1663 : Face aux Feux du Soleil

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 Quand la Rose des Glaces rencontre le Tigre blanc

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Héloïse
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MessageSujet: Quand la Rose des Glaces rencontre le Tigre blanc   Dim Déc 11 2005, 22:07

(suite de la ballade avec l'ambassadeur de Hongrie)

Héloïse avait observé l'ambassadeur retourner vers Fontainebleau d'un pas légèrement pressé, certainement à cause des affaires dont il avait fait allusion. La courtisane était à présent seule au milieu de la verdure luxuriante qui composait ces fabuleux jardins. Le temps semblait se préparer à l'orage. En effet, le ciel s'assombrissait assez rapidement, diminuant donc la clarté qui enjôlivait habituellement le paysage. Une brise s'était levée, sans pour autant être froide. La jeune femme avait simplement rajusté son châle sur ses épaules, et se dirigeait vers un banc. Ces signes météorologiques étaient sans doute la cause du désertement des jardins. Héloïse aimait ce climat. Cela faisait maintenant quelques jours que l'été était très chaud, et la jeune femme trouvait cela étouffant. Le calme serein semblait pourtant avoir précédé la tempête... ce vent apportait une bouffée d'air frais à l'esprit de la jeune femme. Ce vent inquiétant, mais à la fois exaltant, défaisait graduellement la coiffure que sa bonne avait pris du temps a faire. Les pensées d'Héloïse vagabondaient, entre la naissance du bambin de La Vallière, et sa dernière rencontre avec Elrohir...
Ainsi perdue dans ses souvenirs, la jeune courtisane en oublia son châle qu'elle retenait, et qui s'échappa de ses épaules. Cela la ramena tout de suite à la réalité, et elle se leva de son banc pour aller rattraper sa parrure rosée.

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MessageSujet: Re: Quand la Rose des Glaces rencontre le Tigre blanc   Dim Déc 11 2005, 22:51

La royale entrevue s'étant enfin achevée, François-Xavier décida de gagner les jardins. D'un pas alerte, il s'engagea sur l'une des nombreuses allées admirablement dessinées du parc. Derrière lui, les félins observaient toujours un profond silence, comme soucieux du respect du à leur maître.

La lumière avait baissé brutalement, ce qui contrastait singulièrement avec le soleil de plomb qui s'acharnait sur le château quelques temps auparavant. Mais le Prince ne sembla même pas le remarquer, absorbé qu'il était pas sa récente victoire. Tout s'était déroulé à la perfection, sans aucune fausses notes. Certes, il faudra composer avec Hécate, mais cela ne restera pas longtemps un problème... Le joyau de Vaux-le-Vicomte lui appartenait désormais officiellement. Le Roi avait-il seulement conscience de ce qu'il venait de faire? Le Prince l'ignorait, et, à dire vrai, s'en moquait éperdument. Une seule chose lui importait: il avait remporté haut la main ce premier défi.

Le règne du Soleil s'achevait, laissant progressivement place à celui de l'Obscurité. Au loin, un orage s'annonçait, violent et destructeur. Ainsi, malgré l'heure encore peu avancée, les allées étaient quasiment désertes. Mais cela importait peu au Prince: il respirait, se libérant de l'extrême tension qu'avait suscité en lui l'entrevue.

Déambulant toujours à la billebaude dans les allées du parc, il finit par en atteindre le coeur. Une majestueuse fontaine figurant des dauphins s'y dressait. Pendant quelques instants, François-Xavier s'oublia, les sens conquis par la douce musique de l'onde jaillissante. C'est alors qu'Eole, dieu capricieux, décida de rappeler aux hommes son illustre présence: une légère brise se forma, se métamorphosant bien vite en une violente bourrasque. Surpris par la vigueur de l'assaut, François-Xavier allait s'en retourner lorsque son regard rencontra une étoffe qui s'élevait à quelques mètres de lui. Pendant quelques instants, elle tournoya, pleinement possédée par le souffle divin. Puis, certainement lassé par cette brutale étreinte, il l'abandonna, défaite et brisée. Sa chute fut aussi fulgurante que l'avait été son ascension. Cette frêle écharpe de soie se retrouva brutalement ramenée à sa condition réelle, après avoir connu l'extase d'une union divine.

