officiel" !(Desdemone en avait déjà une copie pour répéter, cependant il ne lui avait pas donné l'écrit dans son ensemble, juste ce qui la concernait... Il tenait à l'effet de surprise.)
Il vit donc le petit Valet s'effacer et l'Auteur se retint de se glisser habilement à travers la porte entrouverte !

De plus, le jeune homme avait réellement peur de l'accueil qui allait lui être réservé. Il n'avait pas donné de nouvelle : en un mois, il aurait pu être mort ! A moins que Saint-Aignan ait ses informateurs, ce qui n'était pas improbable...
Il finit par capituler devant l'attente et remit de l'ordre dans sa toilette qui était un temps soit peu en désordre ayant souffert du voyage à cheval.

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MessageSujet: Re: La Chambre du comte de Saint-Aignan   Sam Nov 26 2005, 12:54

Saint-Aignan n'était pas dans sa chambre, et ne songeait même pas a y aller. Il venait d'assister au repas du Roy, et pensait prendre un peu de repos bien mérité aux jardins... autrefois, peut-être y serait-il allé, mais plus pour écouter les ragots que pour flâner. Saint-Aignan avait perdu ce trait de caractere actif qui le rendait si précieux aux yeux du Roy, cette manie d'aller au devant des esperances.... Louis semblait patient, et attendait peut-être que François reprenne son état normal, si c'était possible. Mais on était plus sûr de rien. Quelque chose s'était brisé. D'abord sa femme, Chastignac, sa vengeance, son pardon... mais surtout... il n'avait rien fait pour le soutenir aupres de ses juges, rien. Et puis, il avait trahi le Roy. Comment avait-il pu oser une chose pareille ? Comment avait-il pu intriguer contre le monarque qu'il avait servi jusqu'alors aussi fidelement que le plus obéissant des chiens ?

Mais quelque chose de plus profond encore, c'était le vide. Adrien avait cessé d'occuper la place d'un ami dans le coeur de François. Mais celui-ci, se refusant de s'avouer qu'il avait aidé a l'encontre du monarque un homme dont l'avenir le désinteressait, s'obligeait a croire le contraire... Il avait également jeté son dévolu sur Racine, il n'avait plus de nouvelles de Racine. Saint-Aignan était bien seul... seul avec ses pensées.

Il emprunta un couloir éclairé, grand et froid, où moults courtisans, et courtisanes, riaient et comméraient en attendant le Roy.
François passa devant eux sans prêter l'oreille a la moindre de leur parole, baissant la tête en observant sa cannes qui se levait pui claquait le sol au rythme lent de sa démarche.
Jusqu'a ce que les mots fielleux de mlle de Campan parviennent jusqu'a lui :


"Oui, on le dit toujours vivant, mais la garde le recherche activement en ce moment... non content d'avoir mis le chateau sans-dessus-dessous, il serait en ce moment en train d'attiser la révolte du peuple en signant quelques execrables pamphlet sur notre souverain ! Savez-vous, on aurait fouillé sa chambre et trouvé des chemises pleines de sang... le sol en était également maculé. Ma pauvre Adélaïde, on dit que ce serait le sang de Mr D'Eperneau que ce gentilhomme aurait tenté d'assassiner !"

François tourna vivement la tête, et, du tac au tac, répondit sans ménager la Campan :

-Allons, mademoiselle de Cancan, cessez d'importuner mademoiselle de Louvais par vos "on dit" sans fondement avant qu'elle ne se pâme !

La Campan, non point offensée, du moins en apparence, par le jeu de mot sur son nom de François, Sourit derriere son éventail et osa répliquer :

"Mr de Saint-Aignan ! Je vois que votre fatigue remarquée de la cour s'est soudain envolée ! Vos joues on reprit de la couleur ! Serait-ce l'évocation de ce pamphlétaire qu'on disait votre ami, ou bien vous êtes vous déclaré chevalier servant de Mlle de Louvais ?"

Adélaïde elle aussi avait repris des couleurs, ne se sachant plus seules devant ce groupe de femmes prêtes a la dévorer... elle s'avança vers le comte :

"Ne répondez pas monsieur, allons plutot aux jardins s'il vous plaît..."

