1663 : Face aux Feux du Soleil

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 A l'approche de Midi

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Pierre-E
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MessageSujet: A l'approche de Midi   Dim Jan 08 2006, 18:59

Un fiacre exubérant, nanti de quatre chevaux écumants, arriva devant l'auberge.
Une voix impérieuse s'exclama:


"Arrête, cocher ! Je crève de faim et de soif, et par la faute de ces incapables qui me servent de domestiques, je n'ai pas une tranche de pain noir à me mettre sous la dent !"

L'homme qui parlait ainsi descendit du véhicule. Il était vêtu d'une façon tout à fait assortie à son équipage, de sorte que l'ensemble reflétait tout à fait sa situation de bourgeois prétentieux.
Il entra dans l'auberge d'un pas trainant, témoin de la longueur du voyage, et se laissa tomber à une table.


"Aubergiste !" tonna-t-il. "Où est ce coquin, corbacque ?!
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Adrien de Chastignac
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MessageSujet: Re: A l'approche de Midi   Dim Jan 08 2006, 19:26

[Une grosse tête bouffie apparu par la porte de la cuisine...
L'Aubergiste était en sueur : c'était l'heure de pointe...


-Qu'y a-t-il pour vous mon bon seigneur ?

Dit-il en finissant de faire passer sa grosse bedaine dans la salle commune de l'auberge, rassuré par les vetements du nouveau venu qu'il pouvait payer... ]

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Pierre-E
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MessageSujet: Re: A l'approche de Midi   Dim Jan 08 2006, 21:38

Le jeune homme considéra l'aubergiste d'un oeil critique et délia ses longs doigts fins, sur lesquels il se mit à compter.

"Tout d'abord, ton meilleur repas pour moi, et deux ou trois bonnes bouteilles.
Puis, du fourrage et de l'eau pour mes chevaux et pour mes gens qui attendent à la porte. Enfin, la plus belle chambre et quelques renseignements. J'ai là une belle poignée de pièces si tu te hâtes !"

Il sortit lentement sa bourse et la posa sur la table d'un air souverain...

"Comment ! Tu es encore là ?!"
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Adrien de Chastignac
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MessageSujet: Re: A l'approche de Midi   Lun Jan 09 2006, 05:34

[ L'aubergiste sourit en coin : ce n'était pas la premiere fois qu'un petit nobliau de province lui jouait le tour des grands princes.
C'était un vieux loup de mer, lui ! Mais il était à leur service, et il envoya son laquais s'occuper des chevaux de monsieur.


-MARGOTTE ! Deux bouteille de not' p'tit vin d'Epinay ! Et une poularde bien grasse !

L'aubergiste, de son coté, le torchon sur lépaule, guida le voyageur vers une table propre.

-Voilà mon bon seigneur...

Dit-il avec une certaine bonhomie.

-Ma fille va vous préparer vot' chambre, la 5, la meilleure, et puis pour les renseignements... suffit de d'mader !

A ce moment là la femme de l'aubergiste, aussi grasse si c'était possible que lui-même, apparut avec ses bouteilles dans une main et le plat dans l'autre.
Elle vint les poser devant le violoniste avec autant de grâce dont elle était capable, autrement : bien peu.


-Va prévenir Gilette de faire la chambre de Monseigneur..

On était passé au Monseigneur maintenant... ]

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Pierre-E
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MessageSujet: Re: A l'approche de Midi   Lun Jan 09 2006, 18:31

Pierre-Elvis ôta son chapeau pourpre, en épousseta sa chaise et s'assit. Rendu généreux par le "Monseigneur", il enleva ses gants, les posa sur ses genoux et délia sa bourse rebondie, d'où il sortit quelques pièces.

"Voilà pour toi, mon ami, et je te félicite d'avoir trouvé une femme aussi appétissante que tes poulardes, ha ha ha !"

Le jeune homme fit un clin d'oeil à la galliforme rebondie, puis pointa du doigt la chaise à côté de lui et continua en direction du mari:

"Assieds-toi là, viens donc par ici, aubergiste... Sers toi donc de cette bonne volaille, et goûte moi ce nectar... Maitenant, dis-moi, connaitrais-tu un certain Racine ? Un poète ou je ne sais quoi ?"
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Adrien de Chastignac
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MessageSujet: Re: A l'approche de Midi   Mar Jan 10 2006, 19:30

[ Quatre pieces d'or aussi rondes que sa bonne mine, voilà se qui fit briller les yeux de l'aubergiste.
Pourtant, avec un soupir, une mimique dégoutée, et un mouvement dédaigneux de la main trop prononcés pour être sinceres, il joua mal les désintéressé.

