1663 : Face aux Feux du Soleil

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 Appartements du Duc de Styrie

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MessageSujet: Appartements du Duc de Styrie   Mar Juil 17 2007, 06:58

Le Duc avait fait un long voyage jusqu'en France et n'était pas mécontent de l'avoir entreprit car la France ruisselait de splendeurs et d'artifices. Chaque noble portait de belles parures et se trémoussaient dans des boutiques hors de prix.
Le carosse du Duc s'arrêta en bas d'un hôtel fort luxueux. Les valets s'activèrent tout autour du moyen de transport tandis qu'un autre ouvrit ses portes afin que son maître puisse sortir et respirer l'air de Paris.

Un bref moment, Frans demeura silencieux. Le valet qui se positionna à ses côtés, lui indiqua que ses appartements étaient prêt à le recevoir.
Comme si il recevait une claque en pleine figure, le Duc reprit ses esprits et toisa le jeune valet d'un oeil mauvais puis passa son chemin et rejoignit ce bel hôtel.

Une fois dans ses appartements, il se laissa choir sur son lit provisoir. Ses domestiques apportèrent ses bagages et attendirent ses ordres.


- Je n'ai plus besoin de vos services pour le moment. Cependant, faites préparer mon coché, je compte bien aller visiter Paris. J'ai promis à Anna de lui rapporter un beau cadeau de France! (Anna est en fait une jeune femme qu'il a rencontré récemment et avec qui il est en amitié).

- Comme il vous plaira.

Les domestiques s'effacèrent, laissant Frans seul avec lui-même. D'ailleurs il lui suffit de peu pour sombrer à nouveau dans sa mélancolie chérie.
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Jean Racine
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MessageSujet: Re: Appartements du Duc de Styrie   Jeu Juil 26 2007, 21:49

Troisième étage... Pfff, trois étages à monter avec tout ce chargement de parchemins, de plumes et de bouteilles d'encre !
Pourtant, il fallait absolument qu'il conserve quelque part les affaires de son maître.

Voilà ce que c'était qu'un fidèle valet sans instructions préalables. Un dramaturge envolé, une maîtresse comédienne - au premier sens du terme - à consoler, les créanciers à calmer, une troupe à payer et une tristesse à noyer. Quel programme pour de toutes petites épaules...

Car Antoine était un bien frêle garçon, fort peu habitué à prendre des décisions tout seul. Ce fut donc une véritable tragédie, sa tragédie à lui, quand son cher maître disparut dans la nature, sans laisser de trace.

D'abord, il l'avait cru mort suite à son accident avec une voiture de coche. Puis, il avait appris par le Tavernier qu'on l'avait reconnu dans la campagne, près de la demeure de son ami, Cabellion... Le brave Antoine avait essayé de le retrouver mais en vain.

Impossible de mettre la main sur une quelconque information depuis. Avait-il été dévoré par des loups dans la cambrousse ? Etait-il retourné au Château ? Seulement, pourquoi faire ? Et pourquoi sans lui ? Et sans elle d'ailleurs...

Elle. Desdemone. Revêtant perpetuellement le masque de la tristesse et de l'abattement. La scène de la maîtresse délaissée... Peut-être le plus grand rôle de sa vie d'ailleurs !
Enfin, que le maître ait complètement oublié sa bonne amie, c'était tout à fait classique, mais qu'il ait tout simplement abandonné son valet, qui lui était fidèle corps et âme, alors ça, jamais de la vie !

Tout nerveux qu'il était, il voulut ouvrir la porte de la petite chambrette qui appartenait à la famille et laissa dégringoler tout son paquetage sur le parquet. Les parchemins, les plumes passaient encore... Mais les bouteilles d'encre se fracassèrent à grand bruit en éclaboussant Antoine au passage qui déjà maugréait :


- Ah ça, pour sûr mon Maître, vous m'aurez tout fait subir ! Jean Racine, n'êtes-vous donc qu'un pleutre pour laisser à l'arrière celui qui vous a servi jusqu'alors ?!