François baissa les yeux vers elle, attendrie par ce minois encore frais et innocent de la jeunesse, mais se refusait a abandonner un combat que lui-même avait commencé :

-Voyons, voyons, mlle de Campan, pourquoi répéter des commérages et utiliser des "on" lorsqu'il suffirait de dire "je" ? Oui, le jeune homme dont vous parlez a en effet été introduit a la cour par ma personne, mais jusqu'a présent, Mr d'Eperneau ne s'est jamais affiché blessé de quelconque maniere... je vous suggèrerais de revoir vos informateurs, ou plutot d'en prendre...

Et il tourna les talons, ne laissant pas le temps a la demoiselle de répondre.

-Venez, Adélaïde, allons rendre jaloux les rouges-gorges de nos couleurs retrouvées grace a une victoire bien méritée !

Clama-t-il assez fort pour se faire entendre du groupe de vieilles filles indignées....

Assez loin d'elles, quoique toujours dans ce couloir dallé, ils ralentirent le pas, et ce fut Adélaïde qui prit la premiere la parole :

"Est-ce vrai, monsieur le comte, qu'Adrien serait devenu une espece de pamphlétaire ?"

Elle était blême, et François savait bien que sous cette question s'en cachait bien d'autres...

Il s'arrêta, et la regarda en face, alors qu'elle baissait les yeux...

-Ecoutez, mademoiselle, j'ignore cette dernière circonstance, mais je sais qu'il est vivant. Que la garde le recherche ou non, qu'il soit ou non criminel, vous devez vous en désintéresser. Votre sort n'est plus lié au sien, il n'aurait d'ailleurs jamais dû l'être.

Des larmes roulaient sur les joues de la jeune fille, silencieusement. François leva un instant le menton pour ne plus avoir a l'observer... puis le rabaissa, sûr d'avoir lui-même ravaler ce sentiment de pitié et d'attendrissement.

"On m'interdit de sortir de Fontainebleau, et je ne puis me promener hors des murs que sous surveillance..."

-Une fois mariée a D'Eperneau, vous retrouverez votre liberté.

"Et si je ne voulais pas..."

-Adélaïde, vous n'avez pas le choix. Si vous n'aviez été coupable que d'adultère, et que vous l'aviez caché, peut-être auriez vous pu toucher un mot de tout ceci a votre pere. Mais a présent c'est trop tard, votre nom est sali si vous n'obéissez pas, et pour que vous puissiez vivre normalement, vous devez épouser D'Eperneau et oublier Chastignac. Quoiqu'il lui arrive.

"Mais s'il meurt a cause de moi ?"

-Vous n'en saurez rien.

La pauvre petite paraissait complètement soumise, triste, et soumise... Vraiment il faisait horreur a Saint-Aignan de lui ordonner la résignation, mais, élevé dans et attaché à l'étiquette comme il l'était, jamais François n'aurait envisagé d'autres solutions que celle du mariage arrangé. Lui même était marié, toute la cour se mariait, aucun par amour. C'était ainsi, c'était normal. Les enlèvements épiques des belles par leur chevalier servant... tout ça c'était dans les livres.

"Je ne désire pas médire mais... il me semble méchant."

François ferma les yeux. Que faire... que dire devant tant de candeur ? devait-il lui proposer ce que lui-même faisait ?

-Tenez vous bien, soyez sage, et aimez votre époux autant qu'il vous est possible. Ensuite, une fois que vous serez certaine des sentiments que vous éprouvez pour lui, ensuite, seulement, si vous le haïssez ou le répugnez, alors vous prendrez un amant. Mais vous resterez discrète pour ne pas salir votre nom plus qu'il n'a été fait.

Adélaîde leva les yeux, sans bien comprendre .

"Mais... a présent je ne suis pas mariée, et je prend amant, c'est un adultère... vous me dites d'attendre de l'être pour commettre le crime ?"

François soupira... peut-être n'avait-il pas fait le bon choix en lui proposant cette solution. Un court silence s'installa, et finalement le comte le brisa :

-Oubliez ce que je viens de dire...

C'est a ce moment précis que le page Théodore fit son apparition, tout essoufflé d'avoir couru, sa tunique de velours froissée :

"Monsieur le comte, Racine vous attends a vos appartements !"

Alors Saint-Aignan fit le baise main le plus courtois possible a la demoiselle et prit congé d'elle, alors qu'elle restait là, les yeux rougis, sans bien savoir quoi faire, quoi penser.