Il rit avec le monseigneur tout en zyeutant d'une maniere peu discrete les pieces d'or qu'il n'osait pas encore prendre...

Citation :
"Assieds-toi là, viens donc par ici, aubergiste... Sers toi donc de cette bonne volaille, et goûte moi ce nectar...

Le gros bonhomme ne se fit pas prier et s'installa a ses aises... Par contre, il ne toucha pas à ses produits.

-Ah, vous savez, monseigneur, je n'ai pas besoin de gouter !

Citation :
Maitenant, dis-moi, connaitrais-tu un certain Racine ? Un poète ou je ne sais quoi ?"

Se frottant les mains :

-A ! pour sûr que j'le connais ! Un p'tit bonhomme, tout frêle, qui collait d'bien pres une fille qui loge là haut !

Il se leva alors..

-Mais vous l'trouverez pas ici excellence... pour sûr qu'il doit trainer dans les pattes des Majestés à c't'heure !
A moins que vous ne désirez l'attendre ici queuques jours...

-Sur ce, mon bon seigneur, il me reste du travail... Si vous avez besoin d'aide, je suis a vot' service !

Il s'inclina et fit demi-tour vers les cuisines..
Sur la table, les quatres petits ronds dorés avaient disparus... ]

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Pierre-E
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MessageSujet: Re: A l'approche de Midi   Mar Jan 10 2006, 22:30

Pierre-Elvis, lui, avait entamé de bon coeur la volaille. Mais il n'était pas aussi ripailleur qu'il eut bien voulu le faire croire, et il en resta la moitié sur la table. Quant au vin, il en fut bien autrement: les bouteilles avaient disparu avant que l'aubergiste ait fini de renseigner son client.
Lequel déploya son corps maigre et se renversa sur sa chaise.


*Ah... Voici qui fait mon affaire... Les majestés, hein ! Une fille qui loge là haut, hein ! Et bien, mon gaillard, je n'ai plus qu'à l'attendre... À moins que je ne le cueille.
Allons toujours visiter le pays !*

Le jeune homme se leva et posa encore deux pièces sur la table, une pour le monseigneur, et une pour l'exellence. Puis il sortit, apostropha un de ses domestiques à qui il manda son cheval, et partit au petit trot.
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Desdemon
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MessageSujet: Re: A l'approche de Midi   Sam Jan 28 2006, 21:18

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Après le départ de Jean Racine, Desdemone se retrouva seule dans la petite chambre de l'auberge. Il régnait dans cette pièce un calme effrayant. Aucun bruit ne parvenait dans la chambre, que ce soit des pièces voisines ou du rez-de-chausser. Desdemone poussa un soupir. Qu'allait-elle faire de sa journée ? Elle n'allait tout de même pas rester ici à attendre le prochain retour de Jean Racine...La jeune femme se résolut donc à sortir. Un sourire béat était figé sur ses lèvres. La jeune femme revivait les merveilleux instants de la nuit passée.

La jeune femme decendit les escaliers et pénétra dans la salle principale de l'auberge qui servait de taverne. Il était maintenant près de dix heures et la salle se vidait peu à peu de ses derniers clients. Desdemone se souvint de la jeune fille à la chevelure rousse et en bataille qui avait trouvait du travail à l'auberge le soir précédent.


*Je me demande si elle est toujours là !* songea Desdemone.

La jeune femme se dirigea vers le comptoir où se tenait la femme de l'aubergiste. Son mari la prénomait Margotte. Physiquement, c'était une vieille femme usée par les années de dur labeur. Elle était grasse, ses traits étaient lourds et ses joues arboraient sans cesse une couleur rouge écarlate. Desdemone lui adressa un sourire poli auquel la bonne femme ne répondit que brièvement. Elle semblait bien trop occupé à fulminer et prononçait des mots que Desdemone ne comprit pas.


"Bonjour," avança Desdemone.

"Aah ! Si c'est pas en beau ça !" s'écria la femme de l'aubergiste avec humeur.

Elle jeta un regard de travers en direction de Desdemone. La jeune femme avala difficilement sa salive car ce matin-là, la femme de l'aubergiste n'était pas très aimable.


