1663 : Face aux Feux du Soleil

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 La Chambre du comte de Saint-Aignan

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Jean Racine
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MessageSujet: Re: La Chambre du comte de Saint-Aignan   Lun Déc 05 2005, 10:05

[Tu es toute excusée ma Eli ! C'est pas grâve du tout et je comprends tout à fait que la période pré-vacances soit surchargée... Je te souhaite bien du courage, allez ! Plus que 15 jours !!]

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MessageSujet: Re: La Chambre du comte de Saint-Aignan   Mer Déc 07 2005, 12:48

[me voici de retour ! Pour vous jouer un mauvais tour demon ]

Peut-être Saint-Aignan ne s'attendait-il pas a une réaction si excessive de la part de Racine, le certain était qu'il en fut attendrit. Racine était splendide dans sa douleur. François, comme un vampire, se nourrissait de l'essence même de cette aura, admirant cette beauté comme il les admirait toutes, a leur juste valeur.
Il se tint coit, le laissant parler, ne faisant que l'observer ainsi, abattu sur ce fauteuil qui seul le soutenait encore.

François trouvait plus malheureux que lui. Il en éprouvait de la peine, et appréciait cette peine et cette pitié qui l'envahissait. Comme un homme qui recherche les émotions fortes dans les champs de bataille, au risque de sa vie, lui, Saint-Aignan, trouvait sans chercher quelque chose de tout aussi poignant.

Quand Racine eut terminé ses excuses, quand le silence que l'on devinait remplis de sanglots intérieurs fut devenu insoutenable, quand enfin François se fut rassasié d'un spectacle qui le faisait lui-même souffrir, alors il parla.


-Si la vie est injuste, elle est surtout instable, Racine. Je pensais que vous le saviez. Autrefois vous aviez des reves de Paris à Port-Royal, aujourd'hui des regrets de Port-Royal à Paris.
Ou peut-être pensiez vous ne jamais éprouver les souffrances de vos héros ? La peine ne peut être sur le papier si elle n'est dans le monde. Vous faites parti de ce monde et il va falloir apprendre a surmonter vos chagrins.

François s'était redresser et paraissait tres dur, tres sec, mais il devait crever l'abces. Il avait retrouvé son maintien pour servir d'exemple, mais au fond de lui-même, il n'oubliait pas ses propres soucis.

-Sortez Racine. Ou montrez moi que votre séjour a Port-Royal n'a pas été vain, et que vous en êtes revenu homme.

François était injuste, il le savait. Lui-même subissait de tres nombreuses, et de plus en plus fréquentes dépréssions. Mais il devait rester ferme, car Racine avait le bonheur a portée de main, il avait la jeunesse, des rêves, des espoirs et l'amour. Il ne devait pas gacher son bonheur en se renfermant sur lui-même, protégé par la coque du chagrin et de la mélancolie.
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Jean Racine
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MessageSujet: Re: La Chambre du comte de Saint-Aignan   Mer Déc 07 2005, 13:16

Racine ne fut plus vraiment là pendant de très longues secondes... Il se donnait tout entier à son chagrin, tout du moins pas extérieurement. Pourtant son âme s'en trouvait déchirée et il ressentit pour la première fois cette intense douleur qui avait le pouvoir de faire vieillir les hommes prématurement. Il serait resté là durant des heures si Saint-Aignan ne l'avait pas réancré dans la réalité :

Citation :
- Ou peut-être pensiez vous ne jamais éprouver les souffrances de vos héros ?

Cette phrase l'interpella, le faisant se redresser un peu sur ce fauteuil qui appelait à la lassitude et au relachement des muscles. Et bizarrement, les dires du Comte le firent sourire ! Oui c'était cela... Le Dramaturge vivait pour et au travers de la Tragédie qu'il écrivait. Il avait été tellement accablé par la peine qu'occasionne la perte d'un être cher qu'il n'y avait pas vu sujet à composition. Mais maintenant, grâce à François, il réalisait connaître mieux la douleur : il pourrait donc l'exprimer sur le papier sous un jour encore plus limpide. La douleur, la souffrance, n'était-ce pas sa seule direction jusqu'à la mort ?

Citation :
- Sortez Racine. Ou montrez moi que votre séjour a Port-Royal n'a pas été vain, et que vous en êtes revenu homme.

Le ton était dur mais paternel, ce qui fit à nouveau sourire l'Ecrivain qui finit par se lever de son siège. Il fut content de constater que le sol ne semblait plus tourner autour de lui et que sa douleur, bien qu'encore présente, s'était muée en un autre sentiment, peut être une sorte de rage...
L'Auteur se retourna vivement vers François, se montrant droit et sûr de lui :


- Oui vous avez raison, j'en suis revenu Homme et plus que vous ne le pensez...

