1663 : Face aux Feux du Soleil

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 Le Cabinet des Bains

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Monsieur
Poete


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MessageSujet: Le Cabinet des Bains   Lun Mai 15 2006, 23:43

Fontainebleau se serait effondré sous les coups de massue de quelque Titan mythologique que Monsieur n’en aurait pas perdu son éclatant sourire.

Sa petite victoire matinale sur son Auguste frère le tenait dans un état d’excitation proche de l’euphorie. La foule des courtisans commençait à envahir les longs corridors du château, et Son Altesse distribuait les sourires avec l’aisance du prêtre envers l’hostie ! Hommes, femmes, Ducs, Vicomtes, frais, séniles, peu lui importait ce matin! Et puis ce fut l’apothéose : il alla même jusqu’à saluer d'un éclatant sourire les deux sinistres huissiers postés aux portes de ses appartements !

Ce matin-là, Monsieur se sentait d’humeur très magnanime.

L’heure du repas approchait. Pris d’une soudaine inspiration, Philippe s’assit à son bureau, se saisit d’une exubérante plume d’autruche soigneusement rosie, et commença la rédaction d’un court message :


Mon cher François,

Me feriez-vous l'extrême plaisir de partager une modeste collation en ma compagnie ?

Je vous attends d’ici une demi-heure dans mes appartements.


Philippe


Une fois son ouvrage terminé, il le plia soigneusement, se rendit dans sa chambre, et convoqua ses gens.

Lors de la création de sa Maison, Philippe avait mis un point d’honneur à ne choisir que des hommes, plus jeunes (et parfois, bien plus jeunes) que lui. Il s'agissait, pour le plus grand nombre, de jeunes nobles italiens, soigneusement sélectionnés pour leur grande beauté et la finesse de leurs traits. Il est à noter qu’il les connaissait tous… au sens biblique du terme.

Nonchalamment appuyé contre l’une des colonnes torsadées de son baldaquin, Monsieur commença sa distribution quotidienne:


Leonardo, allez vous assurer de la remise en ordre de Saint-Cloud. Vérifiez si le Comte de Saint Ange ronfle toujours devant l’âtre. Si c’est le cas… soyez persuasif. Sandro, Sa Majesté a commis une royale méprise en ce qui concerne la tenture de mon nouveau carrosse. Je le veux drapé de rose de Naples, allez vous en assurer. Michel-Ange, je dîne dans une heure en compagnie du Comte de Saint-Aignan. Faites le nécessaire je vous prie. Raphaël, préparez mon Cabinet des Bains -essences de jasmin et fleurs d’oranger aujourd’hui. Filippo, préparez mon costume bleu roi. Sortez également le chapeau dont m’a tout récemment fait cadeau le Chevalier de Lorraine. Ah j'oubliais! Trouvez moi le Duc de Florensac!

Puis il se saisit de la missive précédemment rédigée, et se tourna vers le plus jeune de ses pages.

Giovanni, portez donc cette invitation au Comte de Saint-Aignan. Conduisez le ensuite au Cabinet des Bains.

Pendant quelques secondes, Philippe contempla rêveusement les derrières rebondis des pages quittant la chambre, puis il frappa dans ses mains. Deux valets pénétrèrent dans la pièce et commencèrent à le déshabiller. Ils lui passèrent un peignoir de soie et le précédèrent dans le couloir menant au Cabinet des Bains.

Une scène quasiment similaire avait eu lieu quelques heures auparavant. Qu’à cela ne tienne ! Monsieur mettait un point d'honneur à changer sa mise plusieurs fois par jours…

Le Cabinet des Bains était une petite pièce octogonale aménagée à la demande de Monsieur. En son centre trônait, encastrée dans le sol, une large baignoire de bronze remplie d’une eau fumante et odorante.

Il s’agissait là d’un aménagement tout à fait inhabituel pour l’époque, où l’eau était censée véhiculer les pires maladies ! Mais de cela, Monsieur n’en avait cure. Non pas qu’il s’opposait à cette croyance, voyant au contraire dans l’eau des vertus hygiéniques ! Non, le seul intérêt éprouvé par Philippe à se plonger quotidiennement (seul… ou en compagnie) dans cette eau délicieusement chaude était l’extrême plaisir qu’elle lui procurait. Tout comme son frère, il aimait l’eau. Petits, l’eau des rivières était le théâtre de leurs jeux d’enfant. Mais les temps avaient changés… Un Prince de sang ne pouvait décemment se prélasser dans les rivières du royaume ! Voilà donc le pourquoi du Cabinet des Bains…

Philippe quitta son peignoir, et descendit le petit escalier le conduisant au fond de la cuve. Les volutes de vapeur l’environnant donnaient l’impression d’une descente aux Enfers…

Après avoir quitté leurs vêtements, les deux pages pénétrèrent à leur tour dans le bain. Ils commencèrent alors à le masser à l’aide d’un frottoir en peau.

Respirant les délicieuses fragrances de jasmin et de fleur d’oranger, Philippe détrônait pour quelques instants seulement son frère au sommet de l’Olympe.


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Saint-Aignan
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MessageSujet: Re: Le Cabinet des Bains   Ven Mai 26 2006, 08:39

François s'était certes attendu à un coups d'éclat, mais il s'était préparé à des reproches directs... surtout pas à ce détestable mépris!

Il laissa passer la tempête sans même regarder Jean. Pas un seul instant depuis qu’il était revenu, pas un seul instant les deux hommes ne s’étaient tenu un discours amical.
Il restait dans son fauteuil comme statufié, les mains croisées sur ses cuisses, le menton collé à son torse, les yeux baissés.

Il n’était plus là. Son esprit tout du moins. Il pensait à ces derniers temps … qu’avait-il fait de bien ? Rien . Il avait perdu ses deux seuls amis et protégés, voilà tout ce qu’il avait fait.

Comprenait-il Racine ? Peut-être que oui, peut-être que non. S’il s’y attendait, c’était quand même qu’il savait combien la tragédie était importante pour Jean… cependant, il n’essayait pas de creuser plus loin. Il était abattu parce qu’il avait perdu un ami, et parce qu’il était seul, non pas parce qu’il savait avoir fait quelque chose de mal envers Racine. Non, tout revenait à lui, lui seul. Il n’avait même pas le courage d’en vouloir au dramaturge de ne pas essayer de le comprendre non plus.

La porte avait claqué depuis longtemps, mettant fin à ce carnage relationnel, sans que François ne s’en rende compte.