"C'est ben beau d'dormir si tard ! Mais c'est quand qu'on paye ?" demanda-t-elle en tendant la main vers Desdemone.

La jeune fille lui sourit puis tenta de faire diversion.


"Bientôt madame, je déjeune et remonte chercher ce que je vous dois !" dit-elle avec assurance et une sincérité irréprochable !

Mais la jeune femme n'était pas si en paix que cela. Il ne lui restait plus beaucoup d'économie. En vivant avec son ancienne troupe, elle n'avait pas eu à se soucier de ces frais divers et avait dépensé ce qu'elle avait gagné sans vraiment y prêter attention. De plus, elle avait toujours été convaincue qu'elle ne quitterai jamais cette troupe. La jeune femme se rabroua intèrieurement.

Entre temps, la femme de l'aubergiste avait disparu en cuisine toujours en marmonant. Elle revint quelques minutes plus tard avec une assiette entre les mains qu'elle déposa devant Desdemone.


"Merci !" dit la jeune femme sans se départir de son sourire. "Au fait, qu'est devenu la jeune fille rousse que vous aviez engagé hier ?"

"Ahhh !" s'écria la femme de l'aubergiste, "Ne m'parlez pas d'elle ! La coquine s'est enfuit avec un jambon et l'argent !!"

Voilà donc pourquoi la femme de l'aubergiste pestait. Desdemone ne dit rien et avala en vitesse son petit déjeuner avant de disparaitre dans la chambre qu'elle louait. La jeune femme se mit alors à la recherche d'une petite bourse en cuir dans laquelle elle gardait ses maigres économies. Lorsqu'elle la trouva, elle en vida le contenu sur le lit.

*Il ne me reste plus assez pour passer une nuit de plus ici !* songea-t-elle dépitée. *Je vais apporté ceci à l'aubergiste et sa femme...Peut-être patienteront-ils plus après ?*

Desdemone redescendit et déposa sa bourse sur le comptoir. Elle remarqua le regard soudain brillant de la femme de l'aubergiste. Elle réprima un sourire complice.


*C'est bon...Elle patientera...* songea-t-elle.

Mais la jeune femme s'était trop vite avancée.


"Vous comptez rester encore longtemps ?" lui demanda la femme de l'aubergiste. "Si c'est le cas, il vous faudra payer vite !"

Desdemone sourit et mentit effrontement.

"Oui, je pense rester encore quelque temps mais...Ne vous inquietez surtout pas, j'ai largement de quoi vous payer !"
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Jean Racine
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MessageSujet: Re: A l'approche de Midi   Ven Fév 03 2006, 08:08

Deux jours plus tard...


Après avoir quitté Fontainebleau, son entrée, son escalier et Cabellion dessus, Racine se hâta de regagner Paris. Il avait été plus long que ce qu'il avait indiqué à Desdemone.

Il entra dans l'Auberge, la porte claquant, le Dramaturge l'ayant ouverte à coup de pied ! En effet, il avait les bras chargés d'inombrables costumes qu'il était allé cherché plus tôt dans le quartier commerçant...
La femme de l'Aubergiste commençait à réprimander le jeune homme "ce n'est quand même pas bien poli d'entrer ainsi chez les gens...", et Racine ne pu même pas lever les épaules afin d'indiquer qu'il s'en contrefichait.
Il marmonna, sa tête encore invisible sous l'immense pile de vêtements :


- Emske nelkun peu vaidé, ny moi plu dien...

Ces paroles incompréhensibles furent suivi d'un "aïe" qui lui ne prêtait pas à confusion : l'Auteur venait de rencontrer un table. Il se décida à laisser tomber son chargement sur le plateau et, les cheveux en bataille, le visage rougie par l'effort, il s'assit afin de reprendre son souffle.
La tenancière lui jeta un regard de biais et ajouta :


- Ils sont vraiment bizarres ces artistes !

Et elle retourna à son ouvrage.
Ce fut ensuite au tour du mari de s'avancer. Il avait des bras courts et un cou de taureau mais une mine assez joviale... On se demandait comment il pouvait supporter une épouse pareille ! Il annonça à Racine :


- Y'a un Monsieur qui vous a demandé, y'a de ça une bonne journée... J'sais pas trop c'qui vous voulait mais il repassera à l'Auberge.

L'Ecrivain montra un air intrigué et demanda des précisions... Mais l'aubergiste n'ajouta que ceci :

- Moi j'en sais rien... Il ressemblait à quelqu'un de normal. Et puis lui au moins, il payait bien ses commissions !