D'une main, le Prince la rattrapa au vol: non seulement il mit un terme à cette déchéance, mais ce geste, en apparence parfaitement anodin, allait à jamais sceller sa propre destinée...

C'est à cet instant précis qu'il la vit. Elle avait surgi de nulle part, comme née de cette fugitive union. Elle approchait, un large sourire illuminant ses lèvres vermeil. Tout d'abord il ne se passa rien. Puis la foudre frappa de plein fouet le coeur endormi du jeune homme. Pendant quelques brèves secondes, le Prince Farnese de Savoie-Carignan s'effaça, soumis par l'aura de François-Xavier.

Lorsqu'elle se retrouva face à lui, tout indice de trouble avait disparu de sa physionomie.


Madame, je crois que ceci vous appartient, lui dit-il en lui tendant son châle, un sourire lumineux aux lèvres.

Le Prince avait fini par reprendre le dessus. Cependant, dans le coeur de François-Xavier, prisonnière de l'épaisse gangue des ans, une flamme ardente venait de se réveiller.

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Dernière édition par le Mer Déc 21 2005, 19:13, édité 1 fois
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Héloïse
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MessageSujet: Re: Quand la Rose des Glaces rencontre le Tigre blanc   Lun Déc 12 2005, 14:20

La jeune femme tentait tant bien que mal d'avancer rapidement, malgré les épaisseurs de tissus léger qui formaient sa robe. Rageant contre cette incomodité, elle souleva donc ses jupons et trotta vers la fontaine, là ou son bien semblait avoir disparu. Simplement, la tache de couleur rose qui aurait pu se confondre avec les fleurs des jardins, avait complètement disparue de son champ de vision. C'est ainsi que Mlle de Neufchatel avançait, scrutant son chemin à la recherche de ce que le vent lui avait volé.
Une silouhette se dessina tranquillement, au fur et à mesure qu'Héloïse arrivait vers sa cible. Un homme, fier et droit, se tenait en effet à côté du jet d'eau. La jeune femme fut surprise de trouver un autre qu'elle en ces lieux. Puis elle apperçu sa précieuse étoffe entre les mains de ce jeune homme. Un grand sourire se dessina tout naturellement sur ses lèvres. Elle fit retomber ses jupes, qui dansaient dans le vent au moindre de ses pas, marchant toujours vers celui qui avait récupéré ce qu'elle cherchait.


Citation :
Madame, je crois que ceci vous appartient

Héloïse ne regarda pas tout de suite le visage de son interlocuteur. En effet, elle se concentra sur le châle qu'il lui tendait. Elle le lui repris, sa délicate main frôlant la sienne, puis le rajusta sur ses épaules, faisant bien attention de ne plus se le faire voler par la nature. La jeunefemme releva enfin les yeux vers l'homme, et exécuta une petite révérance, en guise de remerciement et ajouta d'une voix rieuse:

"En effet monsieur, il semblerait que mon châle ne m'ait été dérobé par la capricieuse brise qui rafraîchit les lieux. Soyez certain que je vous suis très reconnaissante de votre geste."

La jeune femme observa celui qui se tenait devant elle. Il souriait toujours, et dégageait une aura aussi puissante que celle du Roy lui-même. C'était la première fois qu'Héloïse le voyait à la Cour. C'est ainsi qu'elle décida d'engager les présentations. La jeune femme avait toujours été comme ça: sans gêne, en apparence seulement. Toujours avec le même sourire empli de gratitude pour la gentillesse de son interlocuteur, et donna son nom.

"Héloïse de Neufchatel monsieur, très enchantée de faire votre connaissance."