C’est le petit Théodore, qui avait assisté tout tremblant à la scène en cherchant à se faire oublier, qui vint l’éveiller : il posa ses mains menues sur l’épaule de son maître et celui-ci releva lentement des yeux vitreux vers lui.


« Monsieur… n’étiez vous pas convié chez le duc d’Orléans ? »

-Ah… oui…

Le comte, dans cette déchéance où il était plongé par ceux qu’il avait d’abord considéré comme ses plus fiables alliés, n’avait même plus la joie, l’envie impatiente, le fébrile désir de plaire aux grands.

Il se leva de son fauteuil mécaniquement, s’appuyant sur les accoudoirs, et sortit sans un regard vers son valet.
Il ne se demandait même pas ce qu’un homme tel Monsieur pouvait lui vouloir à lui, un simple vieillard.

Il marcha, marcha, marcha, et cela sembla n’en pas finir… Le pas monotone de l’automate le conduisit jusqu’à une porte finement ciselée sur laquelle il frappa sans hésitation. C’était celle des appartements du duc d’Orléans.
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Monsieur
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MessageSujet: Re: Le Cabinet des Bains   Sam Juin 03 2006, 17:57

Il régnait dans les appartements de Monsieur une moiteur inhabituelle pour une fin de matinée, comme si l’atmosphère torride du Cabinet des Bains avait fini par tout imprégner. Profitant de ces –trop- courts instants de répit, le petit Giovanni somnolait, lové sur l’un des sofas du salon. Soudain, les douze coups de midi résonnèrent de leur tintement cristallin. Un treizième leur succéda, tirant brusquement le page de sa rêverie : quelqu’un frappait à la porte.

Sautant aussitôt sur ses pieds, le jeune adolescent bondit vers la porte d’entrée, rajusta sa livrée, et ouvrit largement le battant, révélant le visiteur attendu.

Monsieur le Comte de Saint-Aignan, veuillez me suivre je vous prie. Son Altesse vous attend dans le Cabinet des Bains.

Après s’être effacé devant le Comte, Giovanni le conduisit à travers l’appartement jusqu’à un long couloir ensoleillé, au fond duquel somnolait le Cabinet des Bains. Des volutes de vapeur s’échappaient des doubles portes d’airain, laissant la buée dessiner d’étranges arabesques sur les hautes fenêtres du corridor.

A mesure qu’ils avançaient dans le couloir, Giovanni trouvait sa livrée étincelante de plus en plus inconfortable. Il transpirait à grosses gouttes lorsqu’il fit s’ébranler les lourdes portes du Cabinet. Il devait en être de même pour le Comte qui, bien qu’il n’en laissât rien paraître, devait souffrir le martyre sous son opulente perruque brune…

Une vaste et opaque nuée vaporeuse les enveloppa soudainement. Giovanni éprouva la très désagréable impression de s’être égaré au cœur de quelque nuage… Même ses pieds avaient disparus : il se garda donc bien de se déplacer, ne tenant pas à rejoindre inopinément son maître dans l’étuve harassante de la cuve… C’est donc à l’aveugle, tout en fixant un point qui, selon ses calculs, devait être le Duc, que le jeune page annonça :


Monsieur le Comte de Saint-Aignan !

Il ne put cependant s’empêcher de se figurer le ridicule de la situation : quel contraste entre la solennité de l’annonce et la moiteur érotique du lieu… Et que dire des principaux protagonistes ! Saint-Aignan se liquéfiait à vue d’œil, et le Duc d’Orléans était tout bonnement invisible !

Soudain, alors que Giovanni, devant le silence de la fosse, commençait sérieusement à envisager la noyade de Son Altesse, une voix d’outre-tombe -quoique légèrement haut perchée…- s’éleva des profondeurs du bassin :


Mon cher François ! Heureux de vous voir ! (sic) Me feriez-vous le plaisir de partager cet instant de détente avec moi ?

Puis il ajouta, avec dans la voix de subtiles nuances que les demoiselles de la Taverne du Masque Rouge n’auraient pas reniées :

Allons François… Rejoignez-moi… Nous sommes ici entre amis n’est-ce pas ? Giovanni, aidez donc Monsieur le Comte à quitter ses effets…

S’en était trop pour Giovanni qui réprima à grand-peine un violent fou rire. Heureusement, perdu dans les brumes de l’Enfer, personne, pas même Dieu, ne pouvait le voir…


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Saint-Aignan
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MessageSujet: Re: Le Cabinet des Bains   Mer Juin 07 2006, 11:51

Un jeune garçon étrangement beau apparut le premier aux yeux du comte, qui le dévisagea d’un œil vitreux, vidé de toute envie de plaindre un autre homme (ne serait-ce qu’un enfant-jouet) que lui-même.

Il le suivit donc sans rien ajouter, mais, à mesure que l’on avançait, la morosité de François laissait place à un léger frisson d’inquiétude. Que venait-il faire là, bon sang ?
Quelle chaleur ! Les bains, les bains ! Manquait plus qu’il soit convié quand Monseigneur prenait cette drôle de chose qu’est un bain…
Le comte ne douta pas un seul instant que ce ne fut voulu, et redoutait l’instant où tout le mystère du pourquoi du comment lui serait dévoilé.

François marchait dignement, enfin le plus dignement possible, mais sentait bien son vénérable maintien fuir en kayak sur les grandes eaux de son corps s’échappant de toute part. Le comte se passa son mouchoir sur le visage, tout le fard y resta.

Quel malheur de porter de si beaux vêtements et une si lourde perruque ! Mais quel malheur d’être mené dans ce lieu, ou plutôt, dans ce four !

François commençait à donner des signes d’impatience. Ouvrez les fenêtres bon Dieu ! Et alors qu’il tournait la tête pour en apercevoir quelqu’une, il s’aperçut que Giovanni ralentissait le pas et puis s’arrêtait tout à fait. Saint-Aignan fit de même : on était devant le cabinet.

A ses pieds, deux trois mains blafardes d’inconnus fantômes passaient par dessous la porte pour tenter sans succès d’agripper ses chevilles. François les chassa d’un léger coup de talon, et la main aussitôt s’évapora en fumée, avant de revenir sous la même forme.
Le comte soupira. Il était donc bien nerveux pour s’effrayer de simples vapeurs que la porte ne parvenait pas à filtrer.