Le jeune homme eut envie de rire à cette remarque qui manquait vraiment de tact ! Il répondit :

- Mais je ne vous ai demandé aucune commission !

Le Tavernier renchérit :

- Ah ça, pour sûr que vous ne m'en d'mandez jamais !

Racine laissa là cette conversation qui n'avez aucun sens et s'apprêta à reprendre son chargement afin de monter dans sa chambre... Mais, la femme de l'Aubergiste revint le voir :

- D'ailleurs, vot' petite protégée, elle a pas payé depuis deux jours. M'en vais la chasser moi si j'ai pas d'argent d'ici c'soir !

L'Auteur prit immédiatement la somme demandée dans sa bourse et la remis dans les mains de la femme. Il donna un louis de plus en riant :

- Votre mari voulait une commission ? Et bien qu'il aille dire à l'Hôtel de Bourgogne que la Troupe sera bientôt convoquée à Fontainebleau pour répéter...

Sur-ce, il tourna définitivement les talons et regagna sa chambre... Il inspira un long moment : le parfum de Desdemone flottait encore dans la pièce, mais la jeune femme n'était pas présente...
Il mit négligemment tous les costumes dans une grande malle mais garda sur les bras un long coffret de bois. Il le posa sur le lit et ouvrit le rabas afin de dévoiler son contenu. Il s'agissait d'une magnifique robe, aérienne, faite de soie et de voilages. La robe que porterait sa Muse lors de la première représentation au Petit Théâtre...

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Desdemon
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MessageSujet: Re: A l'approche de Midi   Ven Fév 03 2006, 16:56

Desdemone avait quitté l'auberge tôt dans la matinée, ni vue ni connue. La femme de l'aubergiste continuait de la harceler afin qu'elle paye les deux jours qu'elle lui devait. La jeune femme en venait a se demander si l'auberge fonctionnait aussi bien que la femme de l'aubergiste le prétendait car elle n'avait pas cessé de reclamer son dûe dès qu'elle apercevait Desdemone et ne se gênait pas non plus pour aller frapper à sa porte; tant est si bien que Desdemone passa par la fenêtre, escalada la gouttière, ses jupons attachés à sa taille, et s'enfut le plus loin possible de l'auberge...Mais seulement pour la journée car Desdemone attendait avec impatience le retour de Jean Racine. Cela faisait plusieurs jours déjà qu'il avait prit les chemins de Fontainebleau...Fontainebleau...A cette pensée, le coeur de Desdemone faisait des bonds incroyables dans sa poitrine. Elle était à la fois excitée et anxieuse de se retrouer sur les planches devant la cours toute entière.

La jeune femme allait ainsi dans les rues de Paris. Soudain, Desdemone se rendit compte qu'elle était arrivée à la fontaine de la place publique. Là où elle avait rencontré Jean Racine pour la première fois. Elle sourit à se souvenir. La jeune femme continua à s'aventurer dans les rues de la capitale et arriva bien vite en place de grève. Une potence était dressés autour de laquelle se trouvait attachée une corde. Cette vision sortie Desdemone de ses pensées. Puis soudain, des cris lui parvinrent.
En face de Desdemone, au pieds de la potence, des hommes de la garde se tenaient droit comme des i sur leurs chevaux. Les passants et les marchands formaient un attroupement autour d'eux.


"Le pauvre..." murmura une grosse femme à côté de la jeune femme.

"On n'a pas le temps pour se soucier de ces gens-là !" disait un autre homme, les sourcils froncés en reportant son attention sur son ouvrage.

Desdemone s'approcha du groupe par curiosité. Un homme vêtu de haillon, était à genoux sur le sol. Ses cheveux et sa peau était sale, son regrd las et triste.


"Debout !" cria un des gardes.

Il releva rudement l'homme en le saisissant par le bras et le força à monter sur la potence. De l'autre côté, un jeune garçon pleurait et criait. Il était aussi sale que l'homme qui montait sur le giber. Un des passants le maintenait fermement. Desdemonde blémit. Ce devait être le fils de l'homme. L'homme était maintenant à la vue et au sus de tous. Il passa entre les mains du bourreau. Le jeune garçon cria. Il continuait de pleurer, puis, se dégageant, il disparut à son tour.
Secouée, Desdemone fit demi-tour et reprit la route menant à l'auberge.