Le déclic s'était opéré, la souffrance ne serait plus jamais un gouffre mais plutôt une aide à l'inspiration ! Jusqu'à ce que la Mort abatte ses derniers tourments sur le coeur du Dramaturge et qu'il y succombe. Cependant, la fin semblait bien lointaine !
Préférant changer de sujet, Racine montra qu'il était sorti de son état d'apathie :


- François, j'aimerais que vous lisiez la totalité du texte et que vous me donniez votre avis sincère... Comprenez, votre aval est la dernière étape avant la représentation. Enfin, l'aval du Roy aussi d'ailleurs. A ce propos, je remets mon destin entre vos mains en ce qui concerne une quelconque représentation au Château. Vous êtes le seul à pouvoir en toucher quelques mots à Sa Majesté.

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MessageSujet: Re: La Chambre du comte de Saint-Aignan   Jeu Déc 08 2005, 18:24

La physionomie du comte changea radicalement avec celle de Racine, retrouvant le sourire et les yeux malicieux, si bien qu'on aurait pu penser un homme devant son miroir... un miroir sui vieillissait ou rajeunissait selon les poits de vue.

Citation :
- Oui vous avez raison, j'en suis revenu Homme et plus que vous ne le pensez...

François avait toujours été d'un naturel espiegle, il n'empeche qu'il n'avait jamais été tres exubérant. Pourtant, s'il s'était exclamé, surement aurait-il dit ceci en ouvrant les bras a son protégé : "A la bonne heure que de vous retrouver ainsi mon ami !"
Toutefois, il n'en fit rien, et ne gratifia Jean que d'un radieux sourire.

Ensuite, le dramaturge en revint a sa tragédie, François n'en demandait pas mieux et fixa des yeux les parchemins pendant que son ami lui exposait son discours :


Citation :
- François, j'aimerais que vous lisiez la totalité du texte et que vous me donniez votre avis sincère... Comprenez, votre aval est la dernière étape avant la représentation. Enfin, l'aval du Roy aussi d'ailleurs. A ce propos, je remets mon destin entre vos mains en ce qui concerne une quelconque représentation au Château. Vous êtes le seul à pouvoir en toucher quelques mots à Sa Majesté.

-Bien entendu. Les quelques lignes piochées au hasard de ma lecture m'on déjà grandement satisfait, et je ne doute point que l'oeuvre en sa totalité ne m'en réjouisse pas moins.
Quant au Roy... Certes, oui...

Un moment, François sembla hésiter. Le Roy était tres occupé en ce moment, tres tres. En tout cas trop tres pour lui accorder une audience particuliere. Et cela l'inquiétait. Bien sûr, il avait conservé ses privileges, le petit et grand lever, le souper etc etc... mais... il semblait avoir perdu un tant soit peu de crédibilité depuis l'affaire Chastignac. Non seulement le Roy n'ignorait pas que c'était son ami, mais le comte était devenu atone et de moins en moins actif. Il craignait de n'avoir plus aucune influence.
Toutefois, il ne voulait décevoir son ami, et une histoire de thétre différaient de celle d'un pamphleteur.


-Je ne puis vous garantir le concours immédiat de Sa Majesté. Aussi vaut-il mieux que vous commenciez dans Paris mon ami. Faites vous une réputation qui méritera de vous voir a Fontainebleau.
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MessageSujet: Re: La Chambre du comte de Saint-Aignan   Ven Déc 09 2005, 09:32

Racine fut satisfait de constater que le Comte souriait à ce changement d'attitude... Ah ! L'apparence ! Souveraine au château et au dehors... Le Dramaturge était toujours aussi surpris du pouvoir de cette arme. Un jour, il saurait l'utiliser à sa guise ! Aujourd'hui, il n'en était qu'à ses débuts. Et de plus, il pouvait se permettre de montrer son véritable monde à Saint-Aignan : c'était la seule personne en laquelle il plaçait sa confiance ici !

Citation :
- Quant au Roy... Certes, oui...

L'Ecrivain était maintenant pendu aux lèvres de son Bienfaiteur ! Le Roy aurait droit de vie ou de mort sur ses écrits et il lui fallait donc de solides appuis. Et si même le Premier Gentillhomme se dérobait... Qui resterait-il ? Racine passa en revue ses minces connaissances à Fontainebleau et un visage lui revint en mémoire ! Oui, il allait également chercher sa bénédiction. Ce qui était limpide dans l'esprit du Dramaturge, c'est qu'il ne se laisserait aucunement démonter après un si dur labeur ! Il s'était tellement investit dans sa Tragédie, qu'il était hors de question qu'elle tombe aux oubliettes !
Pendant ce temps, François continuait :


Citation :
- Je ne puis vous garantir le concours immédiat de Sa Majesté. Aussi vaut-il mieux que vous commenciez dans Paris mon ami. Faites vous une réputation qui méritera de vous voir a Fontainebleau.