La dite-porte s’ouvrit d’ailleurs… et ce ne fut pas une ou deux mains qui cherchèrent à l’attraper, mais tout un régiment de spectres qui se jetèrent sur lui, l’enserrant de leur poigne immatériel, et quoique ce fut tout aérien, l’invité se sentit étouffer. Etait-ce ainsi que l’on traitait ses hôtes chez le duc d’Orléans ?
Le comte glissa un doigt derrière son col afin de le desserrer, tandis que le petit Giovanni l’annonçait à une personne complètement invisible.

Mon cher François ! Heureux de vous voir ! [LOL] Me feriez-vous le plaisir de partager cet instant de détente avec moi ?

François profita qu’on ne puisse l’apercevoir pour faire un sourire des plus gênés tout à son aise.

Et alors qu’il allait accepter en feignant l’entrain qui lui allait si bien, le duc finit tout à fait de le…. Glacer

Allons François… Rejoignez-moi… Nous sommes ici entre amis n’est-ce pas ? Giovanni, aidez donc Monsieur le Comte à quitter ses effets…


Le comte n’osait même plus bouger. Il n’osait même pas regarder le haut du crâne brun de l’enfant que seul il apercevait encore, dont les soubresauts témoignaient sans doute de quelque rire moqueur.


-Monsieur le duc, commença-t-il soudain d’une voix forte, cherchant peut-être à sauver sa pauvre peau fripée, c’est un grand honneur pour moi mais…

Une excuse vite, vite, vite, un prétexte, n’importe quoi ! François arrêta d’une main sur l’épaule l’obéissant Giovanni qui s’approchait dangereusement…

Groumpf. François devint soudain sombre en s’apercevant qu’il n’y avait aucune excuse qui tenait réellement, ou bien qui ne vexerait pas le frère du Roy.
Il lâcha l’épaule de Giovanni et ferma les yeux, sûrement pour ne pas à avoir à observer sa propre déchéance… !


-… j’ai quelques réticences à m’approcher de l’eau…

Se perdit dans un murmure… Le page s’attela donc à la délicate tâche de le dévêtir, tandis que François ôtait lui-même sa perruque. Il laissa ses affaires là, aux bons soins du jeune homme, l’esprit occupé bien ailleurs que de s’inquiéter de vêtements tels qu’il en possédait des centaines. En effet, sa détestable obsession, sa terreur obnubilant, ce qu’il cherchait vainement à fuir à chaque instant, sa vieillesse enfin, était ici dévoilée à tous, à tous ceux qui possédaient des yeux à rayons lasers pour voir à travers la vapeur… Bref, c’était François.

Le pauvre être qu’il était en cet instant, débarrassé de ce qui le rendait respectable aux yeux de tous _ de son raffinement vestimentaire _ répondit donc à l’invitation, s’approchant de l’étuve bouillante à tâtons, puis y plongea un orteil, puis le pied, et enfin y laissa tout à fait glisser son corps épilé au poil près.

Il se passa nerveusement la main dans sa courte chevelure qui ne pouvait plus dissimuler un début de calvitie, et puis fixa ce qui semblait être un duc aux anges, un duc qui n’était plus qu’une voix, et qui était déjà plus qu’une silhouette… aussi François se doutait que ce devait être de même pour lui.

Quatre, quatre dans une baignoire fumante… deux garçons à peine sortis de la puberté, un homme qui avait atteint l’âge de raison mais qui avait dû l’oublier, et puis un vieillard avachi sur sa propre dégénérescence. C’était en effet très cocasse, et François compris le petit Giovanni en cet instant.


-Bien le bonjour Monseigneur, votre invitation m’honore ! Je ne sais ce que j’ai fait pour mériter une telle attention de votre part…

François était sûrement le seul à comprendre son ironie, car son visage avait pris l’expression avenante et sincère qu’il avait appris depuis longtemps à associer à son faciès en présence de tel seigneur.

-… Mais je m’en flatte au plus au point.

Une petite couche de plus pour effacer tout doute de l’esprit de Monsieur : il était sincère, oui, oui !
Enfin… tout ceci prenait une tournure ridicule : il faisait des formules d’usages ironiques dans la tenue d’adam… manquait plus qu’il ait la place de faire des courbettes !
Dans ce cas, le comte lui-même ne savait ce qu’il aurait choisi entre s’esclaffer de son propre malaise ou le suicide de suite.
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Monsieur
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MessageSujet: Re: Le Cabinet des Bains   Jeu Juin 22 2006, 23:51

Selon la Bible, l’Homme fut chassé du Paradis Terrestre suite à la monumentale bourde fruitière commise par cet être profondément inférieur et décervelé qu’est sensée être la femme

Enfant, Philippe avait été fasciné par cette histoire qui, dans la bouche si efféminée de son ecclésiastique précepteur, prenait des allures d’Hymne aux plaisirs garçonniers. L’enfant qu’il était en avait alors tiré une conclusion toute simple : pourquoi ne pas condamner ladite pécheresse à évacuer manu militari l’Eden et laisser l’usufruit du Paradis Terrestre à Adam en le dotant d’un compagnon de son sexe ? Puisque Dieu ne l’avait pas fait, c’est donc qu’il n’était absolument plus compétent en la matière. Pour étayer cette thèse d’un Dieu hors service, Philippe citait incessamment l’exemple de Sodome et Gomorrhe : quelle idée de raser de telles merveilles !

Ainsi, à l’âge de dix ans, Philippe ne croyait déjà plus en l’omnipotence divine.

A douze ans, il ne croyait tout simplement plus en Dieu, bien qu’étant tout à fait capable de réciter des passages entiers de la Bible, par pur divertissement.

Dieu étant désormais réduit à l’état de concept archaïque, Philippe prit une importante décision : le 23 février 1652 à 22h34, alors qu’il comblait un soir de grande solitude comme il convient de le faire, il décida de le remplacer.

Un illustrissime chef d’œuvre hindou lui servirait de texte fondateur.

Une semaine plus tard, découragé par le travail colossal que réclamait sa nouvelle fonction, Dieu démissionna.

Alangui dans la volupté torride du Cabinet des Bains, Philippe se remémorait avec délice ce cheminement religieux qui fut le sien. Une nuit, alors qu’un jeune page -croupissant désormais dans les noires oubliettes de sa mémoire- lui prodiguait la plus douce caresse qui soit, Philippe avait décidé de vouer sa vie toute entière à la noble quête de cet Eden perdu. L’idée qu’il s’en faisait était cependant légèrement pervertie… Point d’oiseaux gazouillant, de fleuves chantonnant, ou de soleil rayonnant. Seul le concept de Plaisir devait le régir. De plus, le principal acteur de ce Jardin se devait d’être le délicieux et tellement tentant Serpent…

Le Cabinet des Bains correspondait donc parfaitement à cette image. En scène : Philippe dans le rôle de Dieu, Giovanni dans celui du Serpent (voire du fruit défendu…) et … Saint-Aignan dans celui de la si pure moitié d'Adam!