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MessageSujet: Re: Quand la Rose des Glaces rencontre le Tigre blanc   Mer Déc 21 2005, 12:13

Il est de ces femmes dont la grâce infinie transforme le coeur des hommes en un frêle esquif happé par une mer de tempête. La lutte est inégale, le combat sans pitié, la victoire assurée. A l'aube, il ne reste de l'embarcation que quelques menus débris, rejetés par la fureur des flots...

A mesure qu'Elle avançait, François-Xavier remontait le temps, ramant à contre-courant sur l'océan de ses souvenirs.

Aimer... Aimer à en perdre la raison... Aimer à s'en brûler le coeur... François-Xavier avait-il déjà connu cette démence là? C'était bien mal le connaître que de le croire... Certes, il avait été aimé, aimé à la folie, trop aimé peut être. A l'âge des soldats de plomb, il faisait déjà tourner les têtes. Sa compagnie était presque plus recherchée que celle de son père. Mais que pouvait répondre un enfant inconscient des choses du monde face à tant de sollicitudes? Il souriait, souriait toujours, accentuant par là-même la convoitise de son précoce harem. Comment oublier cette vieille comtesse de San Martori, qui se pâmait en glapissant dès que le Hasard le mettait en sa présence? Et la duchesse Ornella d'Anorglia, dont les capiteuses exhalaisons lui soulevaient le coeur à chaque baiser volé? La baronne Angelica de Sarghese? La marquise de Peltrini? Tous ces noms s'étaient longtemps violemment bousculés dans son esprit, jusqu'à ce qu'ils sombrent comme tous les autres dans les miasmes du passé. Mais les blessures ouvertes par leurs griffes de velours ne devaient pas se refermer, laissant à tout jamais des cicatrices indélébiles dans l’esprit et le cœur du jeune Prince. Et puis l’enfant était devenu un homme, découvrant ainsi la formidable étendue de son pouvoir sur les femmes. Il en joua, en abusa même. Mais bien vite, il s'en lassa. Elles se ressemblaient toutes, inévitablement obnubilées par cette enveloppe charnelle hors du commun. La lassitude devint Ennui, l'ennui fit place au Dégoût, le dégoût à la Haine...

Mais de tout cela, Melle. de Neufchatel -car c'est ainsi qu'elle se présenta à lui- ne soupçonna pas même l’existence. Le jeune Prince arborait un masque de soie insensible à la fureur des sentiments qu'il dissimulait. Fidèle à lui-même, il la salua, déployant cette grâce ensorcelante dont le roi et tant d'autres auparavant avaient déjà fait les frais.


François-Xavier, fruit de l’heureuse union d’un Farnese et d’une Savoie-Carignan. Enchanté de vous rencontrer. Je suis somme toute bien aise de ce malheureux incident aérien: le désespoir de ne trouver âme qui vive en ces lieux commençait à me gagner. Et force m'est d'avouer que la perspective d’être contraint à converser avec une tulipe ou une pivoine ne me réjouissait guère! Cependant, l’interlocutrice que le Destin offre à ma vue et à mon esprit est finalement bien supérieure à toutes ces fleurs ô combien ternes: une Rose fraîche et délicate émergeant mystérieusement des brumes du soir...

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MessageSujet: Re: Quand la Rose des Glaces rencontre le Tigre blanc   Jeu Déc 22 2005, 19:05

Héloïse observait avec curiosité l'être qui se tenait devant elle. Certes, cet homme était d'une beauté presque indescriptible, mais il se passait autre chose, quelque chose de beaucoup plus intense et profond, derrière ce visage impassible. La jeune femme ne savait pas ce qui se déroulait dans son esprit, mais pendant une fraction de seconde, elle avait cru voir une expression légèrement différente de celle qu'il affichait en ce moment. Ses yeux avaient laissé transparaître...de l'étonnement? Héloïse n'aurait pu le dire. Peut-etre même, cette impression n'avait-elle été qu'une illusion causée par le faible éclairage de la journée.
Le vent semblait souffler de plus en plus fort, et la jeune femme retenait son châle voulant éviter de se le laisser prendre encore une fois, tandis que ses jupes se plaquaient presque violemment sur ses jambes.
Avec son même air assuré, son interlocuteur se présenta à son tour.