Racine dit afin de tranquiliser son interlocuteur :

- Ne vous inquiétez pas François, je compte bien jouer la pièce à Paris avant de l'imposer aux yeux de la Cour. Cependant, ne me laissez pas m'enterrer loin des mondains, une pièce est si vite oubliée lorsqu'elle n'a pas la royale approbation...

Il était temps de partir. Le jeune homme voulait en effet visiter une dernière personne à Fontainebleau avant de retourner aux côtés de Desdemone. Il se dirigea donc de quelques pas vers la porte en ajoutant :

- Je vais prendre congé de vous mon ami. Je vous laisse les parchemins, j'ai fait cette copie à votre intention... Je dois retourner à Paris afin de préparer une allée de louanges jusqu'aux oreilles des Courtisans. Je vous donnerai des nouvelles.

Racine inclina légèrement la tête afin de saluer son protecteur et saisit la poignée de la porte. Il se glissa dans l'entrebaillement mais se retournant vivement, il lança une dernière phrase :

- Oh ! J'oubliais ! Je... heu... Je dois vous demander une dernière faveur : Puis-je amener Mademoiselle Ruben au château ? Je sais qu'elle n'est pas noble, vous vous en doutez... Mais je pensais, que m'accompagnant elle pourrait passer les portes sans encombres ? A moins que vous préfériez que j'attende de la faire venir avec toute la troupe ? Mais s'il n'y a aucune représentation auprès de Sa Majesté...

Comme à son habitude, l'Ecrivain avait du mal à masquer sa nervosité... En fait, il rougissait à vue d'oeil au fur et à mesure qu'il s'empêtrait dans une demande qui aurait pu être simple. Il finit par baisser les bras, impuissant, faisant taire ce flot de parole ininterrompu.

La Suite : Le Petit Salon Pourpre

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Dernière édition par le Sam Déc 17 2005, 16:51, édité 1 fois
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MessageSujet: Re: La Chambre du comte de Saint-Aignan   Sam Déc 17 2005, 13:31

Saint-Aignan savait comme son protéger vivait pour et par ses écrits, et se désolait déjà de lui ordonner la patience alors qu'il était fébrile de faire déjà des grands éclats a la cour... se faire enfin reconnaitre...
Oh ! Ce que François comprennait cet état d'agitation intérieure qui rend tout autour de nous si beau, si existant, et puis l'amour, et lorsque l'on touche au but, enfin... les rêves sont freinés, et il faut ronger son frein, attendre, attendre...

François comprenait, même s'il n'avait vécu cela depuis plusieurs années. Mais Racine était jeune et devait se contruire lui-même sans avoir a recevoir de conseils de n'importe quelle part. Le comte ne lui commanderais pas la prudence, ni même le calme, rien qui pourrait empecher le désespoir de Racine si sa piece devait échouer, mais qui pourrait également atténuer sa joie si elle devait avoir du succes.

Citation :
- Je vais prendre congé de vous mon ami. Je vous laisse les parchemins, j'ai fait cette copie à votre intention... Je dois retourner à Paris afin de préparer une allée de louanges jusqu'aux oreilles des Courtisans. Je vous donnerai des nouvelles.

François poussa un imperceptible soupir, qui fit gonfler son thorax plein de regrets pour Jean qu'il laissait seul, comme il laissait seuls tous ceux qui l'avaient un jour aimé...
Il lui donnera des nouvelles... oui, ce n'était pas tres rassurant, ni tres encourageant. C'était comme une sorte d'adieu. "Adieu, l'on ne se revoit plus, mais l'on s'écrira encore... quelques fois..."

François se retourna pres a occuper son esprit a d'autres chose, pensant que Racine avait déjà franchit le seuil, lorsque sa voix fluette et genée parvint de nouveau a ses oreilles. Rien que par le fait de cette voix tremblotante, Saint-Aignan sourit en imaginant la rougeur monter aux joues du dramaturge. Il demandais a ammener sa maîtresse au chateau, il reviendrais rapidement... et il pourrait alors savoir si son reve pourrait ou non prendre vie. Il allait être fixé, et ce ne serait pas Saint-AIgnan qui allait l'en empecher.


-Faites venir Mademoiselle Ruben s'il vous en prend l'envie, Racine. Je serais tres heureux de faire sa connaissance.

Dit-il sans même se retourner.