La vue désormais accoutumée à percer les délicieuses brumes de ces lieux, Philippe jouissait discrètement d’un spectacle peu commun : François de Saint-Aignan, Comte de son état, se targuant, en parfait courtisan qu’il était, d'avoir ses entrées auprès de Sa Royale Majesté, se trouvait là, hébété, suant tel un bœuf au bord d’un bassin qui semblait le terrifier !

La gêne extrême du courtisan était palpable, et Philippe, impitoyable provocateur, s’en délectait.

Après quelques balbutiements à peine audibles, le vieux Comte se laissa enfin dénuder par le jeune page, et entra timidement dans une eau qu’il ne pouvait que deviner.

Pendant les quelques secondes séparant l’effeuillage final de l’entrée du Comte dans la cuve, Philippe détailla scrupuleusement la maigre anatomie du vieillard. Certes, la concupiscence n’était pas au rendez-vous. Contempler cette nudité décharnée était tout aussi excitant que d’admirer Sa Royale Majesté trônant sur Sa non moins Royale Chaise Percée ! Mais Monsieur prisait fortement le spectacle de la déchéance – « Probablement pour se masquer la sienne ! » Aurait rétorqué son Royal Frère- et Saint-Aignan en tenue d’Eve en était l’incarnation… Voir un tel homme dans toute sa faiblesse, quelle réjouissante perspective!

Mais, vaguement dégoûté par cette vision, Philippe décida de s’offrir un ravissement oculaire de bien plus grande ampleur :


Giovanni, auriez-vous l’amabilité de nous rejoindre ? Je suis sûr que Monsieur le Comte a grand besoin d’être délassé…

Puis, sans quitter son page des yeux, il répondit aux formules de politesse parfaitement énoncées par son hôte. Même dépourvu de soie, ce brave Saint-Aignan semblait avoir encore quelques ressources…

Allons donc François ! Détendez-vous ! Vous n’êtes point prisonnier du Cabinet du Roi, forcé par les joies de l’Etiquette à jouer à la perfection votre rôle de courtisan ! Il se trouve simplement que j’apprécie tout particulièrement les charmes de votre conversation…

Le lieu n’avait cependant rien d’un boudoir. Un tout autre type de communication était ici de mise, Saint-Aignan ne pouvait l'ignorer…


De son côté, Giovanni, forcé d’obéir à la fièvre habilement dissimulée dans la nonchalante injonction de son Maître, avait commencé à déboutonner ses manchettes.

Quelques instants plus tôt, alors que le Comte pénétrait dans la fosse au Dragon, le petit page avait lentement, très lentement opéré un replis stratégique vers la double porte restée entrouverte. Avec un peu de chance, le Comte monopoliserait toute l'attention du Duc...

Peine perdue. Comment avait-il pu imaginer un seul instant que l’insatiable Duc d’Orléans se serait satisfait de la pitoyable vision de vieillard rabougri que lui présentait Saint-Aignan ?

La mine boudeuse, l’enfant avait donc obtempéré. Etre page de Monsieur réclamait, il le savait, une certaine… abnégation, et un véritable… don de soi...

Lorsque l’ultime morceau de tissu eu quitté son corps, Giovanni s’approcha rapidement du bord du bassin. Son Maître semblait avoir été satisfait du spectacle : il le distinguait vaguement qui lui faisait désormais dos, tandis que les deux autres pages le massaient adroitement.

C’est à cet instant que l’impensable se produisit : son pied gauche s'engouffra inopinément dans l'étroit anneau de fer délimitant le bord du bassin. Il se sentit partir en avant, le pied toujours piégé dans sa gangue de fer. Le plongeon semblait inévitable, tout comme le massacre de sa cheville... Dans un ultime réflexe, le jeune garçon tendit désespérement les bras devant lui...

Le choc eut bel et bien lieu. Mais au lieu de se retrouver confronté à l’élément liquide, Giovanni sentit ses mains heurter violemment… les maigres épaules du Comte, qui avançait en tâtonnant vers le centre du bassin. Désormais parfaitement parallèle à la surface, un pied coincé dans un anneau, l'autre crispé contre la margelle, et les mains broyant les épaules du Comte, Giovanni expérimentait pleinement le proverbe stipulant que le ridicule ne tuait pas. Du moins pas pour l'instant...

Car voilà, tout cela eut été fort cocasse en différente compagnie. Mais dans le Temple de la Convenance qu'était la Cour, ce genre de situation était inadmissible. Un Comte n’avait pas à servir de rive à un pont humain improvisé par un simple page! Pourtant, sans le concours de Saint-Aignan pour l'aider à se rétablir, Giovanni était perdu. Monsieur lui était certes très attaché, mais il ne supporterait pas de se retrouver éclaboussé par le ridicule. Un plongeon dans la baignoire ducale le réexpédierait donc illico dans son pays natal, et cela, il ne le souhaitait à aucun prix...

Totalement inconscient du drame qui se déroulait dans son dos, Philippe jouissait pleinement des bienfaits du savant massage qui lui était prodigué. Il n’en poursuivait pas moins la conversation avec le Comte.


Ah mon cher François… Vous qui êtes un peu ici le maître patenté des intrigues et rumeurs, telles que je les affectionne ! Parlez-moi donc des derniers bruits qui circulent ces temps-ci à la Cour. Mon long séjour à Saint-Cloud, loin de cet Astre générateur de toute vie, a fait naître en moi de sérieuses lacunes…

Quiconque eut pénétré dans le Cabinet des Bains à cet instant eut été secoué d’un incompressible fou rire, tant le pont humain Giovanni/Saint-Aignan était risible. L'un, les muscles bandés tentait désespérement de conserver un équilibre bien improbable, l'autre, suant comme jamais, devait certainement sentir ses épaules se détacher du reste de son corps à grande vitesse...

Au loin, noyé dans la brume, le scandaleux Duc d’Orléans se faisait masser.

Quoi ? Comment ? Une situation aussi indécente se déroulait à quelques mètres seulement d’un tel homme et il en ignorait tout ? L'omniscience est un attribut divin, cela est bien connu...