Citation :
François-Xavier, fruit de l’heureuse union d’un Farnese et d’une Savoie-Carignan. Enchanté de vous rencontrer.

Le sourire d'Héloïse ne s'estompa pas de son visage, mais elle avait clairement tiqué sur le prénom. Il lui sembla que celui-ci lui rappelait étrangement quelque chose. Un souvenir qui remontait, mais qui n'atteignait pas la surface. Légèrement troublée par ceci, elle détourna ses yeux de Monsieur Farnese de Savoie-Carignan, et perdit son regard dans le vague. Puis rapidement, lorsqu'il continua son discour, elle reporta toute son attention sur lui, étant revenue sur terre mais pourtant toujours songeuse de qu'elle semblait avoir oublié.

Citation :
Je suis somme toute bien aise de ce malheureux incident aérien: le désespoir de ne trouver âme qui vive en ces lieux commençait à me gagner. Et force m'est d'avouer que la perspective d’être contraint à converser avec une tulipe ou une pivoine ne me réjouissait guère! Cependant, l’interlocutrice que le Destin offre à ma vue et à mon esprit est finalement bien supérieure à toutes ces fleurs ô combien ternes: une Rose fraîche et délicate émergeant mystérieusement des brumes du soir...

Il semblait jongler avec les mots aussi bien qu'un dramaturge, et il réussi même à lui arracher un petite rire cristallin, qui fut pourtant emporté par le vent qui le mêla à son sifflement inquiétant. Le compliment qu'il lui adressa fit plaisir à Héloïse qui décida pourtant de continuer avec une touche plus humoristique. Sa bonne humeur se répendait à chacun de ses pas, tel un soleil venant transpercer les nuages.

"Vous me voyez bien aise de pouvoir remplacer les végétaux avec lesquels vous pensiez converser, et j'espère bien que je saurai me trouver à être plus bavarde que ces magnifiques parterres monsieur..."

Elle s'interrompit soudainement, voyant une masse blanche et noire sortir de derrière le prince. Sans le vouloir, sa pensée dépassa sa parole.

"...le tigre?"

Instinctivement, elle recula de quelques pas devant la bête sauvage, qui semblait pourtant docile à son maître.

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MessageSujet: Re: Quand la Rose des Glaces rencontre le Tigre blanc   Lun Déc 26 2005, 15:12

Soutenir le regard du Roi avait été chose aisée. Mais face à celui de Melle. de Neufchatel, François-Xavier éprouvait une difficulté inouïe à rester de marbre. Ces yeux si charmants transperçaient son âme comme une lame brûlante de feu. A mesure que la conversation avançait, il devait déployer des trésors de volonté pour arborer une façade quasi-minérale. Mais certains signes devaient certainement le trahir, comme peut être ce coeur si sonore, qui de seconde en seconde tentait de fuir sa poitrine.

Pourtant, en venant à la Cour, il savait, il l'avait toujours su. Il avait désespérément essayé de se préparer à cette confrontation. En vain. Finalement, il n'était rien qu'un sarcophage de marbre rempli de cristal brisé, que chaque parole d'Héloïse pilait davantage...

Mais, à son tour, il lui fallait répondre. Faisant momentanément taire la tempête qui agitait son être, il sourit, et s'échina à se composer une voix dénuée de toute violence passionnelle.


Pas une seule seconde je n'ai douté des charmes de votre conversation Mademoiselle. S'ils sont à votre image, je serais dans l'obligation d'admettre la faiblesse de mes propres paroles face aux votres! Pétrifié par le désespoir, mon corps se changera en arbre, comme jadis celui de cette pauvre Daphné. Bien sûr, cet arbre dénotera fortement dans ces jardins si bien ordonnancés. Son Altesse me fera abattre, et je finirai ainsi mes jours, en crépitant petit bois de cheminée!