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Jean Racine
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MessageSujet: Re: Appartements du Duc de Styrie   Dim Oct 14 2007, 14:29

- Alors ? Est-ce un langage à tenir quand on parle de son maître bien aimé mon jeune ami ?

Antoine écarquilla ses petits yeux gris vers la forme amaigrie qui lui tenait ce discours. Forme amaigrie dont la voix était cassée mais tout de même familière, forme amaigrie qui se tenait en contre jour mais qui était pourtant reconnaissable, forme amaigrie mais toujours amplie d'une certaine allure : La forme amaigrie de SON maître Jean Racine !

Le petit valet tomba aux pieds du Dramaturge, faisant fi de l'encre qui maculait complètement ses vêtements et des bris de verre. Presque pleurnichant, il s'écria, hors d'haleine :

- Oh mon maître, mais où étiez-vous donc passé ? Moi qui vous ai chercher partout, de part les rues et les champs ?

Racine sourit légèrement. De grandes cernes soulignaient son regard sombre, ses cheveux étaient en fouillis et avait poussés, sous visage anguleux était blafard. Il ne respirait pas forcément la santé et son ton exténué trahissait son dur voyage :

- Veux-tu ouvrir cette chambrette et me laisser me débarrasser de ces habits afin de m'affaler sur la couche la plus proche ?

L'adolescent acquiesça vivement et fit valser les feuillets et parchemins tandis qu'ils se hâtait de laisser le passage au revenant, qui à bien le regarder, n'avait pas une démarche des plus assurée.
L'Ecrivain regarda un court instant par la fenêtre la ruelle parisienne en contre bas et soupira. Il envoya Antoine lui chercher de l'eau et de quoi se sustenter puis arracha le ruban qui nouait ses cheveux bruns mi-longs avant de dégraffer sa veste.
Il s'assit sur le lit et prit sa tête dans ses mains, soufflant. "Monsieur, Monsieur ! Venez sur le pont, immédiatement !" Ca, il était allé sur le pont de cette odieuse frégate qui ne savait plus choisir entre roulis et tangage. Après, c'était très confus. Racine se souvenait vaguement des embruns lui chatouillant le visage, de l'eau s'abattant sur lui comme une chappe de plomb, du craquement gigantesque du grand mâts s'éffondrant, de la coque qui heurtait les récifs...

L'escapade qui s'était terminée par un naufrage avait été une idée du Prince de Savoie-Carignan. Le Dramaturge tournait comme un lion en cage dans le palais florentin et son Altesse s'était dit qu'un petit voyage vers le nouveau monde réenclencherait l'inspiration déclinante de l'homme de lettres. En effet, l'ayant amené jusqu'en Italie pour qu'il écrive une Tragédie, il s'était désespéré de voir qu'après un mois entier, aucune ligne n'avait été couchée sur le papier. Et fort de son expérience, François-Xavier s'était arrangé pour qu'un navire de commerce emmène Jean Racine vers ces côtes foulées par seulement quelques élus européens.

Seulement, point de nouveau monde mais une traversée atroce qui s'était transformée en véritable cauchemar au milieu d'un océan atlantique déchaîné. Et dire que l'Ecrivain n'avait pas le pied marin n'était qu'un piètre euphémisme, c'était bien pire que ça. Après être passé par toutes les couleurs de l'arc-en-ciel, il s'était ensuite cloîtré dans sa cabine pour ne plus sortir qu'au moment du "Monsieur Monsieur" !

Il en avait miraculeusement réchappé, lorsqu'un navire français avait croisé les débris encore frais de l'épave italienne. Et Racine avait décidé de regagner Paris. Non mécontent de se sentir à nouveau sur le chemin de la maison. Il ne savait pas encore ce qu'il allait faire entre François-Xavier qui l'attendait à Florence et sa disgrâce avérée du côté de Fontainebleau.

On frappa deux coups à la porte. Le petit Antoine s'avança avec son plateau lorsque Jean lui ouvrit :

- Monsieur ? Me raconterez-vous ce long voyage qui vous a si longtemps tenu éloigné de chez vous ?