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Philippe
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MessageSujet: Re: Le Cabinet des Bains   Ven Juin 23 2006, 08:27

La pelouse dirigée par l'équipe de jardinniers royaux et définie par des arbustes taillé avec une précision d'horloger était séparée par de larges chemins jaunâtres de sables et de gravillons poussiéreux et le Soleil était presque à son zénith lorsqu'un fiacre noir, aux rideaux d'un bleu turquoise magnifique, tiré par un cheval habillé d'une robe blanche pure rappelant la mythique monture de Béllérophon et de Persée et mené par un vieil homme à la barbe blanche fournie, au blanc et lourd manteau chaud annonçant la fin de l'automne et le début de l'hiver, au contraire des grands arbres aperçus au loin qui, eux, perdaient peu à peu, tristement, leurs magnifiques et imposantes feuilles rougeâtres, souleva en l'air un nuage poudreux sur les voies de la demeure souveraine. Il arriva rapidement devant l'immense Escalier en Fer à Cheval et la monture s'arreta dans la Cour du Cheval Blanc.

Le vieux conducteur déscendit précautionneusement, ses pas firent un bruit ecrasé sur le sol jusqu'à la porte, qu'il ouvra, d'où en sortir un petit homme au nez fin et en trompette, aux yeux minuscule et sombre et aux lèvres couleur sang. Il était vêtu de pantalons oranges à rayures marrons horizontales et d'un veston des mêmes teintes d'un coton doux mais chaud sous laquelle une chemise blanche donnait un éclat lumineux à l'ensemble, le tout surplombé d'un couvre-chef rouge raillé vert, avec une large plume d'oie jaune qui en tombait sur la frêle épaule gauche du jeune homme, qui ne semblait pas avoir plus de dix huit ans.

''Et bien, Pierre, nous voici arrivé.''
_Effectivement, Monsieur le Chevalier. Je suis heureux d'être rentré, ce voyage fut harassant.
_Tu peux aller vaquer à tes occupations, je vais voir Monsieur.''

Le vieil homme sortie une pipe, qu'il remplit d'un tabac odorant qui vint chatouiller le nez de monsieur le Duc et qu'il alluma. Il se mit à tirer à une fréquence rapide et alla se rassoir sur son fiacre, ordonna à la monture d'avancer et partit. Le Chevalier de Lorraine se trouva alors seul face à l'immense batisse de pierre blanche et à l'escalier noir en fer à cheval, prouesse du Beau dans tout sa splendeur. Il en gravit les marches de roche et un garde posté devant la porte rouge à poignée d'or lui ouvrit.Le Seigneur traversa le château en direction des appartements de Monsieur, entendant ici et là les gémissements sonnant faux d'une maîtresse, un fort souffle masculin, un fou qui répetait, un page qui apprenait, un vieux noble qui enseignait. Des pages courraient à servir leur maître, des nobliaux agaçaient de flatteries quelque puissance, des serviteurs s'affairaient à être disponibles. La vie de cour. Me voilà enfin revenu...

Au bout d'une dizaine de minutes de marche, j'arrive aux appartements de mon cher ami. Un garde m'ouvre la porte et je pénètre à l'interieur. Haut de plafond peint, l'appartement était richement meublé, entre les canapés de velour rouge, les tables dorées, les fauteils de bois vernis. Sur l'un d'eux se redressa un petit page, habillé tout de vert d'eau, avec des touches de vermeille à la chemise. Son nez aquilin et son menton carré contrastaient avec sa large bouche et ses imposants yeux verts pastels, ses long cheveux bruns lui donnait un air séducteur à souhait. Tout le talent de Monsieur à choisir ses pages.

''Bien le bonjour, monsieur le Chevalier de Lorraine. Cela faisait longtemps que l'on ne vous avait vu, c'est un plaisir !
_Bonjour Raphaël, peux-tu me mener à Monsieur ?
_Il est au Cabinet des Bains. Il est en compagnie de François de Saint-Aignan, mais je pense qu'il sera heureux de vous savoir présent. Je vous accompagne.
_Merci bien mon petit.''

Ils marchèrent le long d'un couloir qui, au fur et à mesure que l'on avançait devenait incroyablement chaud. L'air, tel un gaz dans une pièce étroite, s'introduisait dans vos poumons, vous faisait toussoter, vous brûlait les bronches, vous mordait la trachée, vous rechauffait la salive, vous gonflait la langue, vous faisait tourner la tête et vous floutait la vue. On avait l'impression d'une fournaise où quelque Phenix serait enrhummé. Enfin au bout, la fumée s'échappait du bas de la porte. Raphaël ouvrit la porte et annonça le chevalier.

''Monsieur le Duc Philippe de Lorraine, dit le Chevalier de Lorraine.''

Il baissa la tête et s'écarta pour laisser le nouvel arrivant qui s'avança dans le Cabinet des Bains et prit la parole de sa voix qui donnait l'impression d'un murmure, quelle que soit la distance et la force qu'il y mettait. En ce lieu où l'on ne voyait qu'un épais brouillard, elle donnait l'impression d'en émaner.

''Bien le bonjour Monsieur. J'ai connu cette pièce bien plus chaude, aviez-vous l'intention de remonter la température de quelque moyen ?''
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Saint-Aignan
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MessageSujet: Re: Le Cabinet des Bains   Mar Juin 27 2006, 08:37

D’après la Bible, l’homme connut les délices de l’interdit, de la chair et du vice suite à la remarquable _ irréfléchie, mais néanmoins remarquable _ action maraîchère commise par cet être infiniment ravissant et sensible qu’est la femme.

C’est ainsi que voyait St Aignan l’ensemble de ces créatures, hormis la sienne, qui peuplaient la terre et qui avaient été modelées à partir de l’une des côtes d’Adam.
Jeune, François s’était parfois palpé le torse en cherchant à trouver le vide héréditaire que lui avait laissé la main de Dieu par cet os manquant.
Mais les élucubration biblique s’arrêtaient là. St Aignan était bon chrétien mais il était surtout poète, et poète a-mou-reux.

Autant dire qu’il restait, et resterait, toujours et à jamais fidèle au « divin ange de la nature », à « l’adorable être céleste », au, pour faire moins dans l’originale, « beau sexe », à la femme, enfin.

On avait donc besoin de ce minuscule rikiki incipit pour bien faire comprendre au lecteur toute la gêne que ressentait le pauvre homme en cet instant.
Ce n’était pas tant d’être dénudé en public, ce n’était pas tant d’être observé sous toutes les coutures… euh… ossatures… ni de n’être qu’en présence du maître de la turpitude et de devoir lui faire la discussion ! Non, c’était plutôt le pas si étrange sentiment de solitude qui lui mordillait le cœur.
Il était en effet bien seul, un cheveu dans la soupe, un cheveu qui s’est toujours, toujours battu avec acharnement pour qu’on le considère comme un homme probe et vertueux, dans une soupe bouillonnante du vice qu’aimait à répandre le duc d’Orléans sur la Cour de France.