Tout à sa plaisanterie, François-Xavier n'avait pas tout de suite remarqué l'effroi qui de seconde en seconde semblait emplir la jeune demoiselle. Suivant son regard, il constata que l'objet de cette terreur soudaine n'était autre que l'un de ses tigres blancs: lassé de rester en retrait derrière son maître, il s'était avancé, certainement dans l'espoir de donner son point de vue sur les considérations florales des deux humains.

Une nouvelle fois, le Prince sourit. Mais cette fois-ci, c'était un élan naturel de son coeur qui le motivait: il aimait ses tigres plus que lui-même.


N'ayez crainte Mademoiselle, Kallistô est inoffensive, du moins tant que vous ne manifestez aucune velléité à son égard... ou au mien. C'est une tigresse blanche de Sibérie, cadeau du Tsar Alexis Ier. Et voici son frère jumeau, Ganymède.

A ces mots, une deuxième créature, identique en tous points, fit son apparition. François-Xavier descendit du piédestal de son rang, et s'agenouilla entre les deux tigres, qu'il se mit à caresser affectueusement. Puis il releva le tête vers Héloïse, un sourire brillant, reflet d'une joie quasi-enfantine, aux lèvres.

Venez les caresser, n'ayez pas peur. Il ne vous feront aucun mal.

Disant cela, il leva sa main vers celle de la jeune fille, qui tenaient les siennes toujours crispées contre son châle.

François-Xavier avait à nouveau seize ans, et dans son regard, seul régnait l'espoir, l'espoir candide d'un enfant amoureux.

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MessageSujet: Re: Quand la Rose des Glaces rencontre le Tigre blanc   Lun Déc 26 2005, 19:45

Toute trace de malaise semblait avoir disparu des traits de François-Xavier, si bien qu'Héloïse ne cru qu'à une hallucination. Son interlocuteur lui était particulièrement charmant, mais toujours cette même sensation de déjà vue hantait son esprit. Ce prénom toujours restait, mais elle n'arrivait pas à faire de lien avec la personne qui se trouvait devant elle. Cela remontait bien plus loin que ses 16 ans, année ou elle avait fait sa remarquable entrée à la cours de Louis XIV. Il est de ces souvenirs que l'esprit préfère effacer, ou du moins cacher, pour éviter qu'ils ne reviennent pas en mémoire. L'inconscient est une magnifique arme de d'auto-protection...
Ainsi donc, les tigres s'étaient montrés à Héloïse, qui avait préféré ne pas trop s'en approcher. Comme si cela était naturel, François-Xavier les lui présenta.


Citation :
N'ayez crainte Mademoiselle, Kallistô est inoffensive, du moins tant que vous ne manifestez aucune velléité à son égard... ou au mien. C'est une tigresse blanche de Sibérie, cadeau du Tsar Alexis Ier. Et voici son frère jumeau, Ganymède

Un deuxième tigre était en effet apparu, marchant comme un prince. Cela ne fit que raviver la lueur de crainte qui persistait dans les prunelles de la jeune femme. Ces bêtes sauvages n’existaient pour elle que dans les histoires. Jamais elle n’en avait vues de véritables. Leur allure royale n’avait d’égal que leur force légendaire, qui pouvait tuer. Le jeune homme s’était baissé, et caressait très affectueusement ses animaux. Héloïse, elle, ne pouvait que dévorer des yeux le spectacle qui s’offrait à elle. Oui, elle avait peur de les approcher, ne sachant comment ils réagiraient à un contact étranger.