( http://1663.forumactif.com/viewtopic.forum?p=8871&highlight=#8871 )
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MessageSujet: Re: La Chambre du comte de Saint-Aignan   Ven Fév 17 2006, 10:30

François revenait affolé de ce qui n'aurait dû être qu'une... promenade nocturne.
C'était peut-être l'habitude à reprendre, lui qui avait oublier d'intriguer au profit de la dépression depuis quelques temps déjà.
Mais non ! C'était bien la première fois qu'il revenait d'une escapade la sueur glacée sur la nuque !

Une bougie l'attendait. Théodore, son fidèle valet, ouvrit la lourde porte de bois en entendant les pas de son maître de l'autre coté. La lumière faiblarde de la flamme perça un moment par l'embrasure puis mourut à nouveau, alors que le comte avait refermé derrière lui.


-Ah mon Dieu ! Est-ce que je mérite de telles frayeurs ?

Le comte était adossé à la porte et reprenait son souffle les yeux fermés. Théodore l'observait sans rien dire, avec une petite étincelle de curiosité dans les prunelles.

-Viens.

Il entraîna l'enfant à sa suite dans sa chambre, afin de se déshabiller et de dormir quelques heures au moins. Il fallait paraître fringuant demain au petit lever.

Théodore mis son doigt sur sa bouche en désignant le mur, et François compris. Oui, oui, le Roy dormait.


-Théodore, murmura-t-il, ce soir, tu dormira devant la porte, de sorte qu'on ne puisse pénétrer dans mes appartements sans que j'en sois avertis.

Le valet acquiesça et François pu s'endormir à moitié plus tranquille.
On souffla la bougie de la chambre, et la petite lueur que tenait Théodore vint se poser au pied d'un fauteuil à l'entrée, fauteuil où se recroquevilla le petit garçon docile.

Le lendemain, le comte se réveilla à l'aube, comme d'ordinaire, et constata que son valet dormait encore. Il n'y avait pas eu d'intrusion.

Il s'habilla rapidement, comme d'ordinaire, et se présenta au lever Royal, comme d'ordinaire. Rien n'avait changé, et il y aurait eu de quoi se rassurer. Mais François n'était pas totalement serein.


( Promenade )
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MessageSujet: Re: La Chambre du comte de Saint-Aignan   Lun Mai 15 2006, 17:47

-Et bien! Entrez!

Répondit un Saint-Aignan agacé aux légers "toc-toc" de son valet. Celui-ci ne se fit pas prier deux fois, et pénétra sur la pointe des pieds dans l'intimité de son maître. Racine le suivait.

Fatigué, celui-ci se tenait courbé sur une petite table, la main droite soutenant son front lourd de remords, la main gauche une plume qui n'avait réussi qu'a faire des gribouillis informes sur le parchemin étendu.

Théodore ne pipait mot, il retenait son souffle. Cela faisait bien longtemps qu'il n'avait vu son maître se cloître ainsi, fermer ses rideaux, ne s'éclairant dans la pénombre que d'une faible lueur d'une bougie mourante...
Elle agonisait sur la petite table.
Petite table qui donc, avec un bougeoir, une encrier, un parchemin, et un Saint-Aignan étalés dessus se saturait complètement.

Théodore prit le parti d'ouvrir les rideaux en grand, mais la soudaine lumière ne sembla pas éveiller le comte de sa torpeur.


"Monsieur le comte... Jean Racine est ici"
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Jean Racine
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MessageSujet: Re: La Chambre du comte de Saint-Aignan   Lun Mai 15 2006, 20:10

Racine s'était laissé mener silencieusement le long des couloirs de Fontainebleau, étouffant à peine des exclamations de surprise devant la beauté des lieux. Les boiseries, les tapisseries, les tableaux, les dorures, tentures, portes, marbres, escaliers... Tout lui paraissait absolument fabuleux. Il fut alors convaincu d'une chose, sa place était ici, à n'en point douter. Il devrait veiller à s'y faire introduire dans les plus brefs délais et dans les usages les plus stricts. Cette entrée-ci était bien trop petite pour l'ambition démesurée de l'Ecrivain.

Une fois dans la chambre de Saint-Aignan, il demeura dans l'ombre, perdant un temps soit peu de sa superbe. Il était en terrain inconnu et surtout, il le savait, il n'était pas encore formé à l'étiquette de la Cour. Il fallait donc faire deux poids, deux mesures, et attendre sagement qu'on lui parle.

Il ne put s'empêcher tout de même de lever les yeux au ciel, excédé d'entendre son nom une nouvelle fois prononcé par ce petit avorton de valet. Après tout, quel droit avait-il de dire "Jean Racine" à tout bout de champ alors qu'ils ne se connaissaient pas ?