Le Duc lui tournait le dos à présent, goûtant avec plaisir les massages ciblés de ces pages au corps sculptés comme par le divin _ et surtout l’inverti _ Michel-Ange.
Le petit Giovanni devait lui se déboutonner dès à présent la chemise, et François se surprit à sourire. A son tour de se gausser !
Oh ! Bien sûr, pas pour longtemps…
Ce n’était pas le petit Giovanni, qui devait faire la conversation au Duc, ce n’était pas le petit Giovanni, qui devait se faire masser, nu, par le petit Giovanni !
Rah et puis de toute façon, quelle bassesse que la vengeance ! hein ?

« Allons donc François ! Détendez-vous ! Vous n’êtes point prisonnier du Cabinet du Roi, forcé par les joies de l’Etiquette à jouer à la perfection votre rôle de courtisan ! Il se trouve simplement que j’apprécie tout particulièrement les charmes de votre conversation… »

Allons donc, François ! caricatura-t-il, en pensée, bien sûr ! Allons donc, François, ton calvaire ne fais que commencer !

Le comte sourit faiblement, faisant contre mauvaise fortune méchant cœur, et amorça sa lente descente vers le centre du bassin ou celui de l’enfer…

Brusquement, inopinément, fortuitement, importunément, soudain…. Boum !
Oui, oui « boum ! », tout à fait.
Saint-Aignan faillit être projeté à terre par l’impact d’un ETNI (être tombant non identifié) qui vint lui broyer ses épaules.

Le comte pivota la tête au risque de se briser la nuque (en plus des épaules, ça serait la totale) et crut bien apercevoir le visage juvénile et embarrassé (c’est un euphémisme) de Giovanni.
François lui adressa un sourire sarcastique avant de se faire héler du Duc.

« Ah mon cher François… Vous qui êtes un peu ici le maître patenté des intrigues et rumeurs, telles que je les affectionne ! Parlez-moi donc des derniers bruits qui circulent ces temps-ci à la Cour. Mon long séjour à Saint-Cloud, loin de cet Astre générateur de toute vie, a fait naître en moi de sérieuses lacunes… »


Durant une minute, François resta complètement immobile. Il était lui-même dans un équilibre précaire, ses jambes pouvant flancher à tout moment, et il ne doutait pas que l’autre devait l’être aussi.
C’est certain qu’appuyé à l’horizontal comme il l’était, le jeune garçon ne manquerait pas de choir au premier mouvement de son appui.

Un instant, le comte hésita à bouger quand même, quoique cela relève du complet sadisme. Il renonça finalement, en proie à une vague de pitié pour les chevilles de l’italien.

Et pendant qu’il réfléchissait à une manière de s’en sortir sans ridicule, il débitait toutes sortes d’imbécillités qu’on nomme communément ‘rumeur’ avec le machinisme de l’habitude.

-Avec grand plaisir, Duc. Pour le moment, je ne vois qu’une chose essentielle que Votre Seigneurie a manqué, c’est l’entrée remarquée du Prince Farnèse de Savoie-Carignan à la loterie.

Là, François prit une légère pause le temps de souffler. C’est que ça fait mal, de se faire émietter les omoplates !
Nonobstant la douleur, il continua sur un ton tout à fait badin :


-Loterie dont les bribes ont dû vous parvenir…

François était certain que Monsieur, le Scandale incarné, se serait plu à cette soirée… nul doute donc qu’il en avait pris connaissance !

- Le déshonneur d’une jeune fille, celui d’un prince, et c’est là, tel l’ange exterminateur de l’apocalypse qui enverra les mécréants en Enfer, qu’apparut l’Autre prince, celui qui fit enrager le Roy votre frère en accusant Sa compagnie des mousquetaires.
Mais il ne s’arrêta pas là et alla jusqu’à reprendre Vaux et y préparer une fête, sûr que Sa Majesté ne pourrait refaire deux fois la même arrestation que celle de Fouquet.

Et tandis qu’il débitait son moulin de paroles afin d’occuper Le Frère, François levait lentement les mains et agrippait les poignets de Giovanni…

-Bien entendu il semble que Le Roy ait autre chose à faire que de s’occuper de ce prince en ce moment.

François savait que persifler sur Louis était le sport préféré de Monsieur… aussi en rajoutait-il des couches tandis qu’il cherchait une bonne prise au bras du page, malheureusement lisse et glissant…

-Il ne s’affiche plus avec ses maîtresses, elles semblent presque le fuir… Ou bien est-ce Lui, qu’on croyait infatigable, qui prendrait une pause. D’autre part on dit que Jean Racine, le nouveau dramaturge à la mode, serait tombé en disgrâce auprès de Sa Majesté.

François n’en était pas sûr de ça. Mais Monsieur lui réclamait des rumeurs, alors il lui donnait des rumeurs ! Même si c’était lui qui venait à l’instant de les lancer. C’était surtout que, connaissant Racine, il savait que s’il n’allait faire quelque esclandre, le dramaturge irait de lui-même aller voir ailleurs qu’à la Cour de Fontainebleau. Tout cela revenait bien entendu à une disgrâce, donc.
Et quoique l’entrevue avec son ex-protégé était encore fraîche et lui faisait mal au cœur, le comte n’hésitait pas à pousser des commérages sur son compte. Ce n’était plus son pupille, il n’y avait pas à avoir de scrupules.

Ca y est, le comte y était presque ! Il allait enserrer de sa poigne de fer le bras malingre du jeune garçon…

''Monsieur le Duc Philippe de Lorraine, dit le Chevalier de Lorraine.''

François lâcha tout et Giovanni appuya de nouveau tout son poids sur ses épaules. François fit la grimace mais ne dit rien.

''Bien le bonjour Monsieur. J'ai connu cette pièce bien plus chaude, aviez-vous l'intention de remonter la température de quelque moyen ?''


