1663 : Face aux Feux du Soleil

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 La Cour des Miracles

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Luther A
Invité



MessageSujet: La Cour des Miracles   Mer Juil 19 2006, 10:54

Luther Alexandre Calvin se dirigea vers le cœur de la Cour des Miracles, située en une place d'une grandeur très considérable et en un très grand cul-de-sac puant, irrégulier, et qui n'était pas pavé. Pour y venir, il s’y égara souvent dans de petites rues vilaines et détournées. Pour y entrer, il fallait descendre une assez longue pente tortue, raboteuse et inégale.
Jetant les yeux autour de lui, il était en effet dans cette redoutable Cour des Miracles, où jamais honnête homme n'avait pénétré à pareille heure. Cercle magique, où les officiers du Châtelet et les sergents de la prévôté qui s'y aventuraient disparaissaient en miettes. Cité des voleurs, hideuse verrue à la face de Paris. Égout d'où s'échappait chaque matin, et où revenait croupir chaque nuit ce ruisseau de vices, de mendicité et de vagabondage toujours débordé dans les rues des capitales. Ruche monstrueuse où rentraient le soir avec leur butin tous les frelons de l'ordre social. Hôpital menteur où le bohémien, le moine défroqué, l'écolier perdu, les vauriens de toutes les nations. Espagnols, italiens, allemands. De toutes les religions, juives, chrétiennes, mahométanes, idolâtres. Couverts de plaies fardées, mendiants le jour, se transfigurant la nuit en brigands. Immense vestiaire, en un mot, où s'habillaient et se déshabillaient, à cette époque, tous les acteurs de cette comédie éternelle que le vol, la prostitution et le meurtre jouent sur le pavé de Paris.
Cette association possédant un réseau d’informateurs partout dans la capitale ainsi que dans l’ensemble du pays, Jean de la Bruyère avait décidé de faire appel à Clopin, le Cagou, roi de la cour des miracles, chef suprême, avec le droit de vie et de mort sur chacun des membres. Jean avait eu l'occasion de lui sauver la vie, face à quatre gardes du lieutenant-général de la police Gabriel Nicolas de la Reynie. Lequel était chargé de mettre fin à la Cour des Miracles, et qui s'y employa avec hardiesse : maisons rasées et envoi aux galères de 60 000 mendiants et faux estropiés, marqués au fer rouge.
Il avait demandé à Luther Alexandre de lui rendre ce service, de se rendre à sa place et en son nom, demander au roi de cette cour, son aide.
Heureusement, Jean est connu dans la rue, et son nom est aussi connu que celui de Clopin le Cagou, et c’est un laissez-passer.
N’empêche que Luther Alexandre, tout courageux et téméraire qu’il est n’en mène pas large.
Et s’il a accepté de rendre ce service à son ami de Labruyère, c’est que lui aussi voudrait rencontrer le Cagou, car ils ont un ennemi mortel en commun. Le lieutenant-général de la police Gabriel Nicolas de la Reynie, dirigeant des persécutions contre les protestants
D’une stature imposante, richement vêtue, des cheveux noirs lui tombant sur les épaules. Le visage dur, mais gardant une certaine séduction. Clopin le Cagou. Luther Alexandre peut le constater, Clopin est sérieusement protégé.
Ils discutèrent un bon moment, presque toute la journée. Après quoi, le chef suprême donna sa parole de faire mener l’enquête concernant le petit Charlot.
Puis, le Cagou ordonna à trois de ses hommes d’escorter Luther Alexandre jusqu'à la sortie de la cour, lequel n’était pas mécontent de retrouver le monde civilisé. Il était bon pour un grand bain, avec cette odeur qui collait à ses vêtements.
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Baudouin
Invité



MessageSujet: L'Archiatre rend visite à Clopin   Jeu Aoû 17 2006, 20:42

Revenir "Au Mortier d'Or" - 2 jours plus tôt

Baudouin avait été invité, en fin de matinée, à se présenter rue du mail, dans le quartier de la paroisse St Eustache. Après avoir donné son identité au valet de service, ce dernier l’avait conduit dans un petit bureau du deuxième étage de l’immense bâtisse notariale. Maître Charles Sainfray l’avait alors reçu, avec cet air débonnaire de ceux qui ne manquent de rien dans la vie. Le jeune avoué, après lecture du texte officiel, confirmait donc la donation testamentaire de Maître Brégniol, joaillier de son état. Baudouin ne retint de cet entrevue qu’une seul chose ; les trois cent soixante milles livres estimatives de biens et propriétés du bourgeois.