Puis, il porta son attention sur ce fameux Comte de Saint-Aignan... Et tous ses espoirs de grandeur s'évanouirent. Que faisait-il donc dans les appartements de ce vieillard quasi infirme, qui n'avait même pas levé la tête lorsqu'ils étaient entrés ? Qu'allait-il bien pouvoir lui apprendre ?

Le Dramaturge croisa ses bras, un air de défi dans ses yeux clairs.

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MessageSujet: Re: La Chambre du comte de Saint-Aignan   Dim Mai 21 2006, 09:50

Le nom de Jean Racine fit l’effet d’une douche froide au comte… Ses mains furent prises d’un spasme involontaire vite maîtrisé puis Saint-Aignan posa un regard furieux sur le valet, avec une prodigieuse envie de le frapper… il se contint pourtant, il faudrait bien un jour qu’il affronte Jean et assume les conséquences de ses actes.

Il se leva et se tourna, silencieux, vers le dramaturge, prêt à recevoir des foudres sur la tête. Il était si préoccupé par cela qu’il en oubliait que Racine avait disparu pendant pas mal de temps et que sa réapparition tiendrait sûrement du miracle aux yeux de plusieurs personnes.
Cependant, lui n’avait jamais douté qu’il reviendrait.
Ce en quoi il doutait en cet instant, c’était de Racine lui-même. Que venait faire cet éclat insolent et méprisant dans ses prunelles d’ordinaire si pures et candides ?

François baissa les yeux. Ce n’était qu’un juste retour des choses.
Pourtant, il ne percevait qu’un élan supérieur, et non point de rage, ni même du ressentiment curieusement . Saint-Aignan releva la tête et soutint ce regard pour mieux le sonder… depuis le temps qu’il attendait une réprimande, rien n’était sortit de sa bouche. Il n’avait pourtant pas envie de s’excuser en devançant les attentes de Racine, il ne pouvait pas briser ce silence glacé en se jetant, larmoyant, à ses genoux ! Jamais !

François s’approcha un peu, assez hésitant par l’attitude fermée de son interlocuteur.


-Bienvenue. Vous nous avez manqué.

Il lui tendit la main, attendant une quelconque réaction, quand soudain on frappa à la porte. François souffla, irrité, mais laissa Théodore aller ouvrir.
Celui-ci vint quelques minutes plus tard en lui portant un billet.

Mon cher François,

Me feriez-vous l'extrême plaisir de partager une modeste collation en ma compagnie ?

Je vous attends d’ici une demi-heure dans mes appartements.

Philippe

Le comte fronça les sourcils. Depuis quand le frère du Roy l’appelait « mon cher François » ? C’était vrai, connaissant son caractère excentrique, Philippe d’Orléans devais appeler le monde « ma chère planète », mais ce n’était pas le moment. Une demi-heure pour parler à Racine ? François grogna.

Il vint voir le valet qui attendait une réponse à la porte.


-Dites à Sa Majesté que je serai présent. »

Il fit volte-face en fermant la porte, l’air songeur… Il n’avait qu’une demi heure. Une demi-heure pour se faire pardonner. Il partit vers son bureau, tourna la petite clef de bronze d’un tiroir et l’ouvrit dans un léger roulement. Sa main fouilla dans le tiroir et en sortit un épais manuscrit qu’il posa sur le bureau, n’osant cependant l’apporter à Racine… repoussant l’échéance encore et encore.
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MessageSujet: Re: La Chambre du comte de Saint-Aignan   Dim Mai 21 2006, 10:49

Louise avait très peu dormi et son réveil avait été brutal elle était sortie prendre l'air et chercha sa chambre ,elle ouvrit la porte et vit un homme

-Oh ,je suis vraiment mal réveillée messire ,quelle bécasse je fais .J'espère que je ne vous ai pas trop dérangé!!!
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MessageSujet: Re: La Chambre du comte de Saint-Aignan   Dim Mai 21 2006, 13:03

Une chappe de plomb s'était abattue sur la pièce. Racine demeurait renfrogné, ne sachant plus exactement pourquoi il avait suivi ce petit valet imbécile et ne trouvant pas d'issue à la situation présente. Que devait-il faire ? Se présenter ? Ah non... C'était vrai, on serait honoré de sa venue, ou plutôt, LE Comte de Saint Aignan de ... (l'Ecrivain aurait été bien incapable de répéter tous les titres que Thédore avait récité sur un rythme parfaitement métronomique tout à l'heure) serait très content de sa présence.