Racine sourit à ce "chez vous" qui sonnait bien mal à ses oreilles. Il finit par murmurer avant de s'endormir, oubliant même de manger :

- Plus tard Antoine... Plus tard.

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MessageSujet: Re: Appartements du Duc de Styrie   Dim Oct 28 2007, 14:09

Celà faisait quelques jours à présent... Il tournait en rond dans cette chambrette et il s'avérait que bientôt, il n'aurait plus les moyens de la payer. En effet, les ressources qu'il tenait du Prince de Savoie-Carignan s'amenuisaient dangereusement. A la fin du mois, ce serait fini, il serait dans la rue. Et il savait que l'hiver n'était pas la meilleure saison pour coucher sous les ponts !

Il était bien entendu hors de question d'envoyer une lettre à François-Xavier, qui ne devait pas vraiment l'avoir pardonné d'avoir joué la fille de l'eau. Racine se trouvait donc assez coincé dans cette situation catastrophique. Heureusement, Antoine, tout à sa joie de le revoir en oubliait de recevoir ses gages...

Desdémone avait fini par s'évanouir dans la nature. Tout du moins, c'était ce que le Dramaturge avait conclu lorsque son serviteur était revenu, sans nouvelle de la jeune femme, qui semblait avoir quitté l'auberge depuis une bonne semaine. Racine n'en était pas réellement contrarié, il l'avait abandonnée, sans un mot, et surtout, elle représentait le cuisant échec de sa tragédie. Il était donc au final plutôt content de ne plus jamais avoir à la croiser.

Mais les soucis l'assaillaient, plus encore aujourd'hui :

- Antoine, il faut que je trouve le moyen de m'en sortir... Enfin de nous en sortir.

Seulement, au-delà de cette parole qui franchissait ses lèvres comme un refrain, rien ne naissait dans son esprit. Il était fini, il n'avait ni tragédie, ni mécène et il était... Il releva soudain la tête : Il était en disgrâce ! Oui, c'était ça la solution, sa seule chance de remonter la pente. Il fallait qu'il puisse être de nouveau accepté à la Cour.
Fermant les yeux, sa soudaine excitation retombant, une évidence le frappa. Louis ne pardonnait jamais. Surtout pas un semi-écrivain qui avait vociféré dans son antichambre, avec toute la force de ses poumons. Quelle horreur ! Pourquoi s'était-il laissé emporté par sa rage.
Il pensa un bref moment à Saint-Aignan. C'était le même dilemme avec lui, il l'avait traité de tous les noms et l'avait planté là, claquant la porte sur son seul protecteur à Fontainebleau...

Il se laissa tomber sur le lit et maugréa entre ses dents, contre lui-même, contre les courtisans et leur étiquette. Comment alors ? Comment faire ? Allait-il mourir dans les rues froides de Paris tel un mandiant ? Lui qui avait encore tant de choses à accomplir ?

Bizarrement, Racine, cette fois-ci, n'était pas tombé dans le désespoir, il avait ce feu du retour qui l'obligeait à se maintenir en vie. Il était toujours aussi maigre, manger lui apparaissant de plus en plus accessoire, mais il ne cessait de penser, penser à une faille. C'était la première fois que son esprit n'était pas accaparé par un sujet de tragédie. Quoiqu'à bien y réfléchir... Sa vie allait peut-être se clôre à l'image de ses héros.

A présent, il vagabondait dans les souvenirs du petit salon pourpre. Avec Héloïse. Il se ravisa cependant, car il n'avait pas la volonté de mêler sa chère amie dans la tourmente qui le saisissait. Il n'en avait pas le droit. Aux dernières nouvelles, l'ancienne favorite du Roy allait se marier avec Verchères.
De plus, il apparaissait que la jeune femme avait beaucoup moins de poids auprès du Souverain.