Alors qu’il pénétrait dans les basses rues avoisinant la cour des miracles, un sourire enjoué garnissait toujours son visage ridé. La rareté d’une telle mimique ne passant pas inaperçue dans ce monde suspicieux et aux aguets, sur son passage, les malfrats et autres tire-laines, murmuraient son nom avec inquiétude. ˝ Lorsque l’Archiatre sourit, la douleur n’est pas loin ˝. La réalité de ce proverbe populaire dans le milieu rendait nerveuses, les ombres qui le croisaient. Tout un chacun redoutait que ses pas se figent devant sa porte et que son regard se pose sur l’un des siens.

Aussi, la rumeur de son arrivée se propagea-t-elle, bien avant que sa canne ferrée ne résonna sous le Porche du Non Retour. Cette porte cochère, gardée de jour comme de nuit par une douzaine d’hommes de main, sans scrupule ni la moindre parcelle d’humanité, marquait la frontière du domaine privée de Clopin, Roi de la Cour des Miracles. La dépasser sans y être invité, signifiait la mort dans le meilleur des cas.

De par sa réputation et surtout sa position au sein de cette cour de l’ombre et de la bassesse, Baudouin n’était pas sujet à cette interdiction. Malgré tout, il se figea, ses deux mains gantées de noir posées sur le pommeau travaillé de sa canne. Il rejeta son manteau de laine de sa bosse, et relevant sa tête afin que les deux lanternes accrochées de part et d’autre de la porte éclairent son visage, il s’adressa aux visages invisibles depuis la rue :
- Mon Seigneur et Roi peut-il recevoir son humble serviteur, l’Archiatre Bossu ? La voix était forte et un nuage de brume s’éleva dans l’air glacial de l’hiver.
- Il vous espérait depuis deux jours ! La réponse provint du première étage sans surprise. Vous pouvez entrer bien évidemment, Messire Archiatre.
- Le bandeau, je vous prie ! Baudouin ferma les yeux et attendit patiemment.
- Vous pourriez vous en passer Archiatre. Clopin vous a donné sa confiance ! La même voix se trouvait à présent au niveau du sol, à quelque pas du Bossu.
- Aucun Homme ne peut affirmer qu’il supporterait les fers du Châtelet ou les braises de la Bastille. Le bandeau est mon Honneur ! Je vous prie !

Une présence se fit à ses côtés et un lourd tissu fut passé sur ses yeux. Une main se posa sur sa bosse, et il suivit comme à son habitude le pas lent de son guide, dans le noir le plus absolu. Après plusieurs passages, ruelles, arrières-cour et enfin un escalier pentu, Baudouin retrouva la vue dans une immense pièce décoré avec goût et auprès de laquelle, Fontainebleau aurait difficilement rivalisé. En tous les cas, c’était la rumeur qui le disait.

Sur un trône incrusté de pierreries, monté sur une estrade couvertes de lourds tapis épais, Clopin regardait l’un de ses plus fidèles lieutenants. Deux gardes du corps encadraient le siège royal. Un sourire sur les lèvres, invisible à Baudouin sous le masque en forme de lune, le monarque des bas-fond de Paris l‘invita à s’approcher et à s'asseoir sur le siège prévu à cet effet, d’un geste de la main. Plusieurs serviteurs desservaient la table encore couverte de plat et mets raffinés. Le silence ne fut rompu qu'après leur départ. Sa voix résonnant étrangement derrière le masque lunaire porté comme un pied de nez au Roi Soleil, Clopin s’exprima avec chaleur :
- Mon cher ami, avais-tu encore besoin de ce bandeau ridicule ? Je sais, tu vas encore me parler de sécurité. Si tout mes fidèles étaient aussi protocolaires que toi, cela deviendrait pire que dans le Bureau des Placets de ce cher Louis ! Enfin, n’en parlons plus ! Je me suis fais une raison depuis les années que nous nous connaissons.
Sur une geste, l’un des gardes apporta une carafe et deux verres sur le petit guéridon ouvragé et servit les deux interlocuteurs.
- Tu désirais me voir ? Je t’écoute !
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Baudouin
Invité