Citation :
Venez les caresser, n'ayez pas peur. Il ne vous feront aucun mal

Il regardait la courtisane avec un regard qui n’exprimait que de la joie de pouvoir faire partager sa passion. Il souriait désormais d’un sourire complètement différent d’avant. Autant celui qu’il arborait jusque là était distingué et charmeur, autant celui-ci était…enfantin. Cet air, Héloïse aussi savait l’avoir connu. Quelque chose de surnaturel semblait prendre forme. Une pièce du casse-tête s’ajoutait, sans pour autant lui donner forme. Pour tenter d’oublier ses préoccupations, elle fit comme ce que son interlocuteur semblait attendre d’elle. Elle avança de quelques centimètres, et elle se baissa juste assez pour que la pointe de ses doigts n’atteigne le pelage épais du tigre qui se nommait Kallistô. Dans un effleurement rapide, elle toucha à cette fourrure zébrée et fournie. Elle retira sa main presque tout de suite, pourtant, l’animal n’avait pas bronché. Un peu plus en confiance, elle s’en approcha plus, et se baissa également, pour être à la hauteur des bêtes. D’une main elle retenait son châle, et de l’autre, et recommença son geste, toujours un peu hésitant. Cette fois, elle posa sa main sur le dos du tigre, et le caressa comme elle l’aurait fait avec un chat. Une chaleur apaisante se dégageait de l’animal, qui se laissait faire sans vraiment remuer. Héloïse releva les yeux vers François-Xavier, qui se rendit-elle compte, l’observait. La jeune femme lui répondit avec un sourire aimable, savourant cette petite victoire.
Au loin, un bruit sourd gronda. Les tigres bougèrent la tête, et Héloïse, toujours non habituée par ceux-ci, décida que l’expérience avait assez durée pour aujourd’hui. Elle se releva, et regarda dans la direction d’où était venu le bruit. Une lumière blanche transperça les nuages qui étaient au-dessus de Paris. Elle reposa ses yeux sur Savoie-Carignan, et se relevait tranquillement aussi.


« Et bien, il me semble que le calme précédant la tempête vient de s’être brisé… »

Pourtant, aucun des deux ne bougea. Ils regardaient les nuages se déplacer, poussés par le puissant vent. L’averse n’était pas encore tombée sur eux.

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MessageSujet: Re: Quand la Rose des Glaces rencontre le Tigre blanc   Ven Déc 30 2005, 18:04

L'orage allait éclater sous peu. Ce n'était plus qu'une question de secondes. Mais François-Xavier s'en moquait éperdument. Il ne s'était jamais senti aussi serein. Le marbre de son masque avait fini par se fissurer et gisait à présent épars sur le sol terreux.

Lorsqu'Héloïse avait délicatement posé sa main sur la tigresse, le Prince avait ressenti ce contact dans sa chair, comme si leurs mains s'étaient réellement touchées.

Et puis il s'étaient regardés, intensément, cherchant à percer les mystères de leurs âmes respectives. Que cachait donc le regard de braise de la demoiselle? Une attirance? Un émoi? Un souvenir... ? François-Xavier aurait tout sacrifié pour le savoir. Tout, en dehors d'elle, était devenu vain. A cet instant précis, plus rien ne lui importait, ni le Roi, ni Vaux, ni la Cour. Rien. Ces yeux d'ébène l'avait réduit en esclavage. Rien ne serait plus comme avant désormais.

Mais Zeus avait fini par se rappeler à eux: le tonnerre gronda, et des éclairs menaçants commencèrent à zébrer le ciel, semblables aux arabesques runiques gigantesques d'une civilisation oubliée. Le déluge n'était plus loin...

Dans un ensemble parfait, ils s'étaient relevés, comme si l'intensité de leurs regards avait lié leurs deux esprits à tout jamais. Une nouvelle fois, il se regardèrent, sans même se demander pourquoi. Pendant quelques secondes, il s'oublièrent de nouveau dans le regard de l'autre.

Et la pluie se mit à tomber, glaciale et pénétrante, asservissant les vêtements des deux jeunes gens de par sa froide étreinte. Mais il ne bougèrent pas. Le monde extérieur semblait s'être évanoui dans les ténèbres de l'orage. Eux seuls percevaient la lumière.