Antoine était en train de lire un journal. Visiblement, un de ses journaux pamphlétaires qui raillaient Louis XIV et sa grande Cour. Racine n'était pas certain qu'avoir un tel torchon où il logeait allait le sauver des bas-fonds. Il interpella alors le jeune garçon :

- J'apprécierai ne point te surprendre avec une telle littérature !

Le petit leva les yeux et rougit, en balbutiant :

- Oh je suis désolé mon maître, je l'ai trouvé dans la rue, je vais...
- Attends, donne.

Le Dramaturge venait d'apercevoir une caricature. Il arracha presque le journal des mains d'Antoine et tomba sur un Monarque grotesque, les mains assez occupées avec une jolie femme. Il ne l'identifia pas tout de suite et dut lire l'encart pour s'apercevoir qu'il s'agissait d'Henriette d'Angleterre. Ce genre de rumeurs douteuses avaient donc de nouveau cours ?

Il rendit l'exemplaire à Antoine, les yeux dans le vague et revint vers le lit pour s'y asseoir. Il venait d'avoir une révélation. Bien sûr qu'il lui restait encore une alliée ! La femme qui protégeait avec coeur les arts et la fête. Comment avait-il pu oublier la belle-soeur du Roi ? Celle à qui il avait écrit, à l'époque, afin de donner plus de soutien à sa tragédie.
Il avait une fâcheuse tendance à vouloir effacer toute cette effroyable période de sa mémoire.

Sans réfléchir plus longuement, il prit une plume, du papier et se lança :

***
Madame,

C'est avec la plus grande honte mais aussi avec le plus grand espoir que je me remets entre vos gracieuses mains. Vous oubliâtes sûrement ce jeune dramaturge du nom de Jean Racine qui eût l'audace de demander votre soutien, Madame, lorsqu'il acheva "Desdémone".

Mais vers quelle autre merveilleuse personne pourais-je me tourner quand le néant me guette et frappe à ma porte ? Il est évident que votre Humble Serviteur vous doit déjà beaucoup et rendra toujours hommage à celle qui défendit avec tant d'habileté, je le sais, mon projet auprès de Sa Majesté.

Oserais-je donc, Madame, vous prier d'étendre une nouvelle fois votre grande chaleur sur l'hiver de mon âme ? Vous le savez sans doute, Sa Majesté me tient en disgrâce et j'avoue, toujours avec la plus grande honte, avoir travaillé moi-même à ma propre perte à l'époque. Alors, si vous exigiez mon sacrifice pour réparer la honte que vous avez peut-être subie en contre-partie auprès de Sa Majesté, rien ne fera plus grand plaisir à votre Humble Serviteur.
S'il y avait un seul bienfait que je puisse emmener dans ma tombe, je souhaiterais que ce soit votre sourire et vos gentilles paroles.

Est-il trop tard, Madame, pour repousser cette fin ignominieuse qui attend cet écrivain que vous eûtes salué autrefois ?
Une seule chose pourrait plaider en ma faveur, c'est que l'égarement me prit à un moment et que les paroles dîtes n'ont jamais que traversé fugitivement ma pensée.

Je tremble à l'idée de votre réponse et caressant un ultime espoir, je demeure, Madame,

Votre Dévoué et Humble Serviteur,

Jean Racine.
***

L'Ecrivain plia et scella en hâte la lettre et la remit à Antoine :

- Porte-ça au château et ne la remets qu'à Madame, en main propre. Tu répondras de ta vie si tu échoues. N'oublie pas, en main propre. Et fais en sorte qu'on ne te remarque pas.