---------------------------------------------------------------------------------


-Alors Racine, que me vaut l'honneur de votre visite apres une si longue absence ?

Saint-Aignan était trop ravi de le revoir pour lui en vouloir, de son absence, mais la conversation d'avec Adélaïde lui avait rendu cet air las et les couleurs dont il s'était vanté avaient disparues...
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MessageSujet: Re: La Chambre du comte de Saint-Aignan   Sam Nov 26 2005, 18:09

Le Dramaturge se retourna vivement dès qu’il entendit la voix bien familière de Saint-Aignan ! Il ne s’attendait tellement pas à le voir arriver de ce côté-ci, qu’il dut montrer pendant quelques secondes une mine étonnée.
Cependant, son visage s’anima un peu lorsqu’il fut certain que le ton de son protecteur ne portait aucune marque d’une quelconque réprimande. Il laissa passer Théodore puis son maître, avant de lui-même s’engager dans les appartements… Une fois la porte refermée, il répondit :


- François, je dois vous avouer que vous me manquiez !

Racine affichait maintenant un visage rayonnant, autant à cause de la surprise qu’il ménageait à François que du fait, de se retrouver en face de son bienfaiteur. Il vit pourtant que ce dernier était pâle et posait un regard assez terne sur ce qui l’entourait… C’est pourquoi l’Auteur n’attendit pas une seconde de plus, et il ajouta, rieur :

- Je ne suis pas venu seul d’ailleurs -il tapota légèrement sa sacoche- et vous allez avoir l’honneur de juger mon travail !

Le jeune homme ouvrit donc ce précieux portefeuille et en sortit une liasse de feuilles de papier fraîchement noircies : la première copie du manuscrit original de la Tragédie qui étrangement ne portait aucun titre à présent. Cela sauta aux yeux de Racine pour la première fois ! Il fit donc un geste qui signifiait au Comte de patienter encore un peu et posant son bien sur une tablette, il saisit une plume qui gisait bien sagement dans son encrier et il traça alors ce nom dans l’en-tête : « Hermione ». C’était le personnage que jouait Desdemone et il était donc mérité que ce soit elle qui donne le titre de la pièce.
Après cette dernière modification opérée, l’Ecrivain se retourna vers Saint-Aignan et lui tandis son Œuvre en ponctuant son geste d’un :


- Je suis sûr que vous ne vous attendiez pas à ce qu’elle soit si vite terminée !

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MessageSujet: Re: La Chambre du comte de Saint-Aignan   Sam Nov 26 2005, 20:17

Racine, courtoisement, s'effaca afin que Théodore pu ouvrir la porte a son maître et que celui pu, a son tour, inviter Racine a entrer.

François embrassa d'un oeil rapide son salon, s'assurant qu'il n'était pas en désordre... quoiqu'il ne l'était vraiment jamais, mais lorsqu'il s'agissait de recevoir quelqu'un, le comte avait certaines habitudes un peu maniaques.

Il se retourna vers Racine alors que le page s'éffaçait a son poste en refermant la porte derriere lui...


Citation :
- François, je dois vous avouer que vous me manquiez !

Saint-Aignan étouffa un rire cynique, qui ressemblait étrangement a un soupir. Il ne répondit rien pourtant. Rien qui puisse expliquer son air maussade et sa démarche de vieillard.

Jean, s'effrayant peut-être un peu de trouver son protecteur dans un état qu'il avait déjà eu l'occasion une fois -une seule- d'entrevoir, préféra changer de sujet que de satisfaire sa curiosité.

Alors, plongeant sa main dans une sacoche de cuir, il en ressortit plusieurs parchemins, une pile plutot, et fier de ces papiers dont François ignorait encore le contenu, les lui présenta avec un sourire jusqu'au oreilles.

S'apercevant soudain d'un détail qui échappait encore au comte, le dramaturge prit alors ses aises sur le bureau de son ami, grattant sur le premier parchemin de la pile quelque chose que personne a part lui ne pu voir.

François était curieux de nature, mais paresseux lorsqu'il était triste. Aussi essaya-t-il d'entrevoir ce qu'écrivait si mystérieusement son poulain, mais resta planté là n'accordant qu'une importance secondaire au manege qui se déroulait sous ses yeux, alors que ses pensées noires lui rongeaient le coeur comme de l'acide.