La jeune femme pénétra dans l'auberge. La femme de l'aubergiste l'interpella.


"Hé ! Votre ami, le poète ! Il est revenu, il y a une heure !" s'exclama-t-elle.

Desdemone sortit des sombres pensées. Son visage s'éclaira. La jeune femme se dirigea vers le sombre escalier et gravit les marches quatre à quatre. Elle frappa à la porte et entra. Jean Racine était là, au milieu d'un amoncellement de costumes.


"Bonjour !" s'exclama Desdemone.
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Jean Racine
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MessageSujet: Re: A l'approche de Midi   Ven Fév 03 2006, 18:08

Lorsqu'il entendit cette voix qu'il connaissait par coeur à présent, Racine se retourna vivement et montra un visage souriant. Il fit quelques pas rapides en direction de la jeune femme, laissant ses travaux de costumier et, la saisissant par la taille, il la fit tourner un moment dans la pièce. Il s'aperçut que le bruit de leur pas devait se trouver amplifié par le vieux plancher et il s'arrêta, sans pour autant lâcher Desdemone. Il l'embrassa doucement avant de s'écrier :

- Tu m'as manqué !

Il relâcha enfin son étreinte, et excité comme un jeune garçonnet, il alla chercher le coffret sur le lit et le ramena près de sa Muse. Il lui tendit en ajoutant :

- Je ne suis pas sûr d'avoir bien fait de la choisir à ta place...

Il la laissa ouvrir son présent, mais trop anxieux pour attendre sa réaction -c'était le premier cadeau qu'il lui faisait- il continua :

- Tu sais, si elle ne te plait pas, nous irons en acheter une autre.

Quelles que soient ses pensées, il sut trouver une occupation afin de patienter. Il se plongea dans la contemplation de la Demoiselle qui lui apparaissait encore plus belle aujourd'hui... Puis, il tourna la tête en direction des divers costumes, plongés pêle-mêle dans la haute malle en bois. Il en avait prit plus que de raison ! Mais rien n'était trop beau pour la Tragédie !

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MessageSujet: Re: A l'approche de Midi   Ven Fév 03 2006, 20:41

"Qu'est-ce que c'est ?" demanda vivement Desdemone avec curiosité.

La jeune femme souleva délicatement le coffret en bois qui revela une robe magnifique. Desdemone en resta bouche bée. Elle regarda tour à tour la robe puis Jean Racine. La jeune femme se leva, se dirigea vers un grand miroir un peu poussiereux et plaqua la robe contre son corps.


"Ô Jean !" souffla-t-elle. "Elle est merveilleuse !"

La jeune femme parlait doucement. Elle était émue par le présent de Jean Racine. Le geste était aussi soudain qu'inattendu.

"Merci beaucoup" dit-elle avec sincérité.

La jeune femme replia la robe et la déposa délicatement sur le lit où elle s'assit. Puis n'y tenant plus, elle interrogea l'Auteur sur sa visite à Fontainebleau. Elle désirait tout savoir et son excitation était à son comble.


"Comment s'est passé ton séjour à Fontainebleau ? Tu as pu faire ce que tu désirais ?"
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Jean Racine
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MessageSujet: Re: A l'approche de Midi   Ven Fév 03 2006, 21:50

Racine, voyant que son présent avait produit l'effet escompté, s'assit aux côtés de la jeune femme et débuta son récit :

- Oh oui ! J'ai pu faire tout ce dont je rêvais ! Je suis d'abord allé voir mon protecteur afin de lui présenter le travail accompli : il en fut bouche-bée ! Mais il n'était pas certain de pouvoir intercéder en ma faveur auprès du Roy si bien que j'ai du remettre l'Oeuvre entre les mains d'Héloise de Neufchâtel -l'ancienne favorite royale- qui m'a invitée à la Loterie qui avait lieu dans le Petit Salon de sa Majesté...