-Et bien oui, par exemple, par quelques massages ! C’est très … vivifiant et très… fortifiant…

On ne peut qu’avouer que le comte prenait ses aises . Mais qu’avait-il à perdre ? Se faire chasser du bain dans la tenue d’Adam ? Allons…

Il jeta un coup d’œil derrière lui, un regard noir adressé à son « masseur ». Soudain la réponse lui vint d’elle-même :
Il recula, lentement, cherchant à ne pas attirer ni l’attention du Duc, ni celle du chevalier, et petit à petit espérait faire reprendre appui sur le sol à Giovanni…
Il fit tout de même, autant mettre toutes les chances de son côté, une petite prière silencieuse…
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Monsieur
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MessageSujet: Re: Le Cabinet des Bains   Jeu Juin 29 2006, 19:35

Imaginons un instant l’étrange scène que voilà : un jeune homme d’une vingtaine année se faisant masser par deux éphèbes aux formes aphrodisiaques, un jeune garçon, d’une beauté comparable à celle du juvénile Cupidon, et, pour finir… un Comte lorgné par la sénilité et perclus de rhumatismes.

Mais que diable venait donc faire cette relique d’un autre âge au milieu d’un tel bain de jouvence ?

C’était certainement la question que devait se poser le malheureux Saint-Aignan : quel nouveau fantasme de ce si original Duc sa présence était-elle sensée satisfaire ?

A dire vrai… Monsieur lui-même l’ignorait. Il n’avait bien entendu pas envisagé une seule seconde de s’esbaudir joyeusement avec cet ancêtre, en organisant une lubrique partie de cache-cache dans les profondeurs du Bain. Non, mais Son Altesse s’ennuyait mortellement. Pour un être de sa condition, c’était certainement là une raison suffisante pour contraindre sur l’heure un brillant courtisan à lui révéler son intimité. Mais il y avait plus encore. A Saint Cloud, le vice est Roi : persifler ne procure aucune jouissance. A l’inverse, dans le carcan si étouffant de la Cour, cela devient un plaisir ô combien raffiné, pour qui sait en tirer profit. C’était le cas du Duc : en connaissant l’Etiquette sur le bout des ongles, il pouvait tout se permettre… dans l’ombre. Le Comte de Saint-Aignan, le plus prodigieux intrigant de la Cour devenait alors un convive de choix.

Dans un état qui frôlait la transe extatique, Philippe, tout frissonnant des musculeuses caresses de ses mignons, écoutait le Comte remplir sa tache avec brio : le déversoir à médisances numéro un de la Cour tournait à plein régime.

En commençant par évoquer le royal désastre que fut la loterie de son infortuné frère, Saint-Aignan combla Philippe de bonheur : d’extatique, la transe de Son Altesse en devint orgasmique.


Oui, j’ai ouï dire les déboires de Sa Majesté lors de ce légendaire divertissement nocturne. Nul doute qu’elle y laissa des plumes… Malgré la pléthore de qualités dont il est royalement pourvu, ce pauvre Louis n’a jamais su divertir qu’à ses dépends… Vous rappelez-vous cette soirée d’antan où il était apparu travesti en soleil ? On l’eut dit monté sur échasses tant ses pas étaient grotesques !

La première salve venait d’être tirée. Cible : Sa Majesté. Objectif : atteint. Instructions : rechargez les canons.

Et que dire du Grand Condé, notre Très-Eminent-et-Très-Noble-Cousin, métamorphosé en algue géante ? Je ne lui savais pourtant pas le pied marin… Quel réjouissant spectacle cela devait être… J’espère pour lui qu’une anémone a eu l’heureuse idée de se greffer sur ses traits, histoire de dissimuler les œufs d’autruche qui lui servent d’yeux, le poireau qui lui fait office de nez, et la pourriture dont sont faites ses dents !

Les canons avaient de nouveau grondé. Cible : le Prince de Condé. Objectif : … détruit.

Il m’eut assez plu d’assister à cette folle soirée. De plus, vous prétendez qu’un angélique Prince avait choisi cet instant pour faire une apparition remarquée à la Cour ? Il était beau n’est-ce pas ? Qui est-il ? D’où vient-il ? Que veux-il ? François, je veux tout savoir de lui ! Mais par tous les dieux ! Que ne m’avez-vous fait prévenir Saint-Aignan !

Mais déjà, François enchaînait sur les maîtresses du roi… ou plutôt… sur l’absence de maîtresses. L’occasion était trop belle pour Monsieur.

Saint-Aignan ! Vous m’étonnez ! Vous qui êtes l’oreille la plus affûtée de la Cour, vous ne savez donc pas ? Sa Majesté est en effet en pause… forcée… Les médecins ont tenté l’impossible, mais rien n’y fait ! Même une infusion de gingembre le laisse de marbre !

Bien entendu, cette odieuse rumeur venait de naître dans l’esprit pervers du Duc. Mais Saint-Aignan se chargerait bien d’en faire très rapidement les gorges chaudes de la Cour…


Pendant que durait cette Saint Barthélemy verbale, Giovanni faisait endurer à ses membres un supplice digne du malheureux Sisyphe.

Bien que, du haut de ses douze ans, il ne pesât pas bien lourd, il sentait les forces de son involontaire support décliner. La chute semblait inévitable… Enfin, le Comte parvint à saisir les maigres poignets de l’enfant, et commença à reculer lentement, lentement… Et puis la situation revint brusquement à son point de départ.

Satan en personne venait de pénétrer en Enfer. Non, il était déjà présent… Disons plutôt son adjuvant, son lieutenant le plus fidèle : le Chevalier de Lorraine l’homme le plus sulfureux du royaume…

Giovanni détestait cet individu du plus profond de son être. Non pas qu’il le considérât avec effroi, mais plutôt avec dégoût. On aurait tort d’imaginer Giovanni comme étant un malheureux enfant tombé dans les griffes de l’inverti Duc d’Orléans. Il n’en était rien. Avec un rien d’audace, il était même possible d’imaginer l’inverse… Séduire le Duc, le mettre à sa botte, était son objectif, et le Chevalier était un obstacle gênant sur sa route…

Heureusement, le Comte parvint à retrouver son sang froid, se mit à reculer lentement vers le bord, et fit reprendre un appui durable à son involontaire passager.

Aussitôt, Giovanni pénétra dans le bain, qui lui arrivait jusqu’au cou. Il s’approcha de son sauveur, et entama un lent mouvement des mains sur son dos. Ce faisant, il approcha ses lèvres de son oreille, et chuchota :


Merci Monsieur


Lorsque l’on annonça le Chevalier, Philippe sentit son cœur faire un bond dans sa poitrine. Lui ! Enfin…

Mais avant qu’il n’ait proféré une seule parole, le Comte avait déjà lancé une réponse au Chevalier. Philippe en resta abasourdi. Quels accents sulfureux Saint-Aignan avait mis là dans sa voix ! Son commentaire était… une véritable invitation à la débauche… Se pouvait-il que… Non… Cela était impossible… Saint-Aignan, lubrique ? Adepte du pêché de chair entre hommes ? Et pourquoi pas ? Son intervention était, en ce sens, édifiante !