MessageSujet: Re: La Cour des Miracles   Lun Aoû 21 2006, 17:54

Baudouin était resté deux journées entières à la Cour des Miracles. Sa volonté propre ayant été perturbée par les besoins de soins de plusieurs membres de la garde de Clopin, il s’était installé dans l’appartement qui lui était alloué lors de ses visites. Une tentative d’incursion des hommes de la prévôté s’était heureusement soldée par un échec cuisant pour ces derniers. Malgré tout, plusieurs combattants du Royaume de l’Ombre portaient de mauvaises blessures. Les conditions d’hygiène déplorable de ce quartier avaient rapidement aggravé les profondes estafilades. Et l’Archiatre avait dû réalisé des miracles de chirurgie, en hâte.

Le front ruisselant de sueur malgré le froid hivernal, Baudouin sortait à peine du grand hall des débats transformé en hospitalerie pour l’occasion, lorsque Croc l’interpella. L’homme s’inclina avec ce respect teinté de peur qui caractérisait ceux pour qui les secrets de la médecine et de la chirurgie ne pouvaient qu’émaner des noirceurs du monde des sorciers. Quand en plus ils étaient pratiqués par un être difforme et bossu, pour sûr, il y avait du Malin là-dessous :
- Sa majesté Clopin vous mande de toute urgence, Monseigneur ! Écartant son bras portant un crochet à la place de la main, il parut lui indiquer la direction à prendre.
Le bossu se retourna vers l’ouverture du hall et donna quelques recommandations à ses deux aides :
- Alimentez les braseros jusqu’à ce que vous transpiriez, sans bouger ! Il doivent être tenu au calme et leurs bandages changés toutes les six heures. Même s’ils réclament, ne leur faite boire aucun liquide, humectez leurs simplement les lèvres. Évitez les courants d’air et surtout ne les touchez pas avant de vous être lavés les mains avec l’eau vinaigré que j’ai préparé dans la bassine. Si la fièvre tombe avec l’aube, ils vivront.

Il se tourna alors vers l’homme de confiance et le toisa de ce regard froid et intense qui le caractérisait. Il regarda le moignon et l’étrange instrument qui avait valu à l’homme de ˝ main ˝, son surnom. Un sourire se dessina sur son visage harassé par deux jours sans sommeil :
- Ressens-tu encore la présence de ta main de temps en temps ? La question hors de propos surpris l’interpellé.
- Euh, ... non Archiatre ! Depuis plusieurs mois !
- Bien ! Donc, tout est parfait ! Ce crochet te comble et tu es habitué à le voir au bout de ton poignet ? Son regard remonta le long du bras et fixa l’homme.
- Oui, Monseigneur ! Vous avez fait un excellent travail et je n’aurai de cesse de vous louer de mes remerciements.
- Alors évite de l’utiliser à mauvais escient, pour me montrer un chemin que je connais par coeur. Fais-moi encore une fois cet affront, et je t’opère sans gnôle pour te mettre ce crochet au niveau de l’épaule !
- Je ...
- Hors de ma vue ! Je ne suis pas d’humeur à discuter avec un coupe-jarret de cul de basse-fosse.
L’homme n’insista pas et disparut dans la nuit, sachant qu’il ne servait à rien d’insister lorsque l’Archiatre était de méchante humeur.