A ce moment là, le Dramaturge se leva -c'était décidement une manie chez lui de ne pas pouvoir tenir en place !- et fit de grands gestes pour illustrer son propos :

- Tu aurais vu cet intérieur, entièrement tendu de bleu... Les Courtisans parés plus somptueusement les uns que les autres ! C'était magnifique ! Il reprit son souffle un instant et continua. Ensuite, est venu le Prince de Condé qui a renversé un Mûrier Royal sur la robe d'une Dame. Mais le Destin a fini par punir ce geste maladroit car le cousin du Roy s'est retrouvé noyé sous les immenses flôts -Il fit un geste ample avec ses mains- de l'aquarium qui contenait les crustacés !
Alors, sous les indignations de la foule, le Prince de Savoie-Carignan s'est avancé majestueusement, entouré de ses deux tigres, et a essayé de démontrer qu'il y avait mesquinerie dans l'infortune de Condé... Je ne sais si on saura le fin mot de cette histoire un jour ! Toujours est-il que j'en ai profité pour aller saluer le Roy qui, bien qu'il fut plus pâle qu'à son habitude, s'est montré d'une extrême bonté envers moi !

Et là, il fit une pause, laissant le suspens trainer et acheva sa tirade, magistralement, prenant une voix grâve :

- Nous allons jouer au Petit Théâtre de Fontainebleau !!! Notre première représentation aura lieu au château !

Il partit alors d'un rire libérateur. Il venait de réaliser toute l'ampleur de cette révélation : lui, Jean Racine, allait atteindre son but ultime !

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MessageSujet: Re: A l'approche de Midi   Ven Fév 03 2006, 22:24

Desdemone était littéralement suspendue aux lèvres de Jean Racine. Elle écoutait avec enthousiasme et ravissement son récit de la loterie. Elle s'amusait des aventures et mésaventures des courtisans. Puis Jean Racine se tut et laissa planer un long silence qui impatienta grandement Desdemone avant de lâcher d'un bloc :

Citation :
- Nous allons jouer au Petit Théâtre de Fontainebleau !!! Notre première représentation aura lieu au château !

Tout d'abord la jeune femme ne réagis pas. Un sourire vint éclairer son visage. Elle se leva à son tour, débordante de joie et battit des mains comme une enfant.

"C'est fantastique ! Tu vas enfin pouvoir porter ta pièce sur scène et devant tous ces gens ! C'est le début de grandes choses Jean!" s'exclama-t-elle.

Leur projet allait enfin pouvoir se concrétiser et ce dans de brefs délai. Du moins, c'est ce qu'espérait Desdemone.


"Quand devons-nous enfin moter sur scène ?" demanda-t-elle impatiente.
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Jean Racine
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MessageSujet: Re: A l'approche de Midi   Sam Fév 04 2006, 09:35

Racine se rapprocha de Desdemone et lui caressa la joue du bout de ses doigts. Il aimait partager sa joie et son bonheur avec elle. Il lui répondit :

- Ne sois pas trop impatiente : il va nous falloir travailler avant !

Le Dramaturge pensa alors au message qu'il avait donné à l'Aubergiste. Il espérait que l'homme avait bien fait son devoir... Jean ne savait pas encore comment s'y prendre. Il voulait emmener au plus vite la jeune femme au Château afin qu'elle apprenne les rudiments de la Cour. Il voulait par là même, profiter du Petit Théâtre pour commencer les répétitions, d'abord avec la Demoiselle seule, puis avec le reste de la Troupe... Il continua :

- Disons que le Roy était assez impatient de voir le resultat. Nous devons donc nous hâter. La répresentation aura certainement lieu avant la fin de l'Automne ou au début de l'hiver.

Il retourna à son pliage, et laissa tomber une tunique ouvragée dans la malle :

- Règle ce qu'il te reste à faire, car nous partirons bientôt à Fontainebleau... Demain au après-demain.

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MessageSujet: Re: A l'approche de Midi   Dim Fév 12 2006, 22:50

Après la discussion avec Desdemone, Racine abandonna la jeune femme quelques instants afin de descendre au rez-de-chaussée. Il se rendit dans la grande salle et chercha l'Aubergiste du regard. Ce-dernier était en train de remplir un pichet de vin depuis un tonneau derrière le comptoir.
Le Dramaturge vint aux devants de l'homme et lui demanda :


- Alors, l'Hôtel de Bourgogne ?

Le Tavernier leva ses yeux sur l'Ecrivain et son visage s'éclaira d'un large sourire : il ne semblait pas oublier le prix de sa commission... Pour un moment, Racine serait garanti de la jovialité de son hôte en sa présence ! Il n'était pas négligeable d'avoir le patron d'une auberge dans sa poche : il représentait les yeux et les oreilles du lieu ! Quoique dans la situation actuelle, c'était plus le rôle de la femme de l'Aubergiste ! Celle-ci par contre ne portait pas l'Auteur dans son coeur...