François-Xavier finit par rompre ce silence quasi-mystique qui semblait s'être installé entre eux. Il n'avait pas le choix. La mort dans l'âme, mais le sourire aux lèvres, il reprit la parole.


Il serait judicieux de songer à rentrer. Bientôt, la pluie nous fera perdre toute apparence humaine! L'eau fait le plus grand bien aux roses, mais la Reine des Roses n'en a nullement besoin. Tenez, passez ceci, cela vous évitera de prendre mal.

Joignant le geste à la parole, il détacha sa cape grenat de ses épaules et en entoura celles de la demoiselle. Le simple contact entre sa paumes et les épaules d'Héloïse bouleversa son être plus que ne l'aurait fait la foudre.

Puis, constatant les dégâts causés par la pluie sur la soyeuse chevelure de la jeune fille, il ne put s'empêcher de lui proposer son couvre-chef.


Je vous prie de m'excuser de l'absence de charme que cette modeste coiffe peut avoir pour une jeune demoiselle, mais la situation ne me permet pas de trouver mieux....

Sur ce, il retira son chapeau et le tendit à Héloïse, tout en la dévorant des yeux.

La pluie tombait, toujours plus drue, mais François-Xavier ne la sentait toujours pas, comme insensibilisé par le parfum de la Rose.

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MessageSujet: Re: Quand la Rose des Glaces rencontre le Tigre blanc   Sam Déc 31 2005, 18:38

Le silence qui régnait sur les jardins était autant apaisant, qu'inquiétant. En effet, tout semblait comme figé, seule la foudre détruisait cette toile calme. Héloïse avait oublié les angoisses qui habitaient son esprit quelques minutes plus tôt, son esprit aussi semblait s'être arrêté. Elle ne contemplait que le spectacle de cette couverture noire qui se faisait déchirer par l'orage. Le grondement se faisait de plus en plus fort. Chaque roulement de tonnerre faisait trembler la jeune femme en son être, qui n'avait jamais apprécié les orages depuis son jeune âge.
Elle se retourna vers François-Xavier et vit que celui-ci la dévisageait. La courtisane lui sourit, étant quelque peu gênée. Elle se demandait de plus en plus ce qui pouvait se passer derrière ce regard perçant qui semblait tout deviner. Cependant, elle aussi tenter de percer son secret et soutint ces yeux qui la scrutaient. Héloïse laissait sans doute transparaître sur ses traits l’inconfort qu’elle vivait. Non pas à cause de son interlocuteur, mais plutôt du fait qu’elle se creusait la tête sans cesse, lorsqu’elle croisait le visage de François-Xavier. Il éveillait quelque chose au plus profond d’elle, seulement il lui était pour l’instant impossible de l’identifier.
Un coup de tonnerre plus fort que les autres la fit sursauter et l’arracha au regard du Prince, tandis qu’elle fixait la succession d’éclairs qui était maintenant plus proches d’eux. Un dernier cri des Dieux fit tomber les premières gouttes de pluie de l’averse. Héloïse n’osait pas bouger, attendant que l’autre fasse le premier mouvement. La pluie devenant de plus en plus insistante, et les gouttelettes d’eau commençaient à transpercer leurs parures
.

Citation :
Il serait judicieux de songer à rentrer. Bientôt, la pluie nous fera perdre toute apparence humaine! L'eau fait le plus grand bien aux roses, mais la Reine des Roses n'en a nullement besoin. Tenez, passez ceci, cela vous évitera de prendre mal.

Héloïse lui fut reconnaissante de briser le silence. Elle accepta avec grâce la cape du jeune homme qui eut tôt fait de l’emmitoufler. Après quelques instants, elle sentit sur sa tête le poids du chapeau princier se déposer. Il était clairement trop grand pour elle, et son champ de vision en était réduit.

Citation :
Je vous prie de m'excuser de l'absence de charme que cette modeste coiffe peut avoir pour une jeune demoiselle, mais la situation ne me permet pas de trouver mieux....