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MessageSujet: Re: Appartements du Duc de Styrie   Lun Nov 19 2007, 13:56

[Je me permets de faire aussi un peu de decorum! Razz]

Une Henriette de fort bonne humeur pour une fois avait reçu dans son petit salon le jeune homme et sa missive. On était juste après la collation de milieu d'après-midi et elle n'avait pas apperçu l'ombre d'une affreuse plume de son bougre époux de toute la journée, bref Madame dans son état, se contentait de bien peu...
Elle s'était à peine étonnée de voir arriver à elle ce garçon qui à n'en point douter n'était pas au service d'un duc, mais qui pour autant n'en était pas mal accoutré. Toute bien disposée qu'elle était, elle l'invita à entendre patiemment alors qu'elle décachettait ce qui lui était destiné.
Les lettres fines et habiles de Racine se dessinaient sur le papier à peine lisse, et le coeur d'Henriette fit un bond.
La duchesse n'avait rien oublié de celui qui fut jadis _et qui faute d'avoir trouvé digne successeur le demeurait sans doute toujours_ son protégé le plus talentueux. Dès le "M" majuscule tout en volutes qui commençait la missive, Henriette revint à ce temps où son sang palpitait devant une nouvelle oeuvre, où ses yeux s'embuaient à la lecture tremblante d'une tragédie, où, dans une envolée lyrique, elle rêvait s'imaginant héroïne chimérique, enchantée par les mots sués par la plume fièvreuse du dramaturge.
Pourtant, même un magicien des mots ne saurait par ses qualités, aussi nombreuses soient-elles, faire oublier une si amère déception. Henriette n'oubliait pas qu'on avait rit d'elle autant que de Racine lorsque celui-ci avait commis sa bévue, que dis-je! Sa débâcle lamentable et outrageante... Peu d'amis des beaux-arts pouvaient se targuer d'avoir dans leurs relations la duchesse d'Orléans, qui a sa façon distribuait les grâces et les honneurs tant désirés sans pour autant oser les espérer.

Henriette relut plusieurs fois la lettre de l'auteur en prennant acte de chaque mot. Puis au bout d'un long moment, elle se leva et se dirigea dans sa chambre sans un mot, laissant un Antoine bien peu à son aise qui ne savait s'il devait attendre ou si elle venait de lui donner, tacitement, congé.

Elle revint quelques longues poignées de minutes plus tard, lettre cachetée entre les mains qu'elle tendit au garçon avec ce qui ressemblait à un sourire.

Voilà ce que l'on pouvait y lire par sa plume aristocratique:


Monsieur,

Je ne saurais cacher ma plus grande surprise de vous lire de nouveau, vous qui, aux dernières nouvelles qu'il m'ait été donné d'entendre vous concernant, cherchiez votre inspiration dramatique dans les flaques hors de nos murs... Quel en était le héros, dites-moi? Narcisse?

Il vous faut bien du courage, de l'audace, d'aucuns parleront d'inconscience, pour oser encore me demander secours et appuis. Je reconnais là la plainte de l'oiseau égaré qui se fait douce mélodie lorsqu'il croit pouvoir être sauvé. Je n'oublie pas, monsieur, qu'en tombant dans une boue si noire, vous m'en éclaboussiâtes de même.

Je n'oublie pas non plus les hasards heureux qui vous portaient du côté de mes appartements et votre verve si prompte à me réchauffer le coeur. Je vous ais donné mon amitié, Jean, je n'ose croire que vous le saviez au moment d'agir dans la plus grande des folies et que vous m'ayez sciemment faite complice de vos égarements.
Au nom de cette amitié qui autrefois me fut chère, et dépit de la position indélicate dans laquelle je me trouve bien malgré moi, je n'entend pas vous refuser la main tendue que vous me demandez, bien aimablement, ce qui me fait croire que le Racine que j'admirais n'a pas totalement disparu ce jour d'octobre.

Soit, j'accepte les risques que j'encours de tenter de faire de nouveau de “Racine”, le nom le plus prometteur et exaltant en matière de belles-lettres. Mais il me faut, pour plaire à Sa Majesté, lui apporter autre chose que le mauvais souvenir de votre faux pas. Voilà pourquoi je vous demande ceci, en gage de votre amitié et de notre confiance retrouvée: une tragédie. La plus belle et la plus grande vous n'ayez jamais eû à composer. Afin de montrer à notre Roi toute l'étendue du talent qui est le vôtre et qu'il ne serait pas fou d'oser vous rappeller à sa Cour et de vous laisser l'opportunité et les moyens de chanter ses louanges.
Une semaine, c'est ce dont vous diposez pour me séduire de nouveau, monsieur, et séduire le Roi. Dans le cas contraire, vous comprendrez que mes obligations me forcent à tourner mon attention et mes faveurs vers d'autres...