- Bah ils ont dit qu'ils se t'naient prêt à votre signal pour le château.

Racine le complimenta d'une tape sur l'épaule et prit place à une des tables. Sa Muse ne tarderait pas à le rejoindre et ils pourraient dîner tous les deux tranquillement... Cela ne leur était arrivé qu'une seule fois ! Et encore, l'Ecrivain avait pris la fuite avant le dessert !
Soudain, un détail lui revint en mémoire. Qu'advenait-il de l'homme qui l'avait demandé quelques jours auparavant ?


La Suite : Retour, Folie et Oubli

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Adrien de Chastignac
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MessageSujet: Re: A l'approche de Midi   Jeu Fév 16 2006, 16:12

Adrien descendait l'escalier d'un pas pesant, la mine déconfite d'un homme qui a passé une mauvaise nuit.
En fait, Chastignac n'avait pas dormi du tout, alors forcément...

La journée était déjà bien avancée mais la tenue négligée et les cheveux en bataille du comte signifiait bien qu'il venait à peine de se lever. Il poussa la porte de la grand'salle avec peine et s'affala sur une des tables libres, proche de celle de Racine.

Adrien n'y avait pas prêté attention.


-Une chopine ! Cria-t-il au tavernier, alors que celui-ci s'activait pour préparer les repas du soir.

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Adrien de Chastignac
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MessageSujet: Re: A l'approche de Midi   Sam Fév 18 2006, 11:25

Alors que la chopine se faisait attendre, Adrien s'impatientait.
Il tapait du pied en grommelant, et fini par se lever sans oublier de bousculer tout alentour.
Racine n'échappa pas à la règle mais Chastignac ne se retourna pas même pour voir si l'écrivain était un peu indisposé où s'il avait la tête plongée violemment dans son bouillon. Rien.
Il sortit de l'auberge et claqua la porte derrière lui.

Dehors, sur le palier, il secoua sa tignasse et puis enfouit sa tête dans ses deux mains, avant de la lever vers le ciel et de respirer un bon coup.

Il abaissa ses bras mais garda les yeux fermés, avançant d'un pas, puis de deux dans la rue sans vraiment savoir où il allait.


"ya, ya !"

cataclop cataclop... Chastignac s'écarte mais sens très bien ce courant d'air caractéristique qui pourrait signifier : j'ai manquer me faire piétiner par un cavalier inconscient.

Furibond _décidément ce n'était pas sa journée_ il ouvrit les yeux juste à temps pour apercevoir le pan d'un manteau noir sur une croupe noir qui bifurquait à l'angle de la rue. Ah ! Il voulait la bagarre c't'homme !

Au fond de lui, Chastignac se frottait les mains. Il n'allait tout de même pas laisser s'échapper cette occasion de duel ! Il irait demander des explications, et si le gentilhomme n'était pas content, il irait proposer une promenade loin des regards... Non, pas loin des regards, il fallait que tous l'admire!

Aussi rebroussa-t-il chemin et fonça-t-il dans sa chambre, toujours sans accorder le moindre regard à Jean Racine, afin de prendre gants, chapeau, cape et rapière. Ah qu'il était beau ! Pensa-t-il en se regardant dans la vitre... ses contours étaient déformés, mais qu'importe! Il voyait les couleurs bleus, ocres et rouges qui lui allaient si bien.


-Hey l'aubergiste ! T'as un cheval ? Cria-t-il en ouvrant la porte de sa chambre...

"J'vous en prépare un monseigneur... "

-Et bah voilà, y a du monseigneur pour le cheval et pas pour la chopine!

L'aubergiste grogna en appelant sa femme, et Chastignac crut entendre "d'mander gentiment" et "plus cher le chval qu'la chopine"...

Il ne releva pourtant pas la remarque et fini de faire reluire ses bottes avant de descendre : il fallait être parfait.

A nouveau il traversa la grande salle et lança un "je reviendrai" car en effet, il était sûr de revenir...
Il ouvrit la porte encore une fois et trouva un cheval tout sellé, tenu en main par la grosse dondon qui servait de femme à l'aubergiste.

Lestement, il sauta en selle en faisant crisser le vieux cuir et attrapa les rênes qu'il ajusta.
Avec un coup d'éperons et un claquement de langue, le cheval s'élança en bousculant la dondon et le galop résonna dans la rue encore quelques secondes...


( http://1663.forumactif.com/viewtopic.forum?p=11172#11172 )

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