Et bien le Comte en question n'avait pas l'air du tout content de le voir. Le Dramaturge savait bien lui, qu'il y avait eu méprise ! C'était ce garçon à n'en point douter qui l'avait confondu ! Racine tourna une nouvelle fois un regard acéré sur le jeune homme qui sembla se tasser sur lui-même puis revint sur François. Toujours avec une moue boudeuse, il le dévisagea un instant, semblant se concentrer de toutes ses forces pour replacer ce visage dans un contexte passé. Mais rien n'y faisait. Il ne connaissait absolument pas son interlocuteur. D'ailleurs, ce dernier non plus ne savait pas comment agir.

Le Dramaturge commençait à s'échauffer sérieusement, tout du moins intérieurement, quand la glace fut brisée :


Citation :
-Bienvenue. Vous nous avez manqué.

Racine leva un sourcil interrogateur et ne trouva qu'à répondre :

- Ah ? Heu... Fort bien...

C'est alors qu'on frappa à la porte et qu'un message fut remis à François. Il écouta les commentaires, percevant Majesté. De qui parlait-il ? Du Roy ? D'un des membres de la famille royale ? Et puis que lui importait !
Le Poète soupira, s'apprêtant à dire quelque chose lorsque le Comte bougea une nouvelle fois en direction de son bureau ! Mais ne pouvait-il pas tenir en place plus de deux minutes celui-là ? Racine eut vraiment l'air excédé à ce moment précis et il n'attendit même pas que François revienne vers lui :


- Bon ! J'aimerais bien savoir qui se fait passer pour moi dans ce château ! Des gens ne cessent de me reconnaître alors que moi je ne les remets pas. Vous par exemple, vous êtes bien aimable de m'accueillir, mais pardonnez-moi de vous dire que je ne sais absolument pas qui vous êtes. Enfin si, le Comte de Saint-Aignan de Blondvillaux... Ou... Je n'en ai cure d'ailleurs...

Il eut un geste las, balayant ces "détails" insignifiants de ses doigts fins. Il allait continuer lorsqu'on ouvrit la porte. Racine fit volte face et lâcha, entre ses dents serrées :

- Est-ce possible d'avoir un peu de calme ici ? Je ne savais pas que Fontainebleau était un moulin !

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MessageSujet: Re: La Chambre du comte de Saint-Aignan   Dim Mai 21 2006, 19:27

-Messire je comprends que vous soyez faché mais calmez vous je vous ai dit que je sortais ,je viens d'arriver ici ,comprenez moi!!!!Les gentilhommes ne sont plus ce qu'ils étaient!!!!

dit Louise en fronçant les sourcils.
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MessageSujet: Re: La Chambre du comte de Saint-Aignan   Lun Mai 22 2006, 16:47

-Allons, allons, du calme!

S'empressa d'ajouter Saint-Aignan à la réplique fielleuse de Louise. Il regarda un instant Jean comme un dément, une bête curieuse, puis fronça les sourcils en hochant la tête de droite et de gauche incrédule.

Enfin il s'approcha de Louis, afin de la renvoyer sans la froisser.

-Veuillez pardonnez mon ami, il est assez... impulsif. Si vous êtes perdue, mon valet peut vous reconduire.

Il exécuta une rapide révérence en complétant : - au plaisir de vous revoir en d'autres lieux.

Une fois Louise cette tâche accomplie, et François sûr d'être seul avec Racine, il vit un sec volte-face et lui présenta un visage furibond. Il s'attendait à recevoir des réprimandes, et finalement c'était lui qui allait en donner!

-Voyons, qu'est ce qui vous prend? Je ne vous reconnaît plus, Racine! Vous me traitez comme un étranger et vous dites que vous ne me reconnaissez pas! Moi, votre protecteur?

François tiqua sur le mot... un bien beau protecteur, en effet...

Il s'approcha du bureau, ne comprenant pas très bien l'état de Racine. Jouait-il la comédie par vengeance ou avait-il perdu la mémoire en apprenant que sa tragédie avait été jouée?

Il prit le papier dans sa main droite (la fameuse tragédie) et vint l'agiter sous le nez de Jean, prêt à tout pour retrouver l'homme d'avant, celui qui était sensé lui faire maint reproches.

-Et ça, vous le reconnaissez?
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MessageSujet: Re: La Chambre du comte de Saint-Aignan   Lun Mai 22 2006, 18:24

Racine maugréait encore, tel un bruit de fond, quand la jeune femme sortit enfin. Il n'avait absolument pas senti le besoin de s'excuser de sa conduite. Après tout, il ne la connaissait pas non plus elle !

Lorsque François fit volte-face, l'Ecrivain fut un bref instant désarçonné. Puis, rassemblant son courage, il soutint ce regard assassin, tel un gamin insolent, qui même lorsqu'il est prit en faute, préfèrerait périr foudroyé que de s'avouer vaincu. D'ailleurs, si Saint-Aignan continuait à le fixer ainsi, il risquait de vraiment finir par l'être... foudroyé !