Enfin, que nos chemins se recroisent ou non à l'avenir, prenez ce qui suit comme un conseil à ne jamais négliger: “Il n'y a pas loin du Capitole à la roche Tarpéienne”.

En attendant ce témoignage de bonne volonté que j'exige de vous, Racine, recevez toute mon affection et ma sympathie.

Henriette



Elle avait signé Henriette... C'était ainsi qu'elle signait sa correspondance avec ses petits protégés. C'était un peu fou de s'adresser en ces termes à celui que l'on raillait tant ces derniers mois, d'autant qu'elle parlait sans vergogne d'amitié!
Oui, mais voilà, Madame n'était pas femme à s'attendrir de trop. Elle avait placé la barre haute en exigeant de l'auteur une tragédie parfaite en si peu de temps. Si vraiment elle était sincère quant à son souhait de retour en grâce, il trouverait le moyen. Il ne sortirait plus, ne dormirait plus, ne mangerait plus, qu'importe! Madame le valait bien...


[Amis de L'Oréal! Razz]
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MessageSujet: Re: Appartements du Duc de Styrie   Jeu Nov 29 2007, 18:44

Le Dramaturge tournait en rond dans la chambre mal éclairée. La nuit était en train de tomber et son humeur également... Que Antoine fusse si long lui était insupportable. Cet incapable valet, petit lambineur ! Fallait-il lui rappeler de quel trou, lui, Jean Racine, l'avait tiré ?
Certes, aujourd'hui, il frôlait aussi le précipice. Tout dépendait de la réponse à cette lettre. Tout ! Sa santé mentale, physique, sa vie, son utilité. Quel supplice à endurer !
Il regarda successivement la fenêtre et la porte, s'attendant à tout instant que l'une voie passer le jeune garçon et l'autre s'efface devant son air harrassé.

Ce fut beaucoup plus tard que le petit valet fit son entrée. Son maître le gratifia d'un regard assassin et le messager s'empressa de se décharger de sa missive qui fut décachetée par de fines mains plus que tremblantes. Il souffla un instant avant d'entamer sa lecture, ponctuée par les battements frénétiques de son coeur.
Il relut encore et encore la lettre de Madame avant de la replier et de l'appuyer contre sa pointrine. Les Anciens soient loués ! On lui accordait une chance. On sauvait la Tragédie (car pour Racine, l'enjeu ne représentait pas moins que l'avenir de sa profession !) et on évitait sa tête d'aller rouler dans n'importe quel caniveau...

Cependant, la marge d'erreur était inexistante. Il avait une semaine. 7 jours pour écrire une nouvelle oeuvre. Oh certes, la précédente avait été composée en une journée et une nuit. Mais elle avait été longuement réfléchie et mûrie. Et surtout, il avait alors une Muse et pas des moindres...

Il se frotta le visage, tout à coup désespéré. La flamme, elle lui manquait. L'excitation, la ferveur, l'envie d'écrire... Comment allait-elle pouvoir revenir en si peu de temps ? Et le couperet au bout avait plutôt tendance à le figer d'horreur et d'angoisse plutôt que de le motiver.

Racine ne dit plus mot et s'allongea, entièrement accaparé par cette tragédie. Celle de sa vie et celle qu'il avait à composer. Quelle source d'inspiration aujourd'hui ? Il était impensable de rappeler Desdemone. Déjà parce qu'elle ne reviendrait pas, ensuite parce qu'il s'était déjà inspiré d'elle. La Muse s'était donc évanouie.

Il dormit peu. Au petit matin, il rabroua Antoine qui l'enjoignait à manger quelque chose et se décida à sortir.

-> Et Jean Racine poursuit ses folles aventures ICI

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