Elle éclata d’un joli rire amusé, en tentant de se figurer l’allure qu’elle devait avoir à cette seconde. Le Prince quant à lui, n’avait pas perdu de sa grandeur ni de sa splendeur, malgré qu’il n’était pas protégé de la pluie.

« Monsieur, je vous suis infiniment reconnaissante du geste que vous avez pour moi. Cette coiffe ne peut être ridicule, puisque j’ai vu à quel point elle était magnifique… »

Sa phrase fut interrompue par un geste impatient l’un des félins qui ne semblait pas apprécier particulièrement l’eau. En effet, il démontrait l’impatience qu’il avait de rentrer, bien au chaud. Héloïse qui n’avait plus besoin du châle qu’elle tenait sous la cape fit un geste bien étrange et qui pouvait sembler idiot. Elle le déposa sur le tigre qui s’était manifesté. L’étoffe recouvrait presqu’entièrement le dos de l’animal. La courtisane se releva et sourit au Prince.

« Et bien, nous voilà presque quitte. »

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MessageSujet: Re: Quand la Rose des Glaces rencontre le Tigre blanc   Sam Avr 01 2006, 11:03

Le ciel tout entier s’embrasait dans un crépitement déchirant : « la Fin des Temps est arrivée, l’Apocalypse est sur nous ! » aurait hurlé quelque lugubre théologien.

Mais loin, très loin de ces considérations eschatologiques, François-Xavier rêvait, perdu dans les nuées odorantes baignant la Rose. La vision d’Héloïse emmitouflée dans ses propres habits le troublait profondément, comme si une petite partie de lui-même s’était définitivement unie à la jeune demoiselle.

Lorsqu’elle déposa son châle sur le dos de Kallistô, François-Xavier ne pu s’empêcher de reconnaître à la jeune fille une certaine audace qui n’était pas pour lui déplaire. Habituellement, les réactions face à ses félins étaient assez négatives. Les femmes n’en menaient pas large lorqu'elles se trouvaient confrontées à ces terrifiants colosses… tout comme les hommes d’ailleurs… Certaines épisodes étaient encore particulièrement vivaces dans l’esprit du Prince : leur cocasserie (voire leur loufoquerie) à toutes épreuves les rendaient inoubliables ! Comment oublier la réaction de la Princesse Cagliostro figée de terreur, qui la première stupeur passée n’avait cessé de se signer, les doigts crispés sur sa croix ! Cette vieille bigote s’était d’ailleurs empressée de répandre la rumeur selon laquelle ces deux « créatures infernales vomies par la gueule du Cornu » n’étaient autre que les messies… de l’Antéchrist…


Je crois qu’il serait sage de rentrer à présent Mademoiselle. Mieux vaut ne pas offenser l’Olympe dès mon arrivée à la Cour !

Ils longèrent ensemble l’allée principale du parc, transformée, en un véritable canal et se retrouvèrent bientôt au château, à l’abri des trombes. Lorsqu’il récupéra sa cape et son couvre-chef, François-Xavier sentit un frisson le traverser de part en part. Il fallait à présent se séparer.

J’ai été ravi de passer ces brefs mais délicieux instants en votre charmante compagnie. J’espère que par la grâce de quelque heureux hasard, nos chemins se croiseront à nouveau.

Le cœur serré, François-Xavier lui fit un élégant baise main, la gratifia de son plus chaleureux sourire, et s’en fut rejoindre les carrosses qui l’attendaient patiemment dans la Cour du Cheval blanc.

La rencontre de la Rose des Glaces et du Tigre blanc avait eu lieu. La glace dans laquelle le Créateur les avait façonné semblait fondre lentement, très lentement révélant aux yeux du monde des trésors longtemps enfouis. Mais qui pourra arrêter le raz-de-marée provoqué par cette fonte ?


( Suite... Le petit salon du roi )

[Désolé pour ce temps de réponse digne de figurer dans le Guiness...]

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Quand la Rose des Glaces rencontre le Tigre blanc
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