Citation :
-Voyons, qu'est ce qui vous prend? Je ne vous reconnaît plus, Racine! Vous me traitez comme un étranger et vous dites que vous ne me reconnaissez pas! Moi, votre protecteur?

Le fait qu'on le réprimande à haute voix plutôt que lors d'un face à face électrique lui permit de reprendre des couleurs. Son allure hautaine refit surface et il toisa à nouveau François, pour lâcher finallement, dédaigneux :

- Vous ? Mon Protecteur ?

Un vieil homme à la mémoire défaillante pour protecteur ? Mais laissez le Dramaturge rire ! Il valait bien mieux que ça ! Non mais... Il continua, toujours sur le même ton :

- Je suppose qu'à votre âge, on est atteint d'un problème de surdité... Car je viens de vous dire que je ne vous connais pas ! Ce qui veut dire en d'autres termes que je ne vous ai jamais vu, jamais parlé, jamais salué... Et surtout que je n'ai jamais voulu de vous comme Protecteur ! Ca n'a aucun sens voyons !

Il attendit, tapant du pied sur le sol parqueté, que son interlocuteur lui tende cette fameuse liasse de parchemins.
Racine ne posa pas immédiatement les yeux dessus, semblant la soupeser tout en faisant claquer sa langue de rage. Puis, toujours sans regarder la Tragédie, il marmonna :


- Alors c'est vous qui me prenez pour quelqu'un d'autre mais moi qui perds la mémoire ?

Lentement, très lentement, ses paupières se baissèrent et il put enfin entrevoir une écriture. Des pleins et des déliés qui lui semblèrent apaisant... comme quelque chose qui vous rappelle un souvenir, qu'il soit bon ou non. Il cligna un instant des yeux, et reposant les papiers sur une tablette, il les observa attentivement, tournant les feuillets. Jusqu'à en murmurer des morceaux : Où suis-je ? Qu'ai-je fait ? Que dois-je faire encore ? Quel transport me saisit ? Que chagrin me dévore ?
Il leva un visage incrédule vers Saint-Aignan et articula difficilement :


- Mais... Je ne comprends pas...

Errante et sans dessein, je cours dans ce palais... Ah ne puis-je savoir...
Blam ! Racine se retrouva par terre sans savoir pourquoi il avait si soudainement perdu l'équilibre. Il claquait des dents lorsqu'il dit :


- Je... Je... Ne... Comprends... Pas...

Les mots résonnaient encore dans son esprit. Des mots... Des mots qui semblaient si familiers qu'il aurait pu les écrire lui même.

Lorsqu'il releva la tête vers son Protecteur, l'angoisse était apparue dans les yeux bleus du Tragédien. D'un voix blanche, il demanda :


- François ? Et le Petit-Théâtre ?

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MessageSujet: Re: La Chambre du comte de Saint-Aignan   Lun Mai 22 2006, 18:27

Louise s'excusa encore une fois et n'attendit pas le valet pour sortir elle fit la révérence ouvrit la porte et s'en alla.
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Saint-Aignan
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MessageSujet: Re: La Chambre du comte de Saint-Aignan   Mer Mai 24 2006, 14:39

François laissa Racine choir sans lui prêter aucunement insistance.
J'ignore ce qu'il trottait dans sa tête... peut-être s'y attendait-il, peut-être que non, qu'il trouvait cette réaction curieuse, mais ce qui est sûr, c'est que son visage resta grave et stoïque alors que Jean se décomposait littéralement.

Il avait été bien insulté, et, voyant Racine reprendre ses esprits comme s'il avait été amnésique, il se prit à penser : ais-je vu la vrai nature de mon protégé? Cela le rendit sombre et tout un tas d'interrogations le tourmentèrent soudain. Racine avait-il été un hypocrite envers lui, depuis le début?

- François ? Et le Petit-Théâtre ?

Cette apostrophe le fit revenir parmi les vivants, et alors que cette voix redevenue douce ainsi que le nom de François aurait pu le faire sourire, le "Petit-Théatre" le rendit de nouveau morose.
Jean ne lui demandait pas même de nouvelles, il en venait directement à sa pièce, preuve qu'elle tenait plus que tout pour lui (encore un motif de devenir amer).

François ne pouvait plus dévier la conversation ou espérer lui annoncer la terrible nouvelle en douceur.

Il s'assit dans un fauteuil tout près d'où Racine était affalé et se pencha sur lui, complètement abattu:


-... j'ai dû faire jouer la pièce sans vous, Racine.

Le comte plongea son visage dans sa main droite.

-Je n'essaye pas de me justifier, je suis impardonnable. Mais le Roy s'impatientait et... vous n'étiez pas là.