Se retournant vers le nouvel arrivant, Philippe s’écria :


Cher ami ! Quel plaisir de vous revoir ! Je ne m’étonne pas de la froideur qui glace encore vos sens. Vous êtes bien trop habillé pour un tel lieu ! Otez donc ces misérables hardes pour revêtir votre éclatante robe d’Adam, et rejoignez-nous.

Il marqua une petite pause, savamment orchestrée, et ajouta, d’une voix délicieusement sulfureuse :

Je vous présente le Comte François de Saint-Aignan, un homme dont je découvre les savoureuses préférences…
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Adrien de Chastignac
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MessageSujet: Re: Le Cabinet des Bains   Ven Juil 21 2006, 15:06

[Ca va bientot faire un mois... Lorraine a prévenu où bien on l'attend plus ?]

_________________
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Philippe
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MessageSujet: Re: Le Cabinet des Bains   Sam Aoû 05 2006, 18:34

[désolé, j'avais prévenu que j'étais en vaccances, mais de plus, je n'ai plus de temps pour RP. Je m'en vais faire un RP ce soir même assez rapide qui marquera mon retrait auprès de mon père, comme ça dès que j'aurais plus de temps, je pourrais revenir. ]

"Comme il est plaisant, Monsieur, de voir que vous vous faites fort bien à mon absence ! Je viens ici pour vous prévenir que la durée de mon séjour auprès de mon père sera fort longue. Il me devait de venir vous en informer en personne. A dieu mon ami, et n'hesitez pas à passer me voir."

Le Chevalier de Lorraine sortit de l'etouffante salle après d'âpres salutations, et fit demander qu'on le raccompagne en son pays natal.

[ Voilà, c'est court et fort mauvais, mais je n'ai ni le temps, ni l'inspiration. Je m'en excuse fortement. ]
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MessageSujet: Re: Le Cabinet des Bains   Sam Aoû 19 2006, 10:59

[oh crotte! mais j'avais rien vu!
Et tu me dis rien Oli w00t
Tu es im-par-do-nable hmmm t'as vu combien de temmps je te fais attendre maintenant ? ]
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Saint-Aignan
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MessageSujet: Re: Le Cabinet des Bains   Jeu Jan 04 2007, 17:39

Dieu du ciel!

Certes, nous avons dit plus haut que le comte de Saint-Aignan faisait plus référence à son esprit qu'à l'esprit saint, néanmoins... il lui arrivait de faire quelques exceptions.

Dans son cas présent, notamment, il ne pouvait plus douter que son seul recourt résidait dans les mains de celui qui logeait très là-haut, car la situation dans laquelle il s'était embourbé ne pouvait être qu'une oeuvre de ce cher et au combien... chaud... Méphistophélès.

Assis nu dans son bain bouillant, la peau rougie, un prince aux moeurs plus que douteuses juste en face de lui, le plus fidèle jouet sexuel de l'Altesse dans son dos, il était... comment dire... dans la position du sandwich ?
Oui, c'est cela... et il jouait le rôle de la tranche de jambon!

François se promit qu'en sortant de ce lieu de perversité, il irait illico presto porter plainte pour viol!

L'arrivée de Lorraine, avait néanmoins eu pour avantage d'interrompre l'éruption verbale de furoncles sur les illustres portraits des grands de ce royaume. Seul le prince de Savoie-Carignan que St Aignan avait qualifié 'd'Ange de l'Apocalypse' semblait avoir retenu l'attention du prince, dont la voix avait parut aux oreilles du comte, soudainement plus aiguë.

Alors que François attendait, pétrifié, la suite des évènements, une main lisse d'Angelot de Michel Ange lui frôla le dos, lui massa l'épaule endolorie, de fines lèvres s'approchèrent de son oreille, lui susurrant un doux "merci monsieur" : François sursauta, surpris, dégoûté, répugné, nauséeux de se faire ainsi aborder dans un tel lieux.
Le frisson qui lui parcourut le dos se calma lorsqu'il tourna la tête et crut reconnaître Giovanni qu'il avait complètement oublié. Sa poitrine se libéra d'un poids qu'il n'aurait jamais imaginé porter jusqu'alors.
Mais enfin! C'est vrai, quoi! On accoste pas les gens par derrière comme ça! Ca peut prêter à confusion...
Et comment dire... François tenait à garder son derrière... intact...

Mais alors qu'il se sentait soulagé de n'avoir fait qu'une méprise, une autre méprise, celle du duc, cette fois, eut le don de le mettre de nouveau mal à l'aise.

"Je vous présente le Comte François de Saint-Aignan, un homme dont je découvre les savoureuses préférences…"

François, interloqué, respira de travers (oui... oui..) et crut s'étouffer durant un moment. S'il avait été rouge, il devint désormais pourpre!
Quoi ? Comment ? Une remarque qui s'était voulue sarcastique avait été prise, non seulement comme sérieuse, mais comme pleine de sous-entendus licencieux...

Il n'eut pas à répondre, Lorraine déclina l'invitation du duc et sortit de la pièce, tandis que lui-même n'arrivait pas à se remettre de l'interprétation de Monsieur à ses propres mots.

Voilà, a peine avait-il manqué de vigilance deux secondes, et il se retrouvait considéré comme inverti par un inverti!
Souhaitons de toutes nos forces que ce dit-inverti ne soit ni en manque, ni ennuyé de ses jeunes éphèbes et qu'il ne désire pas un peu de nouveauté... une personne toute fripée par exemple...

François, encore une fois, fut pris d'un frisson de dégoût.

Seulement, pouvait-il contredire un prince ? Il n'avait plus qu'a se taire, faire attention à ses arrières, et recevoir la tête haute tous les quolibets qui s'en suivront.

Après un silence qu'il devinait comme lourd de jaugeage, le comte se força a prendre la parole, essayant peut-être de s'extirper de ce lieu qu'il exécrait au plus haut point!


-Son Altesse a-t-elle eut de moi ce qu'elle désirait ? Car, quoique l'on pense sur mon compte, je ne puis faire plus pour elle qu'un rapport de ces derniers évènements.


Autrement dit, je ne peux pas coucher...!
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