Lorsque Baudouin pénétra dans la salle d’audience, Clopin écoutait attentivement une jeune enfant vêtue de haillons qui agrémentait son rapport de larges gestes. Le masque de lune se releva un instant vers le nouvel arrivant et un signe de la main l’invita à s’approcher. L’enfant sursauta en sentant une présence derrière elle. Elle frissonnait de froid ou de peur, ou des deux à la fois ! :
- Répète ce que tu me disais, mon enfant ! L’Archiatre doit entendre tout ce que tu as à me dire. La rassura Clopin.
- L’homme était grand, avec des longs cheveux noirs et un anneau d’or à l’oreille gauche. Il avait sur l’épaule un petit singe tout gris qui sautillait sur place. Les petites mains aux ongles sales mimèrent les sautillements en petits bonds saccadés.
- L’avais-tu déjà croisé à la Cour ? Demanda Baudouin sans savoir le fin mot de l’histoire.
- Oh non ! Je ne l’avais jamais vu et c’est ça qui m’a fait bizarre, Archiatre. Parce que tous les gitans de Paris savent bien que l’on ne peut pas se produire sans l’autorisation de mon Roi. Un large sourire illumina le jeune visage qui s’inclina respectueusement devant Clopin.
- Courtisane à ton âge ? Tu iras loin Rose ! Mais continue, veux-tu ? Le Roi s’enfonça dans son fauteuil.
- L’homme proposait aux Bourgeoises un fard capable de faire succomber le plus bel homme du royaume à leurs charmes ! Elle mima de se pâmer. Cette enfant avait véritablement un talent pour la comédie. Mais le plus bizarre, c’est qu’à chaque fois qu’une dame lui achetait ce qu’il appelait sa Poudre d’Ange, il faisait discrètement signe à un complice dans la foule et la faisait suivre. J’en ai parlé à Hermina et c’est elle qui m’a demandé de prévenir notre Roi !
Baudouin observa Clopin, les sourcils levés en signe d’interrogation :
- Si c’est un trafic, vos hommes de mains peuvent appréhender ces gitans et les informer de leurs devoir envers la Cour des Miracles, monseigneur.
- Merci Rose, tu peux te retirer ! Ton Roi veille sur toi ! Clopin attendit le départ de l’enfant pour répondre à son Archiatre. Si ce n’était que cela, en effet ! Je ne t’aurais pas dérangé, mon ami ! Mais l’une des clientes, que Rose avait réussi à retrouver pour nous, est morte la nuit dernière dans d’horribles souffrances, et d'après ce que nous avons appris, son visage et son cou étaient couverts de pustules purulentes.
- Vous pensez que le fard en serait responsable ?
- Qu’en penses-tu ? Cela serait-il possible ?
- Bien sûr monseigneur ! Tout est possible à celui qui s’en donne la peine ! Désirez-vous que j’essaie de me renseigner sur ce sujet ?
- Tiens moi au courant Baudouin ! Les incursions de la Prévôté sont de plus en plus fréquentes. Il ne faudrait pas grand chose pour que l’armée soit mise à nos trousses. Et ce genre de chose ne me plaît guère, car quelque soient les coupables de ces manigances, si un tel fard parvient à la Cour de mon homologue, la responsabilité nous retombera dessus. Clopin serrait ses deux mains en un geste inconscient de perplexité et d'inquiétude.
- Je vous ai entendu, monseigneur et j’ai terminé en cette cour pour l’heure! Je rentre à l’instant en mon échoppe ! Baudouin reculait en s’inclinant lorsqu’il se figea. Vos hommes survivront certainement, mais si les soigneurs en ressentent le besoin qu’ils m’avertissent et je reviendrai !
- Merci mon ami ! Le Roi de la Cour des Miracles resta plongé dans ses pensées alors que le bossu quittait la pièce.

Durant tout le trajet qui l’amena dans le quartier bourgeois, Baudouin était perplexe. Qui pouvait avoir un quelconque intérêt dans la mort de quelques bourgeois ? Quels buts poursuivaient-ils en réalité ? Et surtout, la question qui le tenaillait au plus profond de lui était celle qu’il se ferait un plaisir d’élucider, si possible dans la douleur ; quel esprit pervers et certainement génial avait donc conçu cette Poudre d’Ange ?

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