Citation :
- Je suis sûr que vous ne vous attendiez pas à ce qu’elle soit si vite terminée !

Saint-Aignan alors compris. Il ne s'était pas aperçut du geste de Racine, et ne sembla ouvrir les yeux que lorsque les paroles du dramaturge lui étaient parvenues. Il prit, surpris, stupéfait même, la bouche légerement entrouverte, ce qui lui avait fait brusquement oublier ses sombres idées...

-Votre tragédie ?

Dit-il une fois avoir repris constance. Ces liasses de papiers avaient soudain pris une importance nouvelle a ses yeux, et il les feuilletaient fébrilement, lisant quelques vers de ci de là, les yeux pétillants, brillants même, comme si l'émotion lui en venait jusqu'aux larmes.

-Mais Jean... c'est magnifique ! Comment avez vous pu...

Il continuait de lire, sans bien comprendre, tant ce qu'il tenait lui paressait avoir de valeur... ces vers étaient les premiers d'une grande oeuvre ! Enfin, Jean avait atteint le but qu'il s'était fixé ! Et François voyait son investissement porter ses fruits... mais bien plus que de penser en protecteur et en entreteneur, François pensait en ami. Il était heureux pour lui, et bien plus, il rêvait déjà de la piece portée sur les planches. Quelle beauté ! Quelle splendeur ! Quel succes !

-Et les comédiens ?
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MessageSujet: Re: La Chambre du comte de Saint-Aignan   Sam Nov 26 2005, 22:53

Racine ne put retenir sa joie plus longtemps lorsqu'il vit l'effet de la révélation sur François ! Il avait l'air aussi heureux que lui et les sentiments partagés irradiaient des deux êtres afin d'emlpir toute la pièce d'une atmosphère festive...
Le Dramaturge laissa son coeur s'apaiser : Oui il avait terminé, oui il ramenait les résultats attendus à son Protecteur ! Et le Comte, ayant posé rapidement son oeil de-ci de-là sur le contenu, semblait apprécier cette première lecture.
Lui qui se montrait taciturne quelques instants auparavant, redécouvrait une nature toute guillerettes ce qui n'était pas sans ravir l'Ecrivain. Le jeune homme gardait en effet une contenance, bien qu'il eut envie de sautiller au travers de toute la pièce en criant "Je l'ai fait ! J'ai réussi !".


Citation :
- Et les comédiens ?

Racine comprit avec bonheur que son Bienfaiteur pensait à la même consécration que lui : porter l'Oeuvre sur les planches ! Cela faisait si longtemps que l'Auteur en rêvait qu'il se serait mis à genoux pour supplier Saint-Aignan de l'aider dans cette entreprise ! Il lui envoya un regard plein de gratitude et répondit :

- Ah ! François... Pas les comédiens : La Comédienne !! Celle qui interprétera Hermione, la seule qui compte réellement... Oui la seule... Hum...

Racine, au fur et à mesure de ces paroles, entrevoyait Desdemone dans la robe qu'il lui choisirait afin de monter sur scène. Il la vit déclamer, il la vit virevolter devant des yeux ébahits ! Sa vue se troubla, la jeune femme lui manquait tellement... Il sursauta soudain, réalisant avec effroi que François voyait qu'il parlait comme un jeune amoureux (ce qu'il était). Il se reprit tant bien que mal :

- Oui ! Elle aussi je l'ai trouvée François ! Si vous saviez comme elle est merveilleuse : elle sera parfaite, j'y veillerai. Mademoiselle Ruben rassemble d'ailleurs le reste de la Troupe qui s'est éparpillé durant... mon absence.

Une ombre passa sur son front. La douleur encore récente ne demandait qu'une seconde d'inattention pour ressurgir et dévorer son moral. Il baissa un moment les yeux afin de chasser ce souvenir, essayant de dissimuler ce chagrin au Comte.

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MessageSujet: Re: La Chambre du comte de Saint-Aignan   Ven Déc 02 2005, 13:05

Une fois avoir parcouru des yeux la piece de Racine, Saint-Aignan pu s'interesser a la physinomie de l'auteur d'Hermione. Il était tout sourire, surement heureux de l'avoir pu impressioner, et puis, lorsqu'il amena le sujet des comédien sur le tapis, se furent les yeux dans le vague que Racine lui répondit. Fraçois sourit, il ne s'y trompait pas.