Saint-Aignan se recroquevilla un peu sur lui-même, mais pas trop, pensant qu'il avait déjà été bien malmené et que le dramaturge méritait lui aussi quelques corrections qui ne tarderaient sûrement pas à venir.
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Jean Racine
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MessageSujet: Re: La Chambre du comte de Saint-Aignan   Mer Mai 24 2006, 15:43

Curieusement, Racine resta assis par terre, n'essayant pas de recouvrer une posture plus digne. Disons que, bien que ses pensées soient encore embrouillées, il se rendait compte de ses agissements des jours derniers, et ils n'avaient rien de très glorieux. Il s'était montré éxécrable avec tout ceux qui l'approchaient et dans un sens, il devait se l'avouer, il avait aimé ça.
Un temps soit peu honteux, il laissa donc François prendre place, sans souffler mot, se plongeant dans l'observation minutieuse des lattes du parquet. Il y voyait son reflet... Qu'était-il devenu ? Pourquoi le sort lui avait-il joué un tour si cruel ? Perdre le mémoire, quel sentiment affreux lorsqu'on s'en apercevrait par la suite.

Sa tête recommençait à le faire souffrir lorsque son Protecteur émit un son. Une phrase qui sembla fort lointaine au premier abord comme si les oreilles du Dramaturge s'étaient refermées, pressentant le pire...
Il regarda à nouveau Saint-Aignan en demandant :


- Hum ?

Racine fronça les sourcils, se concentrant pour bien comprendre la suite :

Citation :
-Je n'essaye pas de me justifier, je suis impardonnable. Mais le Roy s'impatientait et... vous n'étiez pas là.

Et là, il comprit, bien qu'il aurait préféré qu'on lui coupe la tête plutôt que de savoir qu'on venait de jouer SA Tragédie, le fruit de tant de travail acharné, sans lui.
Il ouvrit la bouche mais aucun son n'en sortit. Son cerveau semblait fonctionner à une vitesse fulgurante. Le Petit-Théâtre venait de s'écrouler sous ses yeux impuissants, ses écrits s'enflammaient... Rien plus rien !

Le visage de l'Ecrivain se durcit de secondes en secondes pour n'être plus qu'un masque sévère et fermé. Il porta un oeil acéré en direction de François, où on pouvait lire un sentiment qui encore jamais n'avait fait surface mais qui dormait bien là, dans son âme, depuis toujours : De la Haine. Une haine dévastatrice... qui devait s'exprimer afin que le Poète n'y succombe pas dans l'heure ! Il se releva précipitement et toisa son Protecteur, son Père de substitution, l'Homme en qui il avait placé une confiance aveugle. Il le regarda de haut, de très haut :


- Quoi ? Vous avez osé jouer MA Tragédie sans moi... Et pourquoi ? Pour le caprice d'un jeune Roy qui n'a de respect pour rien et pour personne !

C'était bien la première fois que Racine attaquait le Monarque, ce Roy qui lui avait tout donné mais qui venait de tout lui reprendre :

- Moi qui vous estimais... Je vous faisais confiance François ! Et vous m'avez... trahit ?

Les yeux du jeune homme était embués mais bien loin de la tristesse, c'était plutôt la rage qui le consumait :

- Vous vous êtes joué de ma personne ? Vous avez du être bien aise de recevoir les lauriers à vous tout seul ! Alors ne venez pas geindre auprès de moi pour réclamer ma pitié car elle est inconcevable. Je n'étais pas là dîtes-vous ? Mais m'avez-vous cherché ? Etes-vous sorti de votre cage dorée qu'est ce Château ? Avez-vous essayé de ménager l'impatience du Roy ? Bien sûr que non ! Car vous êtes faible François...

Il lâcha avec dégoût :

- Vous avez rampé devant le Soleil comme à votre habitude... Un Protecteur ? L'êtes-vous François ? Avez-vous protégé ma Tragédie ? M'avez-vous protégé moi ?

Il secoua la tête et balayant l'air de la main comme il aimait à le faire, il recula vers la porte, achevant, glacial :

- Vous avez parfaitement raison François, ce que vous avez fait est impardonnable... Jamais je n'aurais cru être trahi par la personne que j'estimais le plus. Je me suis trompé, je ne referais pas deux fois la même erreur.

Il posa sa main sur la poignée de la porte et sortit, en la claquant. Il repoussa Théodore de son chemin et se mit à courir dans les couloirs.
Que dois-je faire encore ? Que transport me saisit ? Quel chagrin me dévore ?


Suite : Du Feu dans les Veines

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Dernière édition par le Ven Mai 26 2006, 18:57, édité 1 fois
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MessageSujet: Re: La Chambre du comte de Saint-Aignan   Ven Mai 26 2006, 08:40

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