Citation :
- Ah ! François... Pas les comédiens : La Comédienne !! Celle qui interprétera Hermione, la seule qui compte réellement... Oui la seule... Hum...

Il était amoureux, soit. François préféra replonger le nez dans les fueillets plutot que de commenter l'état nouveau de son poulain. Il ne voulait pas détruire les rêves de cet homme jeune encor, mais Saint-Aignan avait déjà son idée arettée sur les choses de l'amour. Il s'y était déjà risqué plusieurs fois, déçu toujours.

Citation :
- Oui ! Elle aussi je l'ai trouvée François ! Si vous saviez comme elle est merveilleuse : elle sera parfaite, j'y veillerai. Mademoiselle Ruben rassemble d'ailleurs le reste de la Troupe qui s'est éparpillé durant... mon absence.

Le ton sur le "mon absence" étonna le comte par son changement. Racine, passé de l'exaltation amoureuse était devenu soudain sombre, mais cela n'effrayait en rien son interlocuteur. En tout cas, il était plus a l'aise quant a lui donner la réplique dans cet état qu'a un homme fou d'amour.

-Votre absence, oui. J'ai ouïe dire que vous étiez retourné a Port-Royal. J'aurait pourtant aimé que vous me l'appreniez de vive voix plutot que de l'apprendre par l'intermédiaire de quelques racontars.
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MessageSujet: Re: La Chambre du comte de Saint-Aignan   Ven Déc 02 2005, 15:40

Saint-Aignan feuilletait, reportait son attention sur Racine puis se replongeait dans la lecture de quelques vers.
C'est un sourire pâle qui vint s'inscrire sur le visage de l'Auteur vis à vis de l'accueil de sa Tragédie : il n'aurait pu rêver mieux, l'appui de son Bienfaiteur lui était acquis. Cependant, l'exaltation qu'il avait éprouvée au moment de son entrée, s'était totalement consumée ! Il se sentait extrêmement las, portant le poids du chagrin qui naissait dans son coeur subitement. Peut être parce que sur le moment, il avait été le soutien de sa Cousine, se montrant inébranlable quant au chagrin de celle-ci, et que maintenant, il n'avait plus la force de feindre... L'Auteur aurait tellement voulu que le Comte soit à ses côtés lors de l'enterrement. Alors, le jeune homme s'était senti seul, hors du temps, marchant, parlant, dirigeant avec automatisme. Il ne s'était pas autorisé à ressentir quoique ce soit... Il avait écarté Desdemone, il avait fui la douleur, il s'était retranché sous un masque impassible.
Aujourd'hui, le choc le prenait à la gorge, battant inlassablement ses tempes. Il essaya de contracter la machoire afin de ne pas se laisser emporter, ce fut vain, il tomba dans un fauteuil alors que Saint-Aignan lui parlait :


Citation :
-Votre absence, oui. J'ai ouïe dire que vous étiez retourné a Port-Royal. J'aurait pourtant aimé que vous me l'appreniez de vive voix plutot que de l'apprendre par l'intermédiaire de quelques racontars.

Racine releva la tête mais ne put se résoudre à se remettre debout, il dit d'une voix tremblante :

- Je comprends François... C'est que tout a été si soudain. J'ai du partir alors que je n'en faisais pas le projet : ma Tante est morte. Elle représentait ma dernière attache à Port-Royal.

Et pas seulement à ce quartier qu'il chérissait... Elle était la dernière représentante de sa famille. Marguerite ne comptant plus vraiment, elle qui s'était mariée et qui avait quitté Port-Royal depuis longtemps.
Racine repoussa les larmes qui lui venaient, il ne voulait pas se montrer faible devant ce père spirituel à qui il devait tant ! Il détourna donc son regard vers la fenêtre et le ciel lui apparut bas et terne alors que lorsqu'il sautillait de joie, il faisait encore beau.

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MessageSujet: Re: La Chambre du comte de Saint-Aignan   Lun Déc 05 2005, 05:21

[ma pauvre Lau... je sens que tu vas devoir encore attendre... tu sais que j'ai travaillé plus ce week end que durant une semaine ! Ouargh ! Et d'ailleurs j'ai pas pu tout faire... j'ai laissé tomber l'allemand en esperant pouvoir copier mes exercice sur qq'un avant le cours blush LoL
Bon tout ça pour te demander des excuses ma pauvre Lau]

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